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mercredi 25 mai 2016

Elle


Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d'une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale: d'une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s'installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.





 
Oh… Mais qui voilà ? Paul Verhoeven en personne! Comme sorti de nulle part, et ce après une longue traversée du désert, celui que l’on surnomme - à juste titre - «l’Hollandais violent» (RoboCop, Starship Troopers, Basic Instinct, Total Recall sont là pour le corroborer) cesse de jouer les hommes invisibles et retrouve le chemin des salles obscures avec «Elle», un drame bourgeois haletant. A 77 ans, il nous revient plus en forme que jamais. Le vieux crocodile passé maître dans l’art de déranger n’a toujours pas rangé sa caméra et démontre avec son nouveau long métrage qu’il faudra encore compter avec lui à l’avenir.

Dans «Elle», adapté du roman «Oh…» de Philippe Dijan, le réalisateur n’a rien perdu de son «instinct basique» et renoue avec ses obsessions les plus tenaces qui parsèment sa filmographie telles que la violence, l’érotisme, l’immoralité, l’ironie ou encore la folie. En deux mots, Michèle, à la tête d’une société vidéoludique, voit sa vie basculer lorsqu’elle est violée dans sa maison par un mystérieux inconnu encagoulé. Inébranlable, cette dernière se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu du chat et de la souris qui, à tout instant, peut dégénérer.

Quel retour en grâce! Quelle énergie! Au sortir de la projection, un constat prédomine: Verhoeven retrouve son «mojo» ainsi que son sens tout particulier de la provoc. Le septuagénaire maîtrise son art à la perfection et signe un thriller satirique sulfureux comme il en a le secret avec toujours ce don d’offrir aux spectateurs des scènes électrochocs qui viennent durablement hanter les consciences. Et comme à l’accoutumée chez le cinéaste, l’humour s’invite dans le récit pour désarçonner, pour troubler les esprits car le metteur en scène n’a pas son pareil pour pousser l’ambiguïté perverse à son paroxysme.

Pourquoi l’héroïne ne prévient-elle pas la police ? Pourquoi se prémunit-elle un jour et joue avec son agresseur le lendemain ? Et que cache-t-elle derrière ce lourd passé qui resurgit ? Verhoeven s’amuse avec les nerfs des spectateurs, placés sur le fil du rasoir, entre malaise et inconfort, et mêle à son premier suspense (qui est l’agresseur ?) un autre beaucoup plus intéressant (qui est Michèle ?). Là est toute la question. De fausses pistes en rebondissements, ce récit transgressif se déploie dans toute sa complexité (Michèle passe de l’état d’objet à celui de sujet) avec une ironie ravageuse et une fluidité exemplaire.

Pour donner corps et âme à ce personnage d’une opacité troublante, le Néerlandais a jeté son dévolu sur Isabelle Huppert qui trouve en ce rôle une nouvelle occasion de briller à l’écran. Avec ce portrait de femme, l’actrice, souveraine, a derechef l’occasion de  prouver par a + b qu’elle est l’une des plus grandes comédiennes du cinéma hexagonal. Qui d’autres peut jouer ces femmes glaciales, perverses, torturées, manipulatrices, fragiles et fortes à la fois, qui jonchent une carrière remplie de prises de risque ? Ce n’est pas un hasard si les plus grands metteurs en scène (Michael Haneke pour ne citer que lui) font appel à elle.

Tantôt tordu, tantôt malsain, parfois déstabilisant mais toujours brillant, «Elle» est un film coup de poing subversif qui signe le come-back inattendu d’un réalisateur mythique qui nous avait tant manqué.

Note: 
Critique: Professeur Grant  

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