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mercredi 17 décembre 2014

Exodus: Gods And Kings


Exodus : Gods and Kings relate l'histoire d'un homme et de sa quête pour la libération du peuple juif hors des terres d’Égypte. Ce film réalisé par Ridley « Gladiator » Scott, a la lourde tâche de dépeindre une partie de la vie du imposant personnage biblique qu'est Moïse (Christian Bale- très efficace et juste dans ce rôle) et qui osa braver la puissance de tout un empire.
C'est ainsi que nous suivons pendant près de 2h30 ce leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès (méconnaissable Joel Edgerton) et entraîna avec lui 600 000 esclaves dans le désert pour échapper aux dix plaies d’Égypte et à la colère du pharaon. Fresque épique ou théologique ? Pari réussi ou déception ? Probablement un peu de tout cela...et c'est sans doute le problème.



 
Depuis une quinzaine d'années, le genre « péplum » ressuscite sous la houlette de grands réalisateurs parmi lesquels Wolfgang Petersen, Oliver Stone, Mel Gibson, et dernièrement Darren Aronofsky avec son « Noé » où évolue Russel Crowe (transfuge de Gladiator du même Ridley Scott). Cette déferlante de productions hollywoodiennes est intimement liée à l'essor des moyens technologiques toujours plus performants. Quoi de plus facile que de voir s'abattre un fléau sur la Terre , quel qu'il soit ? Après tout, aujourd'hui, existe-il encore des limites si ce n'est celles relatives à la pensée du réalisateur ? C'est ainsi que de grandes œuvres sont revisitées chaque année et que des projets jugés alors « impossibles» se mettent en place.

Mais peut-on retranscrire fidèlement un récit biblique, donc millénaire, particulièrement dense et complexe sans dénaturer le sens voulu ? Encore faut-il s'accorder sur celui-ci. C'est là tout le travail des théologiens et des exégètes. Ridley Scott n'a ni la prétention d'être l'un et/ou l'autre mais se propose de porter à l'écran un récit symbolique. Il le fera forcément avec ses convictions et sa vision personnelle.

N'est-ce pas là le travail de tout créateur ? Bien évidemment ses choix ne sont pas ceux des autres (communautés religieuses, autorités, etc..) qui voient dans ce film trop d'inexactitudes (tant historiques que religieuses d'ailleurs) ou un parti pris qui les froisse. Ainsi Exodus : Gods and Kings est interdit de salles en Égypte, au Maroc et aux Émirats Arabes Unis. La commission de contrôle des films a statué. Sensiblement pour les mêmes raisons. Sans trop en dire : la représentation de Dieu dans le film ; une vision jugée sioniste où le peuple juif est seul bâtisseur des pyramides ou encore Moïse se comportant plus comme un chef de guerre que comme un guide spirituel , véritable prophète de tout un peuple.

Alors oui, sur le « fond », ces reproches sont fondés. Sans trop creuser, on ne peut que ressentir un manque flagrant de précision et une faiblesse quant au développement des personnages secondaires, qui, dans le récit biblique comptent. Pour autant, doit-on bouder notre plaisir ? Certainement pas.

Lors de la vision de cette véritable fresque antique, le spectateur comprend tout de suite à qui il a affaire. Il s'agit bien d'un agnostique aux commandes. Comprenez par là quelqu'un qui ne sait pas.     Ni athée, ni croyant, le réalisateur n'a manifestement pas voulu réaliser un film théologique. Ici on suit une grande histoire, deux personnages principaux Moïse et Ramsès qui grandissent ensemble pour suivre ensuite des destinées différentes. L'un s'insurgera et guidera son peuple en combattant ; l'autre voudra garder ce peuple sous sa coupe et ses coups de fouets.

Que retenir de ce « long métrage » ? Tout d'abord une interprétation solide de Christian Bale. Aussi à l'aise en Moïse qu'en Batman, il assure la prestation. L'autre grande figure, pharaonique cette fois, est incarnée par l'australien Joel Edgerton que l'on a pu apercevoir dernièrement dans « Gatsby le Magnifique ». Le traitement de son personnage laisse place à un peu plus de réserve. Il en devient presque caricatural. Étrange.. D'autres grands noms rejoignent le panthéon parmi lesquels : Ben Kinglsey (fidèle à lui même et donc excellent), John Turturro et oh surprise ! Sigourney « Ripley » Weaver. Tout ce beau monde gravite autour des deux personnages principaux avec beaucoup de justesse. Nous le disions précédemment, dommage que les personnages secondaires soient jetés aux oubliettes. C'est d'autant plus décevant qu'il aurait été possible de les faire exister sans trop de lourdeurs scénaristiques. Le réalisateur a voulu simplifier son récit mais a eu pour seul résultat de le rendre trop simpliste. Aussi, certains choix pris par le réalisateur ne sont peut-être pas des plus judicieux mais sur ce point, nous vous laisserons en juger. Là encore, c'est une question de sensibilité. Certains y verront une pertinence, d'autres non..

La musique du compositeur Alberto Iglesias sert très bien le film même si nous déplorons l'absence d'un thème porteur, sorte de fil rouge qui nous aurait suivi tout au long de l'aventure.

Que serait cette œuvre colossale sans de solides effets spéciaux ? Ils servent à merveille la narration et permettent de reconstituer au mieux les moments forts du récit comme la traversée de la Mer Rouge. Ici, le réalisateur parvient à nous surprendre avec une vraie intelligence créatrice. Il sort des sentiers battus pour nous livrer une vision originale de cette scène déjà culte !

Que retiendrons nous de ces 2h30 de grand spectacle ? Un divertissement honnête, bien réalisé et correctement joué et s'éloignant d'une quelconque volonté de véracité historique/théologique. Hélas, cette réalisation n'est pas non plus épique. Elle navigue souvent entre deux eaux. Le résultat ne laissera pas un souvenir impérissable aux spectateurs que nous sommes mais ce film certes maladroit a été fait sincèrement.
Il n'a d'autre prétention que de nous évader quelques instants dans une belle épopée.
Dans le fond, n'est-ce pas ce qu'on lui demandait ?

Note:★★★
Critique: Stanley


Autre critique, autre point de vue: «Exodus: Gods And Kings» vu par le Professeur Grant



Diantre! Mais où va Ridley Scott? Où est donc passé le génie du réalisateur des cultissimes «Alien», «Blade Runner» ou «Gladiator»? Où son art s’est-il fourvoyé? Le metteur en scène n’est plus que l’ombre de lui-même. Si «Cartel», son pénultième métrage avec sa distribution en or vingt-quatre carats et sa direction d’acteurs cacaille de souk (Cruz, Diaz, Pitt, Fassbender, Bardem, tous aussi affligeants les uns que les autres), était un violent crash artistique et financier, «Exodus: Gods and Kings» en est sa sortie de route. Ce n’est pas encore l’accident mais on le voit venir… Nous ne nous étendrons donc pas sur ce péplum biblique, lequel, par contre, s’est un peu trop étalé dans la durée. Une longueur excessive de 2h30 des plus pénibles. 



En réalité, on n’est jamais entré dans l’histoire. L’adhésion ne fut que partielle. Le problème majeur, c’est qu’on n’y croit pas une seule seconde. Rien ou presque ne fonctionne. Le Dieu vindicatif joué par un ketje (sic!) mal dirigé, on n’y croit pas. Le tsunami de la mer Rouge noyé de CGI, on n’y croit pas. Joel Edgerton en Ramsès avec son jeu monocorde totalement fadasse, on n’y croit pas. Les dix plaies d’Egypte «emballées, c’est pesé», on n’y croit pas. L’exode des 400.000 israélites pour les affranchir du joug égyptien, on n’y croit pas. En fait, on ne croit pas en grand-chose dans ce blockbuster. 

Le rythme est bancal et on n’accroche à aucun protagoniste si ce n’est le héros. Les personnages secondaires sont tous sacrifiés sur l’autel du grand spectacle. Il n’y a, par exemple, aucune place pour Sigourney Weaver dans le film. Que vient-elle faire là? Avec trois lignes (ou deux… j’hésite!) de dialogues, Ripley en est réduite à faire de la figuration. Au même titre que Ben Kingsley, John Turturro, Ben Mendelsohn ou Aaron Paul qui doivent se demander ce qu’ils sont venus faire dans cette onéreuse galère. 

Ridley Scott semble principalement s’intéresser à la démonstration et, du coup, très peu à l’émotion. Les sentiments profonds n’émergent pour ainsi dire jamais. Ils sont abandonnés au profit de séquences boostées à grand renfort d’effets spéciaux. Mais ce que le cinéphile aura du mal à pardonner au Britannique, c’est d’avoir bâclé l’une ou l’autre scène clef du scénario. Comme celle où le pharaon apprend le passé de Moïse. Aucune intensité dramatique, aucune nuance, on baigne ici en pleine caricature. 

Reconnaissons toutefois au septuagénaire d’avoir réussi à mettre en boîte quelques séquences efficaces ainsi qu’un savoir-faire irréprochable lorsqu’il s’agit de peindre des batailles gargantuesques (mais superficielles cela dit, comme celle de l’introduction contre les Hittites). Heureusement, dans ce naufrage artistique, Christian Bale assure et permet de tenir (péniblement) jusqu’au générique de fin. Ce formidable acteur est le seul atout précieux de ce blockbuster hivernal plus visuel qu’émotionnel.

Note:
Critique: Professeur Grant

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