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samedi 3 janvier 2015

Bilan 2014 - le "Top 10" du Professeur Grant

2014 s’achève, 2015 débute et les cinéphiles, traditionnellement, en profitent pour dresser le bilan de l’an écoulé. Comme à l’accoutumée, le Professeur Grant s’attelle à la tâche. Qu’on se le dise, 2014 ne restera pas dans les annales du septième art. On ne retiendra pas grand-chose de cette année cinématographique particulièrement pauvre voire fadasse. Délicat dès lors de réaliser un «Top 10» un tant soit peu pertinent. De mémoire, on n'a plus connu pareille situation depuis… (belle lurette?). Bref, cela ne doit pas occulter les belles pépites découvertes durant ces douze derniers mois avec notamment deux chefs-d’œuvres incontournables à la clef: "The Wolf of Wall Street" de Martin Scorsese et "Boyhood" de Richard Linklater. 

 

Par ici pour notre bilan en dix films à (re)voir:

 


1. The Wolf of Wall Street

 

Vu le 1er janvier 2014, on se disait déjà qu’on tenait là sans doute l’un des meilleurs films de l’année. Au soir de ce 31décembre, le verdict tombe: aucun autre métrage n’a pu le déloger de sa place de leader. Dans «The Wolf of Wall Street», il n’y a strictement rien à jeter. La mise en scène virtuose de Martin Scorsese, le montage intelligent, le scénario dense, les interprétations mémorables de Léonardo DiCaprio, Jonah Hill ou Matthew McConaughey, la bande originale rock… Revenons un moment sur ce chef-d’œuvre.


Frasques, vices, débauche, stupre, dépravation etc., Scorsese se fout de la censure, se moque du puritanisme américain et se joue du qu’en-dira-t-on avec une liberté frondeuse, une fougue séditieuse, un affranchissement personnel qui lui fait retrouver ses jeunes années de réalisateur assoiffé de cinéma. Et il l’accomplit avec un plaisir communicatif qui passe à travers l’écran. Son sens de l’image et du montage se révèle brillant tandis que sa mise en scène est à la hauteur des exubérances du protagoniste que l’on pourrait facilement résumer par l’apophtegme suivi à la lettre par tout bon millionnaire mégalomane et borderline qui se respecte: sex, drugs & rock’n roll.


Jouissif. Purement et simplement jouissif, répétons-le! «The Wolf of Wall Street» dure trois heures mais jamais un film aussi long n’est passé aussi vite. Généralement, la durée importante d’un métrage est un contre-argument. Ici, c’est l’inverse. La dimension cathartique du récit fonctionne à merveille. On se plait à vivre par procuration les innombrables incartades et fredaines (bacchanales endiablées, lancées de nains, rail de cocaïne à même l’anus d’une nana, luxure à gogo et autres déviances amorales en veux-tu en voilà) d’un antihéros fat, lubrique et cupide qui se rappelle que «more is never enough». Une sorte de caricature des vaniteux «golden boys» de la finance des années 90 qui voyaient la bourse comme un gigantesque eldorado.


Le rythme effréné, les seconds rôles savoureux (un tordant Jonah Hill, un inoubliable Matthew McConaughey qui recommande vivement l’onanisme et l’excellent Jean Dujardin en banquier suisse véreux), l’incontournable bande originale (qui convie notamment Plastic Bertrand, Umberto Tozzi ainsi que les Foo Fighters) et surtout, une histoire délirante entre décadence et fulgurance, tels sont les points forts d’une œuvre étourdissante qui doit se regarder comme une satire démonstrative de l’Amérique face au capitalisme.

  

2. Boyhood

 

Expérience cinématographique troublante et approche artistique unique s’il en est, «Boyhood» vaut le coup d’œil à plus d’un titre. Pendant 2h45, le spectateur voit défiler devant lui les différentes étapes clefs du périple initiatique d’un jeune garçon qui passe de l’enfance à l’adolescence et enfin à l’âge adulte.


Pour capter cette chrysalide, Richard Linklater, (déjà à l’origine d’une œuvre sur le temps qui passe avec la trilogie «Before» Sunrise, Sunset, Midnight) a été frappé par une idée de génie. Le Texan a décidé de filmer les mêmes acteurs pendant douze années. Les derniers tours de manivelle ont été donnés en octobre dernier. Un dispositif hors-norme aussi expérimental que génial. Simple et compliqué à la fois, audacieux mais casse-gueule, le concept se révèle être un pari hasardé et hasardeux pour tous les membres de la production. Mais parfois les défis les plus fous engendrent les plus grands films. Et «Boyhood» l’est assurément. 


Si le procédé a déjà été utilisé maintes fois dans le documentaire, c’est la première fois, à notre connaissance, qu’une fiction est racontée à travers un tournage-fleuve d’une dizaine d’années. Le metteur en scène estimant, à raison, que c’est la seule manière de saisir le temps qui passe. Sans trucage, sans artifice, sans fioriture. Mais avec une patience, une intelligence et une sensibilité qui transcendent le genre du «coming of age movie» Et ce réalisme se voit et se ressent indéniablement à l’écran. 


A l’heure où l’industrie cinématographique s’embourbe toujours un peu plus dans une panne d’inspiration généralisée à tous les studios (sequel, prequel, remake, reboot et j’en passe), à l’heure où tout doit rapporter gros le plus vite possible avec le box-office du mercredi comme référence pour encourager ou tuer la carrière d’un film, à l’heure où la vélocité d’exécution supplante la prise de réflexion, «Boyhood» s’affiche d’emblée comme un projet miraculeux et diablement original avec son budget riquiqui et son «hénaurme» concept. 


A travers ce métrage et grâce, d’une part, à un sens aiguisé du casting (les révélations Ellar Coltrane et Lorelei Linklater, fille du réal', la rayonnante Patricia Arquette et l’excellent Ethan Hawke) et, d’autre part, à la magie d’un montage soigné, le cinéaste montre l’extraordinaire dans l’ordinaire et, in fine, questionne sur notre rapport au temps. Insidieusement, la pellicule se déroule, les enfants grandissent, les morphologies changent, les adultes vieillissent, les rides apparaissent, les modes se chassent les unes les autres, les hommes politiques aussi. 


Écrit au fur et à mesure sur base d’un matériau évolutif selon les apports des acteurs, Richard Linklater livre un récit mélancolique qui touche au cœur et à l’universel. Car à travers l’odyssée existentielle de Mason, c’est le passé du spectateur qui resurgit. Le cinéaste filme ses personnages imparfaits avec un regard bienveillant bourré de tendresse et évite l’écueil des clichés et autres situations attendues (mariage, divorce, première fois etc.) au moyen d’ellipses usées à bon escient. Et le cinéphile de se dire qu’il n’a pas volé son Ours d’Argent du meilleur réalisateur au dernier Festival de Berlin. 


En deux mots, «Boyhood» est une autopsie au scalpel aussi épique que profondément intime de l’évolution d’une famille américaine lambda sur douze années. Un film d’une rare intensité émotionnelle à ne surtout pas manquer.

 

3. Deux Jours, Une Nuit

 

 

Comme à l’accoutumée chez les frères, le récit est simple. Mais les réalités décrites, elles, sont complexes. Les metteurs en scène ne s’écartent jamais de la trame principale. Pas d’histoires parallèles, pas de seconds rôles anodins. Le cinéma des Dardenne est frontal. Ils prennent leur sujet à-bras-le-corps et construisent un suspense implacable entretenu jusqu’à l’issue. Un cinéma sans concession. Un cinéma social, oui, mais un cinéma ancré dans le réel. Un cinéma-vérité qui dépeint les crises liées à un modèle capitaliste à bout de souffle mettant les travailleurs en concurrence au nom d’impératifs libéraux. Si les frères arrivent à toucher les spectateurs au plus profond de leur âme, c’est parce qu’il n’y a pas de fioritures que ce soit dans la mise en scène, épurée, ou dans la narration, sans fausse note. Les émotions ne sont pas fabriquées. Il n’y a pas de musique, pas de pathos, pas d'artificialités. Les sentiments émergent de situations concrètes auxquelles on pourrait tous être confrontés. 


II n’y a pas d’héroïsme à deux balles non plus, ni de facilités dans l’écriture. Chez eux, l’émotion se fait toujours complice de la raison. Les cinéastes s’efforcent de ne pas verser dans le manichéisme primaire en prenant soin notamment de ne pas juger les personnages. Ils démontrent également à quel point il est difficile de recréer de la solidarité dans un système comme le nôtre où la peur règne au sein des sociétés. Le spectre du chômage continuant de hanter les marchés du travail. Fer de lance de ce néoréalisme, et nonobstant leur renommée internationale, rien ne pourra entraver l’intégrité des Dardenne. Leur vision du monde du travail, des ressources (in-)humaines, de la lutte sociale, des comportements et interactions est à la fois précise et subtile. 


On le sait, Marion Cotillard est capable du pire (The Dark Knight Rises) comme du meilleur (The Immigrant). Tout dépend de la personne derrière la caméra. Certains réalisateurs sont des artisans de la mécanique, d’autres sont de formidables directeurs d’acteurs et rares sont ceux qui allient les deux qualités (le premier qui nous vient en tête: Steven Spielberg). Les Dardenne, eux, ont prouvé toute leur virtuose à pouvoir rechercher le meilleur de chacun des comédiens avec qui ils ont tourné, qu'ils soient confirmés ou amateurs. Jerémie Renier, Emilie Dequenne, Olivier Gourmet, Déborah François, Thomas Doret, Cécile de France… ont tous brillé devant l’objectif des frangins. Et aujourd’hui, la Française césarisée, oscarisée et malheureusement oubliée pour le prix d’interprétation féminine à Cannes. La «Môme» a bien grandi depuis ses débuts dans «Taxi». Et ici, elle irradie l’écran pendant 1h35. 


Sans fard, sans glam, sans filet, sans chichis, l’actrice est à découvert et elle est bouleversante. Juste, crédible, émouvante, la compagne de Guillaume Canet nous chavire. Qu’on se le dise encore une fois, ce magnifique portrait de femme - son plus beau rôle depuis «De rouilles et d’os» - est transcendé par une paire de cinéastes talentueux. Un peu éclipsé par l’aura dégagée par la performance de Marion Cotillard, Fabrizio Rongione est tout aussi incroyable dans le rôle du mari qui ne lâche rien. En retrait, le Belge joue avec beaucoup de subtilité, de sincérité et d’intelligence la retenue. Un formidable personnage pour un excellent comédien. 


Notre palme d'or. Incontestablement.

 

4. 12 Years A Slave

 

On avait donc vu juste avec notre pronostic. Visionné bien avant son triomphe lors de la 86e cérémonie des Oscars, il ne faisait déjà plus aucun doute à l'époque quant au futur sacre de «Twelve Years A Slave». Face à lui, seul «The Wolf of Wall Street» pouvait faire le poids. Mais son histoire irrévérencieuse, son traitement licencieux et la mise en scène sans concession de Martin Scorsese ont choqué les membres les plus puritains de l’Académie - et ils sont nombreux. Du coup, Steve McQueen pouvait dormir sur ses deux oreilles, son magnifique métrage ne pouvait que remporter la prestigieuse statuette dans la catégorie reine, soit celle du «Meilleur film» de l’année 2013.


Il n’y a strictement rien d’injuste là-dedans tant le réalisateur a su combiner sa force de frappe de ses précédents films dits «d’auteur» avec une forme classique de long-métrage à visé mercantile et ipso facto accessible à toutes les pupilles. Le metteur en scène le savait, pour sortir une œuvre universelle, celui-ci devait absolument adoucir son style visuel plutôt rigide. S’il met de côté ses obsessions esthétiques, le cinéaste ne renie pas pour autant la singularité de son cinéma et offre quelques effets qui feront sens aux yeux des cinéphiles mais qui mettront une partie du public sur la touche.


Après «Hunger» et «Shame», McQueen corrobore l’idée qu’il est le cinéaste de la souffrance humaine, de la douleur physique. Une expérience doloriste partagée par le spectateur, les yeux humectés, la gorge nouée, le dos parsemé de frissons. Sans jamais quitter son personnage, l’ex-artiste plasticien rend parfaitement bien la déréliction du héros, poursuivant son chemin de croix qui aura duré, comme le titre du film l’indique, douze ans. Avec un réalisme criant, celui-ci montre l’ignominie de l’esclavage et dénonce une Amérique plongée dans la turpitude. Par ailleurs, il est le premier artiste noir à traiter cette infamie sur pellicule.


A travers l’histoire vraie de Salomon Northup, Steve McQueen, refusant toute sensiblerie, réalise une autopsie au scalpel de la pratique de l’esclavage dans les Etats-Unis au dix-neuvième siècle et transmet toute l’horreur de la condition noire. Ce dernier signe tout autant un brûlot fort et maîtrisé qu’un indispensable travail de mémoire. Enfin, impossible de ne pas faire écho à la qualité de l’interprétation des protagonistes: Chiwetel Ejiofor, Lupita Nyong’o, lauréate de l'Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, et Michael Fassbender offrent des compositions incroyables. Fort, très fort.

 

5. Nightcrawler

 

Avec «Nightcrawler», Dan Gilroy dresse un portrait acide de la presse de caniveau en recherche constante d’info-poubelle à balancer à son audimat, soit des téléspectateurs passifs et complices. Tout y passe: mise en scène de l’information, audience avide de sensationnalisme, pouvoir de l’image, manipulation des consciences, voyeurisme trash de la presse, déshumanisation des nouvelles, dérive des médias dits «citoyens», bafouage de la déontologie journalistique, course aux scoops les plus crapuleux, incompétence des présentateurs etc. Le tout emballé avec des dialogues au cynisme savoureux. 


Le réalisateur n’en rate pas une et pose les bonnes questions avec cette satire efficace des mass-medias qui devrait, espérons-le, intriguer la génération 2.0., submergée par la malinformation et mal armée face aux flux de «contenus» - ce qui fait parfois de ces jeunes des «cons tenus» par les réseaux sociaux dont ils ne peuvent s’extraire. A quand un cours obligatoire d’Education aux médias dans les écoles? 


Impossible de ne pas évoquer la distribution avec notamment un brillantissime Jake Gyllenhaal au regard halluciné qui, depuis la déconvenue «Prince of Persia», enchaîne les performances avec des rôles salutaires. Rappelez-vous «Prisoners» sorti il y a un an. L’Américain est à son meilleur dans «Nightcrawler» et rappelle les De Niro et Pacino de la grande époque, lorsqu’ils ne cabotinaient pas. Vous dire! Sans oublier le formidable come-back de René Russo en directrice d’info sans scrupules et sans une once d’éthique.


Pour une première œuvre, Dan Gilroy tutoie les cimes de la réussite. Le metteur en scène livre une charge sur l’info spectacle sise à mi-chemin entre l’entertainment pur et le film de contenus avec un véritable regard d’auteur. On pense autant à «Collateral» ou «Drive» pour les virées nocturnes qu’à David Fincher pour l’intensité du thriller haletant. L’histoire est bonne, la radioscopie des médias et l’analyse des mœurs audiovisuelles sont pertinentes, l’acteur principal est oscarisable, la bande originale électrisante, la mise en scène brillante…, bref, on tient ici l’un des meilleurs films de l’année!

 

6. Philomena

 

Oubliez les innombrables produits doucereux que nous sert Hollywood à tout bout de champs, le cinéma anglais, lui, réhabilite le mélodrame avec brio, celui qui va droit au cœur sans s’encombrer d’artifices tire-larmes préfabriqués avec une armada de violons.


Plus en forme que jamais, Stephen Frears, à qui l’on doit les immanquables ‘Tamara Drewe’ et ‘The Queen’, dresse le portrait de Philomena Lee, une vieille dame au crépuscule de sa vie, qui recherche le fils qu’elle a dû abandonner à la naissance. Tombée enceinte à l’adolescence, cette Irlandaise de statut modeste a été recueillie dans un couvent pour éviter l'anathème. Ce long séjour chez les nonnes devait laver l’opprobre dont elle s’était couverte aux yeux de sa famille. Cinquante ans plus tard, aidé d’un journaliste de la BBC en perte de vitesse, cette catholique remue ciel et terre pour connaître la vie de son fils caché.


Comme susmentionné, ce film inspiré d’une histoire vraie empoigne sans verser dans les trémolos faciles, émeut tout en suscitant la réflexion. Sans cynisme et sans ironie mal placée, ce réquisitoire contre l’église irlandaise nous rappelle l’indispensable «The Magdalene Sisters» de Peter Mullan sur le même sujet. Si «Philomena» sonne juste, c’est surtout grâce à sa distribution. Deux personnages que tout oppose composée par ce qui se fait de mieux dans la crème anglaise. Judi Dench est extraordinaire en mère courage simple mais humble et volontaire au même titre que Steve Coogan, parfait en journaleux snob mais appliqué. Acteur de talent – souvenez-vous de «The Trip» -, ce dernier se révèle également bon scénariste. Son récit fut d'ailleurs primé à la dernière Mostra de Venise.


La force de ce script est qu’il dépasse le substrat scénaristique du simple suspense «Va-t-elle retrouver son fils?» pour aborder de front différents thèmes: la religion face à l’athéisme, la foi au quotidien, le pardon et l’inexcusable, le choc des classes sociales, la critique du journalisme avec les «human interest stories» etc. ‘Philomena’ est riche, subtile, profond, drôle et émouvant. Face à tant de qualités, la mollesse de la mise en scène et les quelques flash-backs superfétatoires sont autant de peccadilles qui ne devraient pas vous faire hésiter à vous rendre sans détour chez votre exploitant de salles préféré.

 

7. Minuscule, La Vallée des Fourmis Perdues

 


Nonobstant la modestie du titre, c’est bien à une œuvre majuscule que vous êtes conviés. Sis à mi-chemin entre ‘Microcosmos: le Peuple de l'Herbe’ et la trilogie du ‘Seigneur des Anneaux’, ce film d’animation est une véritable petite pépite burlesque à consommer sans modération.



Après ‘The Artist’, c’est au tour des Français Thomas Szabo et Hélène Giraud de remettre au goût du jour le cinéma muet avec la gageure suivante pour mot d’ordre: plaire tant aux petits qu’aux grands enfants. Résultat: mission accomplie. Et pourtant, ce n’était pas gagné. Là où la plupart des studios d’animation mise sur un anthropomorphisme accentué pour susciter l’adhésion des jeunes pupilles, ici, le duo de réalisateurs ne s’est pas senti obligé de créer des animaux «humanisés».


Si l’absence de dialogues peut faire peur voire rebuter le tout-regardant, cette omission est compensée par de très jolies trouvailles de mise en scène ainsi qu’un extraordinaire travail sur le son. En sus, avec leur maestria toute cinéphile, le tandem fourmille d'idées pour booster leur long métrage. Celui-ci joue à fond la carte d’un humour ravageur volontiers orienté vers le burlesque et le comique de situation avec çà et là des clins d’œil savoureux aux œuvres cultes du septième art. Certains gags sont tout bonnement désopilants.


Techniquement, le résultat est bluffant et même rafraîchissant compte tenu de ce qui se fait dans le paysage du cinéma d’animation actuel. En substance chez la concurrence: DreamWorks et ses produits formatés, Pixar qui rime de plus en plus avec dollar et de moins en moins avec caviar ou septième art, Disney et ses morales à deux balles, l'esthétique criarde d'Illumination, les réchauffés de Blue Sky etc.


Avec 'Minuscule", nos deux Frenchies sortent des sentiers battus et font preuve d’une incroyable inventivité formelle. Concrètement, les personnages animés sont incrustés dans des décors réels filmés en format CinemaScope dans les parcs nationaux des Écrins et du Mercantour. Les images de synthèse et les prises de vues réelles se mêlent de façon homogène et font de ce film hybride un ravissement de tout instant. On reste muet d'admiration!


Tantôt poétique, tantôt épique, cette ‘Vallée des Fourmis Perdues’ se révèle in fine un divertissement récréatif qui vaut sacrément le coup d’œil.

 

8. The Grand Budapest Hotel

 

Il possède sans conteste l’un des univers les plus singuliers du cinéma américain contemporain. Il est encore loin du parachèvement de sa filmographie et pourtant il tutoie déjà des sommets artistiques. «Il», c’est Wes Anderson, l’ineffable génie au style visuel affirmé et à l’imagination sans limite. Comme à l'accoutumée, le dandy texan fait montre d'une incroyable créativité. Aujourd'hui, il convie le spectateur à s’immerger dans une histoire picaresque à l’aube d’un terrifiant conflit européen. Notre gandin nous sert à nouveau une galerie de personnages atypiques. La trame est connue: d'aucuns se cherchent, certains se toisent et tout le monde se trouve dans des tribulations truculentes.


L'exquis Monsieur Gustave, le concierge endimanché du Grand Budapest Hotel, palace sis dans la contrée imaginaire de Zubrowka, engage le jeune et dévoué Zero Moustafa en tant que groom ou «Lobby Boy», avec qui il va vivre toutes sortes d’aventures rocambolesques. Sous les atours d’une facétie ébouriffante d’espièglerie se situe en réalité une fable humaniste sur les derniers miroitements d’un Vieux Continent condamné à sombrer dans le fascisme de l'entre-deux-guerre. 


Cette odyssée endiablée à laquelle vient se joindre subrepticement de savoureuses séquences d’absurdité est sans aucun doute l’histoire la plus distrayante et accessible du cinéaste. La sève de la mise en scène, d’une inventivité constante, associée à la vélocité des rebondissements ainsi qu'à la concaténation des plans découpés au millimètre font de ce carrousel d’images burlesques un grand spectacle vintage. En sus, le soin apporté à chaque détail de décor et de costume transporte le spectateur dans un état de ravissement. Si la mécanique un peu trop huilée d'Andeson tend parfois à empêcher les émotions d’émerger, l’humour, lui, se déploie pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques.


Il est étrange de remarquer à quel point le film se regarde aussi facilement qu’on lit une bande dessinée truffée de gags irrésistibles et d'ostrogoths extravagants. Il faut d’ailleurs noter la présence d’une distribution en état de grâce où l'irrésistible Ralph Fiennes fait des merveilles. Sa verve, sa prestance, son regard sont autant d'éléments à épingler. L’acteur britannique porte le film sur ses épaules. Enfin, prêtez une oreille attentive à l'agréable partition musicale du brillant Alexandre Desplat.

 

9. X-Men: Days of Future Past

  

Habile producteur et scénariste astucieux, il n’a pas fallu longtemps à Bryan Singer pour imaginer une réunion du style «best of the best», soit l’esprit des deux premiers opus avec l’efficacité du prequel tout en n’oubliant pas de convier quasiment tous les acteurs de la saga. Tâche ardue s’il en est car il s’agit de ne pas froisser la chronologie. Mission totalement réussie. Cohérent, le metteur en scène se permet même de fournir un récit palpitant, lequel tient en haleine jusqu’au bout, et conclut son film en ouvrant un champ de possibles.


Misant sur un équilibre parfait entre action et humour, il offre également l’épisode le plus sombre de la saga. La noirceur du futur et la mélancolie du passé cohabitant au sein du même métrage. Le cinéaste orchestre intelligemment ces voyages dans le temps. Fluide et sans accrocs, l’histoire se suit comme on s’enfile un paquet de pop-corn. On prend aussi un malin plaisir à retrouver certains acteurs comme Ian McKellen ou Patrick Stewart.


Paré d’effets spéciaux ahurissants, ce «Days of Futur Past» est un divertissement de grande envergure aussi ambitieux que subtile. Singer réussissant même à offrir une séquence d’anthologie - du même genre que celle de Diablo s’introduisant dans le bureau ovale dans X-Men 2 - qui restera longtemps dans les mémoires: il réinvente l’effet «bullet time» popularisé par les frères Wachowski dans «The Matrix» avec le mutant Quicksilver. En un mot: énorme! Cette scène vaut à elle seule le détour dans les salles obscures!

 

10. Dawn of The Planet of The Apes

 

Après l’effroyable échec artistique que fut «Cloverfield», Matt Reeves semble être parvenu à remonter la pente. Ainsi, après la sortie du quasi chef-d’œuvre «Let Me In», l’un des meilleurs films de vampires de tous les temps, celui-ci offre un deuxième épisode dans la droite lignée du prequel. Interprétation sans faille, scénario malin avec une profondeur émotive et psychologique et dans lequel la structure basique gentil-méchant est intelligemment renversée, mise en scène inventive, SFX bluffants, direction photo impressionnante, composition musicale inspirée, Reeves s’est bien entouré et apparaît in fine comme un digne successeur de Rupert Wyatt, réalisateur de l'antépisode, lequel, estimant le délai de pré-production trop court, a préféré se tourner vers d’autres projets.


Là où certains blockbusters estivaux, en mode décérébré, se la jouent feu d’artifice avec un lourd déploiement dans la surenchère visuelle et où les effets pyrotechniques y demeurent à profusion (la pétarade Transformers 4...), le cinéma de Matt Reeves se voit comme une bénédiction pour tous ceux qui apprécient les divertissements «grand spectacle» intelligents. Le metteur en scène parvenant même à ajouter de la poésie dans ses images notamment avec ce superbe plan giratoire sur le tank durant l’assaut des anthropoïdes. Enfin, le cinéaste se montre diablement efficace dans la montée en puissance de la tension belliqueuse entre simiens et humains ainsi que dans l'instauration d'une ambiance lourde et pesante. 


Si d’ordinaire les suites déçoivent, ici, ce n’est pas le cas. Évidemment, on pourrait reprocher une intrigue un brin faiblarde et une carence en rebondissements mais ce serait ergoter sur quelques peccadilles qui n’entravent en rien le plaisir d’assister à un divertissement de haut vol.


Professeur Grant

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