mercredi 5 octobre 2016

La fille inconnue

Jenny, jeune médecin généraliste, se sent coupable de ne pas avoir ouvert la porte de son cabinet à une jeune fille retrouvée morte peu de temps après. Apprenant par la police que rien ne permet de l’identifier, Jenny n’a plus qu’un seul but : trouver le nom de la jeune fille pour qu’elle ne soit pas enterrée anonymement, qu’elle ne disparaisse pas comme si elle n’avait jamais existé.




Les frères Dardenne reviennent avec leur dixième film. Faut-il à tout prix aller à la rencontre de cette 'fille inconnue' ?

Trente-deux modifications apportées et un film écourté de sept minutes. 'La fille inconnue' est passée sur le billard depuis Cannes 2016. Ayant bénéficié d’une double portion de montage, l’ensemble apparaît illico comme fluide et maîtrisé.

Derrière les traits de Jenny Davin devait à l'origine évoluer Marion Cotillard. Un rendez-vous manqué plus tard, l'héroïne de 'Taxi' tournera 'Deux jours, une nuit' sous la direction des frères belges. Adèle Haenel ('Les Combattants', 'Naissance des pieuvres') peut se montrer reconnaissante puisqu'elle tient avec ce rôle un personnage fort attachant. Jérémie « Cloclo » Renier, Olivier Gourmet, Fabrizio Rongione, Christelle Cornil, Thomas Doret, etc. Vous l'aurez compris, (presque) tous les habitués du cinéma Dardennien répondent présents. Ils savent tous où sont leur place et – à l'étrange exception de Renier – ne peinent pas à trouver leurs marques.

L'ADN du cinéma des frères Dardenne est maintenant connu. Il se présente le plus souvent sous la forme d'une histoire mêlant des réflexions morales à un dilemme. Décortiquons davantage leur cinéma et nous trouvons très souvent la question de la précarité en filigrane. 'La fille inconnue' ne déroge pas non plus à cette règle. De par la photographie choisie, la ville de Seraing (là où le duo fraternel tourne depuis 1996) s'habille d'une certaine grisaille. Inutile de s'attendre à voir un film lumineux et enjoué. 

Dans 'La fille inconnue', la doctoresse se fait enquêtrice. On passe ainsi du drame social au film policier... ou presque. Le secret médical qui lie Jenny à sa profession la pousse à vouloir découvrir la vérité en prenant soin de ne pas émettre de jugements. Il est ainsi question d'une quête de vérité et non de vengeance.

Le film fait la part belle aux plans rapprochés. L'enquête se fait ainsi au fil des visites ; via l’écoute des corps des patients de Jenny. Le rapport aux patients a donc ici toute son importance puisque ces derniers feront avancer le « schmilblick ».

Si 'Le gamin au vélo' et 'Deux jours, une nuit' marquèrent une « nouvelle ère » pour les Dardennes, on peut dire sans prendre trop de risques que 'La fille inconnue' arpente le même chemin avec un récit ou simplicité et profondeur se conjuguent remarquablement.
Les frères réalisateurs ne s’encombrent pas d’ornements tels que la musique. Tout passe par les regards, les paroles et les gestes. La puissance visuelle de leur art convainc totalement.

S'inscrivant dans un cinéma réaliste, le petit dernier des frères Dardenne s'apparente à un portrait de femme. On ne peut que saluer ce choix engagé à l'heure où les groupes féministes appellent à plus de projets centrés sur les femmes. Par ailleurs, le lien avec la crise des migrants saute aux yeux.

Humaniste, social, le Dardenne nouveau est arrivé. Même si ‘La fille inconnue’ n’est pas le meilleur film du duo Liégeois, il serait toutefois dommage de ne pas faire sa connaissance.
Note : 
Critique : Goupil

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