vendredi 22 mai 2020

Versus - Blade Runner


Dans les dernières années du 20ème siècle, des milliers d'hommes et de femmes partent à la conquête de l'espace, fuyant les mégalopoles devenues insalubres. Sur les colonies, une nouvelle race d'esclaves voit le jour : les répliquants, des androïdes que rien ne peut distinguer de l'être humain.

Introduction

Los Angeles, 2019. Après avoir massacré un équipage et pris le contrôle d'un vaisseau, les répliquants de type Nexus 6 sont désormais déclarés "hors-la-loi". Quatre d'entre eux parviennent cependant à s'échapper et à s'introduire dans la mégapole. Un agent d'une unité spéciale est alors chargé de les éliminer. Selon la terminologie officielle, on ne parle pas d'exécution, mais de retrait... Si ce pitch vous est familier, alors vous avez sans doute vu le film « Blade Runner » sorti en 1982. À moins que vous n’ayez lu le roman de Philip K. Dick « Do Androids Dream of Electric Sheep? » dont la parution remonte à 1968 ? Dans un cas comme dans l’autre, une question vous taraude peut-être à présent l’esprit. Quelle version prévaut ? Analyse comparée.


Similarités

- Le cinéaste Ridley Scott reprend les personnages, le contexte post-apocalyptique et le pitch de base du roman. Pour le reste, il modifie entièrement l’intrigue et le dénouement.

- Figure de l’antihéros, Deckard a pour mission d’éliminer les androïdes mais finira par développer de l’empathie à leur égard.

- Certaines questions du test Voit-Kampff (il s’agît d’un test d’empathie permettant de déceler si une personne est un androïde) s’avèrent être un copier/coller du livre.


Différences

- Le livre plante le décor à San Francisco alors que le film se déroule à Los Angeles.

- Pour la version filmée, un énorme travail a été effectué sur la terminologie employée. Ainsi, le terme « Blade Runner » n’apparaît pas dans le roman ! « Andy » (pour androïde) dans le bouquin devient « répliquant » dans le film. JR Isidor change de nom et devient JF Sebastian derrière la caméra.

- Dans « Blade Runner », Roy Batty (Rutger Hauer) est un androïde de combat tandis que sur papier, il est… pharmacien !

- Autre différence notable, la culture Japonaise. Son omniprésence à l'écran est la volonté de Ridley Scott. L’art origami y occupe d’ailleurs une place cruciale. Il en va de même pour l’architecture égyptienne que l’on retrouve aussi dans la séquelle « Blade Runner 2049 ».

- La religion « Mercerisme » est bien plus mise en avant dans l’ouvrage. Preuve en est l’épiphanie religieuse de Deckard à la fin de l’histoire.

- Contrairement au film, Deckard est marié et n’est pas encore retraité.


En allant plus loin...

Le bouquin est construit autour de la notion (ici presque une idéologie) d’empathie ; c’est même sa pierre angulaire. Les gens sont obsédés par l’idée de posséder un animal de compagnie et de bien s’en occuper afin de prouver à leur entourage à quel point ils font preuve d’empathie.

Le but de Deckard est d’ailleurs d’amasser assez d’argent afin de s’acheter un vrai mouton et ainsi remplacer l’animal électrique que lui et sa femme possèdent.

Le livre pose la question aux lecteur-trice-s de savoir si leur existence est différente de celle des androïdes. Les humains s’accrochent désespérément à un monde en train de mourir. Être humain reviendrait à être une machine puisque tout le monde serait programmé à faire certaines tâches.


Le film est quant à lui centré sur des personnes isolées qui trouvent le peu d’humanité qui leur manque en compagnie d’androïdes. C’est aussi le voyage d’un homme en quête d’identité. Deckard trouve le réconfort auprès de Rachel, une répliquante. Seulement voilà, le doute subsiste à la fin du film. Ne serait-il pas lui aussi un répliquant ?


Conclusion

« Blade Runner » tient plus de l’inspiration que de l’adaptation du matériau d’origine. Sa soundtrack eighties, sa mise en scène, ses visuels, le jeu de Ford, tout (ou presque) en fait un grand film. On déplore par contre une hyper-sexualisation des personnages féminins. Le livre, fable SF sombre, préfigurait ce qui deviendra plus tard le cyberpunk. Plutôt que de prendre le risque de décevoir la fanbase de Philip K. Dick, Scott a choisi une adaptation libre dans laquelle il y ajoute sa patte personnelle. Les deux versions sont en ce sens indissociables. Pour aller plus loin, on ne saurait que trop vous conseiller la série « Electric Dreams » disponible sur Amazon Prime.


Goupil

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