mercredi 30 octobre 2013

Gravity


Pour sa première expédition à bord d'une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l'astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu'il s'agit apparemment d'une banale sortie dans l'espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l'univers. Le silence assourdissant autour d'eux leur indique qu'ils ont perdu tout contact avec la Terre - et la moindre chance d'être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d'autant plus qu'à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d'oxygène qu'il leur reste.
Mais c'est peut-être en s'enfonçant plus loin encore dans l'immensité terrifiante de l'espace qu'ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre...




Sept ans. Sept années à attendre patiemment la nouvelle pépite dénichée par Alfonso Cuarón. Alfonso qui? Pour la majorité du public, ce patronyme n’évoque rien, si ce n’est un quidam venu d’un pays où le soleil se montre plus généreux que sur notre royaume. Ils sont nombreux les soi-disant cinéphiles qui n’arrivent pas à situer le metteur en scène sur la mappemonde du septième art. Et on ne peut leur en vouloir qu’à moitié.

Car, malgré lui, le Mexicain œuvre dans l’ombre. Toutes ces réalisations passent inaperçues. Exemples: «Y Tu Mama Tambien?» n’a reçu qu’un succès d’estime; «Harry Potter and the Prisoner of Azkaban», le meilleur épisode de cette saga en demi-teinte, s’est contenté des éloges que des lustres après sa sortie dans les salles obscures; mais le plus injuste reste l’ignorance quasi totale du public et de la critique de son chef-d’œuvre d’anticipation: «Children of Men» sorti en 2006.

Et pourtant, c’est bien un objet culte à ranger au panthéon des meilleurs films de l’Histoire du cinéma dont on vous parle. Seule une poignée d’avertis connait ce tour de force visuel et narratif magistral précieusement rangé dans leur dévédé-bluraythèque. Des irréductibles - dont nous faisons partie - qui crient haut et fort au génie… En vain. Le travail d’orfèvre de cet amoureux du cinéma ne reçoit pas la reconnaissance qu’il mérite. Injuste diront certains. Le réalisateur ne se démoralise pas pour autant, loin s’en faut. Il se plonge directement dans un projet tenu longtemps secret, tout juste apprenait-on, il y a trois ans, qu’il s’agirait d’un récit de science-fiction réaliste: Gravity. Et voilà que notre Alfonso s’envoie en l’air avec pour objectif, non pas la lune comme Tintin, mais celui de défier les lois de l’apesanteur tout comme celles du cinéma.

Alors que la presse avait ignoré jusque-là le travail virtuose de Cuarón, voilà-t-il pas qu’aujourd’hui celle-ci s’enthousiasme sur le talent du cinéaste et se souvient soudainement de sa filmographie. Des journalistes, des médias, des critiques, des blogueurs hypocrites qui se décrédibilisent et se ridiculisent aux yeux de leur audience et des cinéphiles. Des flagorneurs per se. Même certains titres de la presse dite «spécialisée» perdent tout crédit avec leurs dithyrambes. Consternant. Un métier qui va décidément à vau-l’eau.

In fine, on ne peut que se réjouir de cette effervescence médiatique autour du talent de ce génie de l’image qui maîtrise sa caméra et pond des plans-séquences comme personne. La magistrale introduction à couper le souffle - un plan-séquence de 17 minutes - restera à coup sûr dans les annales de l'Histoire du cinéma. Un artiste, un virtuose, un maestro, un as, bref un crack comme dirait Le Grand Jojo! Le prodige vient confirmer son talent dans son nouveau long-métrage en n’hésitant pas à repousser les limites cinématographiques notamment lorsque celui-ci se met à réduire la frontière qui sépare le réalisme du magique. Si bien qu’il a réussi à duper un journaleux mexicain un brin naïf qui lui demandait comment cela s’était passé, là-haut, en apesanteur… Le malheureux est très vite devenu la risée de la toile. Mais, sans le savoir et sans le vouloir, notre ingénu venait de livrer le plus beau compliment qu’on pouvait faire au réalisateur. Car ce dernier permet au tout-regardant d’admirer la Terre à travers le casque des spationautes comme si nous étions, nous aussi, en orbite. Il relève la gageure du réalisme au cinéma grâce à des prouesses technologiques hallucinantes.

Gravity est et restera sans doute le métrage de tous les superlatifs cette année avec sa mirifique démonstration technique où le savoir-faire du réalisateur étincelle sur chaque plan. Son film est un émerveillement pour les pupilles. A ce propos, il est impossible de ne pas mentionner le beau (et gros) travail réalisé sur la 3D, immersive et élégante, qui trouve ici sa justification. Ce film DOIT être vu sur grand écran et en tridimensionnel. On a rêvé d'une projection en Imax, format idoine pour ce type de production, mais la seule et unique salle belge est fermée depuis des lustres. Et, aux dernières nouvelles, le groupe Kinepolis n'a pas l'intention de rouvrir ce joyau bruxellois. Regrettable… Pour l’anecdote, le dernier film vu par votre humble serviteur en Imax fut Harry Potter and The Azkaban's Prisoner d'un certain... Alfonso Cuarón!

Côté story, le réalisateur ne s’encombre pas d’une trame trop alambiquée et se focalise sur le survival spatial vécu par deux astronautes qui voient leur mission tournée à la catastrophe lorsqu’un astéroïde pulvérise une station en orbite. Si le récit, épuré, ne joue pas dans la facilité, il manque toutefois d’épaisseur et rate le coche d’une réflexion plus poussée. Construit sur les thèmes antagoniques de la résilience et de la résignation, le substrat scénaristique s’attache surtout à dépeindre le portrait d'une scientifique confrontée à sa mortalité. Sandra Bullock, parfaite, trouve ici le meilleur rôle de sa carrière et nous rappelle, nonobstant les innombrables daubes commises ces dernières années, qu’elle fut l’héroïne de Speed au côté de Keanu Reeves.

A peine sorti que Gravity se positionne déjà comme une référence dans le genre. Le métrage transcende la science-fiction. A mi-chemin entre le réalisme et le divertissement, le blockbuster à la fois intime et épique de Cuarón chatouille de près le statut de chef-d’œuvre sans toutefois l’atteindre. Il livre une expérience sensorielle inédite et sidérante qui passe tour à tour du ballet hypnotique au cauchemar crispant. Un film à nul autre pareil même si d’aucuns invoquent le très hermétique 2001: A Space Odessey de Stanley Kubrick, comparaison certes prestigieuse, mais finalement peu adéquate.

Notez-le, et au risque de faire du prosélytisme cinématographique, il est totalement impensable de manquer ce roller-coaster intersidéral dans les salles obscures. Vous savez ce qu’il vous reste à faire… et n’oubliez pas vos lunettes 3D!

Note:
Critique: Professeur Grant

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