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mercredi 17 juin 2015

Jurassic World


Après le décès de son fondateur John Hammond, la société de biotechnologie InGen a été rachetée par Simon Masrani, PDG de la Masrani Global Corporation. Deux décennies après les événements tragiques de 1993, un nouveau parc a ouvert ses portes sur Isla Nublar, au large du Costa Rica. C'est plus de vingt mille visiteurs qui débarquent chaque jour à "Jurassic World", le "plus grand parc à thèmes jamais construit dans l'histoire humaine" pour profiter pleinement du cadre idyllique de l'île et de ses attractions. Les scientifiques de la réserve biologique, sous la direction du Dr Henry Wu, étudient le comportement des animaux, des dinosaures vivants recréés à partir de leur ADN fossilisé dans de l'ambre. Mais alors que tout le monde croyait les leçons du passé assimilées, un nouvel incident éclate…  





Welcome to Jurassic… World. Hé oui, il faudra s’y faire. Le «park» s’ouvre au monde tel un Disneyworld du dinosaure. Vingt-trois ans après le chef-d’œuvre de Steven Spielberg, la franchise se renouvelle derrière la caméra d’un jeune réalisateur prometteur, alias Colin Trevorrow, auteur de «Safety Not Guaranteed», petit film par le budget, grande œuvre par la reconnaissance attribuée par la profession. Son objectif principal: faire oublier le faux pas du troisième opus commis par un Joe Johnston (Jumanji) un brin à l’ouest. Écrivons-le sans ambages, c’est mission réussie. 

Oubliez donc ce spinosaure de pacotille venu parasiter les écrans en 2001, le T-Rex est de retour sur l’affiche. C’est lui et lui seul le roi de la saga. D’ailleurs, le tyrannosaure est le symbole de l’idée maîtresse des producteurs: le retour aux sources. Les fans ont toujours regretté de ne pas avoir des suites qui soient dans la même lignée (et de la même qualité) que l’épisode original. Et le logo dévoilé il y a plus d’un an s’annonçait comme une promesse: «Jurassic World» entend bien retrouver les émotions provoquées aux spectateurs en 1993. 

A ce niveau-là, il n’y a rien à redire. «Jurassic World» fonctionne comme une madeleine de Proust. Le metteur en scène prend d’ailleurs un malin plaisir à parsemer son long métrage d’une kyrielle de références (décors, dialogues, musique…) sans oublier tout le marketing et la logistique liés au premier parc (logo, merchandising, jeep etc.). Le film fourmille de détails savoureux pour le fan inconditionnel tout en étant truffé de clins d’œil. On ne vous cache pas qu’on a eu les poils qui s’hérissaient à l’écoute du thème musical. Nostalgie quand tu nous tiens! Mais l’œuvre possède aussi les défauts de ses qualités. A force de combler les toqués de la première heure et de jouer ad nauseam la carte du film hommage, le métrage en oublie carrément de créer sa propre histoire, sa propre mythologie.

Concrètement, «Jurassic World» se déroule plus de vingt ans après les premiers pas d’Alan Grant sur l’île costaricienne d’Isla Nublar. Un nouveau parc d’attraction a fait son apparition sur les ruines du premier. Et, évidemment, les choses ne vont pas se dérouler comme prévu. Cette nouvelle production n’est donc pas un reboot mais bien une véritable suite (qui prend soin de ne pas évoquer les deux sequels de la trilogie) qui a pour objectif de retrouver la sensation de découverte du premier volet. Pour cela, l’équipe du film ne se casse pas trop la tête et envisage de reprendre la même trame que «Jurassic Park», premier du nom. 

Mais pour ne pas en faire un pur remake, on y propose de nouveaux personnages, de nouveaux dinosaures (comme le mosasaure, reptile aquatique, qui mange du requin blanc – pied-de-nez savoureux à Spielby), de nouvelles attractions (le parc à bébés dinos, la gyrosphère etc.) et, du coup, de nouveaux rebondissements. Il existe une formule pour résumer cela: faire du neuf avec du vieux. On garde l’idée des enfants, celle d’un duo qui respecte la parité homme/femme (Chris Pratt et Bryce Dallas Howard), du gros méchant (Vincent «Full Metal Jacket» D’Onofrio remplace Wayne «Ah, ah, ah, vous n’avez pas dit le mot magique» Knight) et du bon black de service (Omar Sy tentant de faire oublier Samuel Lee Jackson). 

Si tout ce beau monde fait de son mieux pour y croire, le casting est à l’image du film entier. Il souffre de la comparaison avec l’original. Chris Pratt a beau avoir du charisme, sa présence n’est pas aussi magnétique que celle d’un Sam Neill. Idem pour Bryce Dallas Howard, laquelle n’arrive pas à la cheville de Laura Dern. Même constat pour les gamins. Pareil pour beaucoup d’éléments finalement. La mise en scène de Trevorrow n’est pas aussi inventive que celle de Spielberg. Sa réalisation ne rend pas le gigantisme du parc, ce que faisait pourtant avec brio le papa d’ET avec sa caméra à hauteur d’homme. Le scénario, bien que fortement calqué sur «Jurassic Park», dont on connait les tenants et aboutissants, se fourvoie dans des scènes totalement ridicules (le final… Seriously?) alors que le récit de l’original restait acceptable pour tous. 

Même les effets spéciaux n’ont pas le même rendu réaliste que l’association astucieuse et gagnante des animatroniques de feu Stan Winston avec les sfx d’Industrial Light & Magic. Et puis, où sont passés les touches d’humour et les punchlines du premier épisode? «Jurassic World» se prend bien trop au sérieux et dénote ainsi avec le reste de la saga. Reconnaissons toutefois la belle composition de Michael Giacchino (la musique du jeu vidéo «The Lost World», c’était déjà lui) qui, sans dénaturer les thèmes mythiques imaginés par John Williams, parvient non sans maestria à donner une couleur musicale originale à ce quatrième opus. Un tour de force que n’avait pas pu réaliser Don Davis avec le score de «Jurassic Park 3». 

Mais cette suite de déceptions n’est rien face à la déconvenue principale qui concerne l’atmosphère. Si l’émerveillement et la fascination ont bien lieu grâce aux tribulations des enfants durant la première partie, on regrette que Trevorrow ne prenne pas plus de temps à présenter ses nombreux personnages et à préciser son unité de lieu. Ainsi, certains protagonistes sont sacrifiés sur l’autel du spectacle (Omar Sy n’a aucune utilité… vous avez dit figuration?), tandis que l’île nous est présentée comme étant une vaste étendue alors qu’en réalité les personnages s’y déplacent à vitesse grand V. Le montage rapide n’arrangeant rien.

On dirait que le metteur en scène a peur de perdre son audience en cours de route et exécute donc rapidement ses transitions. Une erreur symptomatique des superproductions d’aujourd’hui. Ainsi, les séquences s’enchaînent sans laisser le temps d’installer un climat ou de développer certains personnages. Quant à l’effroi, il est aux abonnés absents. La frousse, on ne l’a pour ainsi dire jamais, faute d’ambiance. Finalement, tout n’est qu’esquisse, ce qui est d’autant plus dommage que la production a justement mis un point d’honneur à se creuser les méninges pour imaginer le fameux parc que l’on attendait tous: décors, costumes, technologies, attractions etc. Il y a une palanquée de bonnes idées mais beaucoup de détails passent malheureusement à la trappe. 

Après une première partie agréable qui rend principalement hommage au «Jurassic Park» de Spieberg, il faut se farcir la deuxième heure, laquelle vire résolument au gros délire numérique sans queue ni tête. On y court en talons aiguilles et différentes espèces de dinosaures communiquent allègrement entre elles sans que cela ne gêne personne. En somme, on a droit à un film en demi-teinte donc avec tout de même une note d’espoir car, si la manière n’y est pas toujours, le cœur, lui, reste intact. On sent bien que la production, pétrie de bonnes intentions, a voulu jouer la carte de la sincérité tout en essayant d’innover avec quelques idées maîtresses originales et moins foireuses que prévues. 

Ainsi, l’Indominus Rex, entendez ce reptile géant génétiquement modifié, se révèle finalement être un moteur efficace à l’intrigue tandis que l’apprivoisement des vélociraptors est plutôt bien amené. Nonobstant son manque d’expérience, Colin Trevorrow parvient à ajouter un peu de fraîcheur à cette saga qui tournait quelque peu en rond. In fine, «Jurassic World» finit par épouser le cahier des charges du pop-corn movie et se montre plus malin que d’autres blockbusters (si - et seulement si - on écarte de la mêlée le dernier «Mad Max», lequel surclasse de loin toutes les superproductions du moment).

Note: 
Critique: Professeur Grant


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Goupil donne son avis:

Graou !
'Jurassic World' apporte-t-il du sang neuf à une fabuleuse saga imaginée et mise en scène par le prodigieux duo Crichton/ Spielberg, ou bien est-ce là une quatrième itération flanquée d'un scénario au stade embryonnaire ? Le réalisateur, Colin Trevorrow, sera-t-il jeté aux mosasaures quand viendra l'heure du bilan ?

« Le Dinosaure et l'Homme, deux espèces séparées par 65 millions d'années d'évolution, viennent tout à coup de se retrouver face à face. Comment serait-il possible d'avoir la plus petite idée de ce qui va se passer ? »

Après le premier 'Jurassic Park' (ci-après 'JP'), on a bien une petite idée : « Au début il y a des oh, haaa et puis tout ce qu'on entend ce sont des cris ! ». Force est de constater que le schéma ne change pas. On prend les mêmes et on recommence. À quelques détails près… Tout d'abord, là où 'The Lost World' et 'JP3' prenaient place sur le site B (Isla Sorna), 'Jurassic World' (ci-après 'JW') opère un retour aux sources : nous voici à nouveau sur l'île où tout a commencé, Isla Nublar (comprenez « île aux nuages »). Alors que les deuxième et troisième opus s’avéraient être des missions de sauvetage, 'JW' voit le rêve de John Hammond se concrétiser. C'est aussi la concrétisation du rêve de Spielberg : voir le parc ouvrir ses portes. C'est en effet de lui que vient cette idée. Et ce dernier de suggérer également de donner le requin de 'Jaws' en pâture au mosasaure. Preuve en est qu'il ne s'est pas seulement contenté de produire le film.

Ne laissons pas durer le suspense, 'JW' ne fait pas mieux que son illustre modèle. Il réussit pourtant là où JP3 a échoué. Le réalisateur Colin Trevorrow ('Safety Not Guaranteed') plutôt que de tenter l'impensable – à savoir enterrer 'JP' pour de bon et ainsi le reléguer au rang des films à passer au carbone 14 – insuffle une nouvelle vie à la saga. 'JW' se voit donc accompagné de multiples clins d’œils/hommages au premier volet. On en relève beaucoup – des plus criants (on vous laisse les surprises) aux moins évidents à relever : le livre du Prof. Ian Malcolm himself « God Creates Dinosaurs » glissé ici et là, un dinosaure qui fait son grand retour, des hologrammes comme référence au premier film et feu Stan Winston – jusqu'ici responsable des dinosaures – qui se voit affublé d'une chaîne de Steak House.




Définition
'JW' : sequel, reboot, remake ? Depuis 1993, beaucoup ont rêvé de voir le parc prendre vie. Force est de constater que (ce vieux dégénéré de) Trevorrow y est arrivé ! Beaucoup pleurent le départ de Spielberg depuis 'The Lost World' mais il faut savoir que Mr E.T. ne serait jamais revenu sans matériel (comprenez : sans un roman de Michael Crichton – qui a passé l'arme à gauche en 2008).
Avec 'JW', Trevorrow évite la disparition de 'JP' au cinéma. 'JW' tient plus du reboot que du remake, le film se passant 20 ans après les événements du premier volet.
Un « remake » des deux tomes de Crichton serait quant à lui envisageable… sachant que Spielberg a pris beaucoup de libertés en adaptant les deux romans. Pas de 'Jurassic Park 4' sur l'affiche donc. On ose, on innove. Le parc évite ainsi l'hibernation d'une belle manière comme en témoignent les chiffres du box office mondial dès le weekend de lancement (plus gros démarrage mondial de tous les temps).

Pour 'JW', les scénaristes de 'Dawn of the Planet of the Apes' ont dépoussiéré le matériel de base, à savoir un script presque à l'état de fossile. Paléontologue attitré, Jack Horner – l'homme qui a inspiré le personnage d'Alan Grant – est de retour, agissant comme un « Huggy les bons tuyaux » sur le tournage. John Williams, trop occupé par 'Star Wars' et certainement la tête dans les étoiles, cède sa baguette à l'excellent Michael Giacchino (compositeur des BO de 'Lost', 'Star Trek Into Darkness', etc). En découle une BO discrète mais rendant hommage à l’œuvre de Williams.
Côté casting, même si Bryce Dallas Howard ('The Help' – la fille de Ron Howard), Irrfan Khan ('Life of Pi'), Jake Johnson (la série 'New Girl') et Omar Sy font du bon boulot, c'est surtout Chris Pratt qui impressionne ! À mi-chemin entre le professeur Grant et le chasseur Robert Muldoon, Chris Pratt excelle et ne surjoue pas. On retrouve aussi avec plaisir le Dr Henry Wu (BD Wong), le seul membre du casting original.

Les dinosaures sont réussis et ne font pas juste de la figuration. À l'image du T-Rex dans le premier épisode, ils deviennent les héros au terme de l'aventure.

Mercedes, Starbucks, Samsung, Hilton, Coca-Cola, etc. les placement de produits crèvent l'écran… mais tout ceci sert le propos du film (rappelez-vous, cette critique de la société d'aujourd'hui où l'on en veut toujours plus). Tout cela n'est aucunement fortuit comme le souligne la scène de sponsoring de « l'Indominus Rex », la nouvelle attraction du parc. À la fin, toutes ces marques en prennent d'ailleurs pour leur grade dans un festival de destruction made in « vieux fossiles sur pattes ».

On peut cependant adresser certains reproches à 'JW'. Certains paléontologues s'en donnent à cœur joie : « toujours pas de plume pour cette vision moderne des dinosaures, c'est impardonnable ». Sauf que ces derniers n'ont pas vu le film. Le Dr Wu explique en quoi ces dinos-attraction diffèrent des dernières découvertes scientifiques.

Les points négatifs
Là où le bât blesse toutefois, c'est au niveau du scénario et des répliques. Au grand dam des fans de la première heure, pas question de répliques à couper au rasoir comme ce fut le cas dans 'JP'.
On relève aussi quelques incohérences dérangeantes : course-poursuite en talons aiguilles, le Mosasaure - dinosaure aquatique - ressuscité par on ne sait quel procédé (oubliez la piqûre de moustique et l'ambre…) En plus de répliques faiblardes, un autre élément privera peut-être 'JW' d'obtenir un statut culte : une certaine radinerie au niveau de l'humour (seulement deux passages drôles sur le film). Le combat final pêche aussi par son côté démesuré. Le comble c'est que le film tombe dans l'escalade du « toujours plus » qu'il s'évertue portant à dénoncer. Pour citer Ian Malcolm, tout porte à croire que le responsable CGI manie les images de synthèse « comme un enfant qui a trouvé le flingue de son père ». C'est dommage quand on sait que le film dénonce justement les nouvelles technologies et cette génération d'ados penchés sur les smartphones et autres tablettes.

En bref
Au final, 'Jurassic World' réjouit ! Cette nouvelle fournée de dinosaures parvient à sauver la saga de l'extinction, saga qui est loin de s'éteindre puisque Chris Pratt et Colin Trevorrow ont tous deux confirmé la rumeur d'une suite. La franchise a trouvé un nouveau chemin…

Note : 
Critique : Goupil (relecture Choupette)




Bonus round

 

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