mercredi 3 août 2016

Suicide Squad

Face à une menace aussi énigmatique qu'invincible, l'agent secret Amanda Waller réunit une armada de crapules de la pire espèce. Armés jusqu'aux dents par le gouvernement, ces Super-Méchants s'embarquent alors pour une mission-suicide. Jusqu'au moment où ils comprennent qu'ils ont été sacrifiés. Vont-ils accepter leur sort ou se rebeller ?



'The Suicide Squad' a dernièrement quitté sa prison de papier pour apparaître dans les séries TV 'Smallville' (2001) et 'Arrow' (2012). Elle revient sur le devant de la scène dans le nouveau film de David Ayer ('Harsh Times', 'Street Kings', 'Fury', etc). Retour gagnant ou suicide collectif ?

Avec ce troisième film du DCEU (DC Extended Universe) - après 'Man of Steel' et 'Batman vs Superman' - David Ayer prend le relais de Zack Snyder. Fini les super-héros, place aux super-villains.

Après l'accueil plus que mitigé de 'Batman vs Superman' - jugé trop sombre et peu drolatique - le réalisateur a du faire face à un stress incommensurable. Reshoot partiel (afin d'injecter une grosse dose d'humour à l'ensemble), date de sortie anticipée. « What else ? » comme dirait l'ex-Batman. À trop vouloir copier la formule gagnante made in Marvel, DC Comics ne se taillerait-t-il pas les veines ?

Quand on regarde l'affiche, on se dit que Papa Warner a dépensé sans compter : Will Smith, Margot Robbie, Cara Delevingne, Jared Leto, Viola Davis et Jai Courtney. Il y a même Adewale Akinnuoye-Agbaje (Killer Croc) alias Mr Eko dans la série 'Lost'. La magie opère-t-elle ? L'alchimie est en tout cas bien présente.

Rares sont les adaptations de comic books qui prennent le temps d'introduire ses personnages. D'habitude, ça commence toujours par des « Oh, des ah... » [comprenez : une intro explosive]. Ici, on se donne le temps. David Ayer marque un premier point en s'éloignant des sentiers battus.

'Suicide Squad' collectionne les mauvaises critiques, mais cela n'en fait pas un mauvais film pour autant. Il a d'ailleurs joui d'un bon démarrage au box office US.

Disons-le sans détour, 'Suicide Squad' offre de belles scènes, notamment quand le film ralentit la cadence et ne se perd pas dans une débauche d'effets spéciaux grand-guignolesques. Couleurs édulcorées, humour loufoque, on est à l'opposé de 'Batman vs Superman' et c'est plutôt réussi. La BO colle plutôt bien à la peau du film (au passage, on citera 'Guardians of the Galaxy' comme source d'inspiration).

Will Smith mène cette danse de délurés-en-manque-de-Rilatine sans même se rendre compte que Margot Robbie l'éclipse totalement. En s'affichant en reine du bal, elle vole la vedette à tous les autres, y compris « Batfleck » qui s'est pris un sacré bourre-pif au box-office en mars dernier (le studio est à peine rentré dans ses frais).
Amateurs de scenarii tortueux alla 'Inception', passez votre chemin. Avec 'Suicide Squad', nous sommes en présence de l'adaptation plutôt fidèle d'un comic book peu complexe mais certes efficace : une bande de « super-villains » vient à la rescousse de la planète. L'originalité vient dans le choix du méchant à abattre. Retournement de vestes au programme. Le hic ne vient pas du fond mais de la forme : il est vrai que même si la pilule se veut moralisatrice - on pense avoir le contrôle jusqu'au moment où il nous échappe (le syndrome 'Jurassic Park' all over again) – on s'interroge tout de même sur l'utilisation outrancière des SFX. Dans les scènes les plus calmes, les acteurs nous prouvent d'ailleurs que leur jeu suffit amplement.

Après deux heures cependant, on se rend compte qu'il faut un Christopher Nolan pour voir une adaptation de comics s'élever au-delà de la geeko-stratosphère. En d'autres mots, les férus de comics y trouveront leur compte tandis que les néophytes pour qui « DCEU » et « Justice League » ne signifient rien peineront à donner du sens à ce déluge de scènes d'action rose-bonbon. Pour apprécier 'Suicide Squad', il faut avoir lu le comic book éponyme.

« I can't wait to show you my new toys ! » On se souviendra encore longtemps de cette réplique lancée par le Joker dans une bande-annonce tonitruante sur fond de Queen. Cette scène qui ne vient pas (ainsi que d'autres) fait émerger en nous un goût de trop peu. On parie déjà sur une version « extended cut » à la sortie du blu-ray en décembre prochain.

Avec 45 minutes d'introduction à cette « mean team », c'est comme si David Ayer cherchait à faire de l'ombre à Lars von Trier dans le registre de la pénibilité et de l'ennui. D'autres mauvais choix sont à signaler. À l'instar de son rôle dans le clip de Skrillex & Rick Ross (Purple Lamborghini), le Joker fait de la figuration dans le film ! Si peu de screen time (10 ? 15 minutes ?) pour le nemesis de Batman est une erreur monumentale.
Avec ses tics farfelus et son style de « gangsta », Jared Leto ne parvient pas à nous faire oublier Heath Ledger ! « Big shoes to fill » comme on dit. L'intérêt de cette vision nouvelle - car oui, il y en a un - réside toutefois dans l'histoire d'amour avec sa protégée Harley Quinn.

À défaut de vouloir révolutionner le genre, ce film de bad guys tout gentil qu'est 'Skwad' (PG-13 quand 'Deadpool' est interdit aux -18 ans) peine à se faire une place dans la cour des grands. La faute à un scénario faiblard (bonjour les motivations risibles, n'est-ce pas Monsieur Deadshot ?) et une fin peu innovante (les héros dézinguent le gros affreux de service, tomber de rideau... bref, on connaît la chanson). Après avoir vu ce film-en-un-acte agrémenté d'une introduction et d'un épilogue, le spectateur ne pourra que penser à ce que cette escouade aurait pu être. C'est dommage quand on sait que les méchants les plus charismatiques se cachent dans la maison DC Comics...

Préparez-vous à voir débarquer d'autres films dans le genre. 'Justice League' (pas très subtilement évoqué dans le film) et un spin-off sur Harley Quinn pointent déjà le bout de leur nez.

Note : (pour les lecteurs du comic book)/ (pour tous les autres)
Critique : Goupil


Autre critique, autre point de vue: Suicide Squad vu par le Professeur Grant

« Fuck Marvel », s’est-il écrié. Le malheureux. L’inepte énergumène a raté une belle occasion de se taire. Car il faut déjà avoir une sacrée confiance en soi pour vociférer ce genre de fadaises en public. Outrecuidant et présomptueux, David Ayer s’est donc fait remarquer, lors d’une avant-première de son pitoyable « Suicide Squad », par une sortie aussi vulgaire qu’inappropriée qui ne fait que corroborer un état de fait peu reluisant pour sa personne : c’est un tâcheron de la plus belle espèce, cousin d’Uwe Boll dont il partage cette même passion pour la vacuité intellectuelle.

Décevant ? Non ! Pas assez fort. Le terme idoine pour résumer ces deux atroces heures de projection est consternant. A l’origine : une bande-annonce hyper efficace (et mensongère), sommet de marketing cinématographique, qui a d’emblée excité le tout-regardant au Comic-Con de San Diego l’année passée. Au final : un pétard mouillé aussi excitant qu’un épisode de « Chasse et Pêche » à trois heures du mat’. Que ce fut douloureux ! Mais que ce fut pénible ! « Tout ça pour ça », serait-on tenté d’écrire. On était venu voir une escouade de vilains-pas-beaux censée transgresser les codes du film de super-héros. On a eu une bande de rigolos dont la crédibilité équivaut à celle d’un chasseur de Pokémon. Ils sont aussi hilarants qu’un coussin-péteur filmé en hélico par une mamy souffrant de Parkinson. Certes, il y a eu transgression… mais à ce prix-là, mieux vaut rester sage…

Lamentable. Le réalisateur (vraiment ?) et scénariste (vraiment ? – bis) a semble-t-il confondu scénario avec cahier des charges. Du coup, quand les producteurs lui ont demandé de détruire toute une ville (une obsession chez DC Comics – cf : Man of Steel, Batman V Superman), notre hurluberlu ne s’est pas fait prier. Résultat sur la pellicule : un « destruction porn » à la « Transformers » aussi vide que la caboche de notre bienheureux. Et, non content d’avoir bien pourri la mise en scène (même en cherchant midi à quatorze heures, on ne trouve pas une seule séquence un tant soit peu regardable), notre homoncule s’est senti obligé d’écrire un script.

Pas de quoi le féliciter, dans sa conception des choses, le récit revient à scribouiller trois lignes sur une feuillette usagée de papier-cul. On s’est d’ailleurs procuré en exclusivité interplanétaire ledit « scénario ». Allez, on est sympa, on vous retranscrit le document, bande de veinards ! Voici ce qui est écrit : « Alors, il y a des méchans en prison d’un côté mais ki son en fait des gentis et il y a une madame du gouverneman ki les fait sortir du trou et ils doive tapé sur une méchante sorcière pas joli mé ki est kan mem interpreté par une bombass comme ça. Ah oui, et ifo bocoup déffé spécio super bad ass genre comme chez Marvel ! ». Merci David. Avec un tel matériau de base, travail d’orfèvre s’il en est, on comprend mieux pourquoi Warner n’a pas hésité longtemps à lancer la production. Ça sentait le chef-d’œuvre à plein nez cette affaire-là !

Engoncée sous une surenchère d’effets numériques, cette daube aux prétentions anarcho-punk est aussi trash que « Oui-Oui et la cornemuse enchantée ». In fine, « Suicide Squad » se voit sauvé du naufrage total par la comédienne Margot Robbie qui arrive à faire de son truculent personnage, Harley Quinn, la seule note positive de cette déconvenue artistique. A quand un film solo ? Quant au fameux Joker interprété par un Jared Leto inexistant, il est éclipsé à la vitesse grand V tel un étron englouti par une chasse d’eau. Un souvenir impérissable, vous vous en doutez. Ne cherchez plus, on tient le navet de l’année.

Note:
Critique: Professeur Grant

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