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mercredi 15 avril 2015

Suite Française

1940 - France. Attendant des nouvelles de son mari, prisonnier de guerre, la sublime Lucile Angellier (Michelle Williams) mène son existence sous l'oeil inquisiteur de sa belle-mère (Kristin Scott Thomas). Mais bientôt arrive une garnison de soldats allemands qui s'installe chez l'habitant. Elle essaye d'abord d'ignorer Bruno (Matthias Schoenaerts), l'élégant officier qui séjourne chez elles. Ils succomberont à l'amour au bout de quelques semaines, ce qui va les mener vers les tragédies de la guerre... 


'Suite Française' est basé sur le roman éponyme de Irène Némirovsky. Le livre fut retrouvé après la mort de son auteure dans un camp de concentration en 1942. Sa fille aînée, Denise Epstein, a gardé le carnet contenant le manuscrit pendant près de 50 ans, craignant que la lecture du journal ne lui cause trop de peine. Ce n'est que dans les années 90 qu'elle entreprit de le lire avant de le faire publier en France où il devint un bestseller en 2004.

Pour son film de guerre, Saul Dibb ('The Duchess' et 'Bullet Boy') n'a guère lésiné sur les frais liés au casting. Il s'entoure d'acteurs et d'actrices ayant déjà fait leurs preuves. Jouant sur deux terrains (réalisation et scénario), Dibb parvient-il ici à « tenir la ligne » ?

Côté casting, signalons tout d'abord l'excellentissime Matthias Schoenaerts ('De Rouille et d'Os', 'The Drop', 'Bullhead', 'Far From the Madding Crowd', etc). Schoenaerts aurait dans un premier temps refusé, pour des raisons morales, de jouer le rôle de l'officier nazi. Ce n'est qu'après la lecture du roman qu'il a accepté de prêter ses traits au personnage. La délicate et ingénieuse Michelle Williams ('Shutter Island', 'My Week with Marilyn', 'Blue Valentine', etc) lui donne la réplique en interprétant un rôle tout en nuances.

Pleine de dédain envers ses locataires et de rancœur envers l'ennemi, Kristin Scott Thomas ('The English Patient', 'Mission : Impossible', 'Gosford Park', 'Elle s'appelait Sarah', 'Only God Forgives', etc) est impériale.

Grand acteur, Lambert Wilson ('Des Hommes et des Dieux', 'Coeurs', 'Matrix Reloaded', 'On connaît la Chanson', etc) est égal à lui-même.

Signalons, non sans déplaisir, la présence de Sam Riley ('Control', Maleficent', On the Road', '13') à l'affiche.

Après 107 minutes qui ont fusé comme un tir de Glock, force est de constater que le film est abouti. On retiendra le jeu des acteur-trice-s qui est, selon nous, exempt de tout défaut. Le film s'attache également à la poursuite d'un réalisme certain. La vision de la guerre qui est ici dépeinte se montre froide, blessante et très souvent malheureuse. Les quelques rares minutes de bonheur ne sont qu’illusion.

Tantôt plaisantes (les gestes de solidarité sous l'occupation), tantôt effarantes, les scènes ont le mérite d'être très soignées. Le génie de la mise en scène d'un Spielberg est ici égalé au moins à une reprise (on pense notamment au bombardement du train annonçant l'arrivée des Allemands).

Déplorablement, les acteurs parlent anglais en lieu et place du français… Certes, c'est une pratique courante au cinéma mais quand on sait qu'une bonne partie du casting est francophone/francophile, on questionne toujours ce choix.

Bruno (Matthias Schoenaerts) et Lucile (Michelle Williams)

Énième adaptation d'un roman traitant de l'occupation nazie, 'Suite Française' enchante plus qu'il ne déçoit. À bien des égards le film est réussi. Le réalisateur insuffle une véritable sensibilité au récit et évite tout manichéisme à deux sous. Sous une apparence rustre et un côté « germanique », le lieutenant Bruno von Falk (Schoenaerts) est en fait une personne cultivée et sensible. La scène de la fusillade est à ce propos bouleversante. Comme quoi il ne faut jamais « juger un livre par sa couverture » (comprenez : l’habit ne fait pas le Nazi).

Adaptation semi-réussie, 'Suite Française' se voit amputée d'un aspect important qui aurait pu faire de l’œuvre de Dibb un très grand film : cet aspect générationnel si omniprésent dans 'Ces Amours-là' (Lelouch) et 'Schindler's List', pour ne citer que ces deux-là.

Note: 
Critique: Goupil

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