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mercredi 4 novembre 2015

Spectre


Un message cryptique venu tout droit de son passé pousse Bond à enquêter sur une sinistre organisation. Alors que M affronte une tempête politique pour que les services secrets puissent continuer à opérer, Bond s'échine à révéler la terrible vérité derrière... le Spectre.





C’est rarement une bonne idée de forcer la main à quelqu’un. Au sortir du triomphe international de «Skyfall», Sam Mendes avait fait remarquer qu’il ne souhaitait pas rempiler pour shooter la vingt-quatrième aventure de James Bond. Les producteurs, eux, ne l’entendaient pas de cette oreille, amassant les dollars tombés de partout au box-office mondial. Insistants, ces derniers sont revenus à la charge avec une enveloppe que l’on imagine plutôt bien fournie. Le fric, c’est chic!



L’appel de l’oseille aidant, les flagorneries et, finalement, l’ego plus que flatté ont réussi à faire changer d’avis le réalisateur britannique. Mais là où le précédent volet de l’agent secret de Sa Majesté transpirait la passion du septième art à chaque plan, «Spectre», lui, prend davantage l’allure d’un long métrage de commande sans ambition. Bref, un «Bond» en arrière pour le mordu de la première heure. Le cinéaste ne renouant pas avec l’éclat du dernier opus. Si le divertissement reste toutefois intact, on se situe aux antipodes du film d’espionnage incontournable et encore plus loin du chef-d’œuvre espéré. Petite analyse d’une grande déconvenue.

Primo: une mise en scène plan-plan. Plutôt plate, celle-ci ne fait jamais d’étincelles si l’on excepte forcément le prologue virtuose, à Mexico, lors des festivités du «Dia de Muertos», avec son plan-séquence plutôt bien troussé. Pour le reste, la paresse prime. L’inventivité et l’élégance du pénultième épisode ont laissé place à des séquences tournées sans brio. Pis, les scènes d’action emballées de manière hyper fonctionnelle n’ont aucune saveur à l’instar de la course-poursuite fast & furious à Rome. Un comble pour un 007! Il n’y a rien de mémorable à sauver et encore moins d’anthologique. Même l’insipide chanson «Writing’s On The Wall» de Sam Smith associé au générique de début ne laissent pas un souvenir impérissable. On le répète: un comble pour un 007!

Deuxio: une distribution foireuse. Que celui qui a eu l’idée de caster Léa Seydoux se lève et se rende fissa… au bûcher! Sérieusement, prendre l’actrice la plus fade du moment pour l’habiller en James Bond Girl, rôle déjà pas très consistant en soi, c’est l’une des erreurs de casting les plus incroyables de la saga. A force d’en faire des caisses pour jouer la carte de la perf’, la Française qui, soit dit en passant, a rarement brillé sur le grand écran est aussi crédible en médecin que Ryan Gosling en bédouin. Ses répliques sonnent faux et le charme n’opère pour ainsi dire jamais. Il est illusoire de croire que le piston du papa-producteur est un gage de talent. Paradoxe: même Monica Bellucci, avec ses deux scènes superfétatoires (!), fait montre de plus de présence. 

Tertio: un vilain de pacotille qui nous fait regretter le brillant Javier Bardem dans «Skyfall». L’idée d’offrir à Christoph Waltz le rôle du bad guy n’est pas mauvaise en soi. Fallait-il encore lui donner quelque chose à défendre, de la matière à jouer. Affirmons-le d’emblée, son personnage est totalement sacrifié. Ses motivations apparaissent simplistes, sa psychologie rudimentaire et ses scènes, où le risible n’est jamais très loin, sont expédiées à la vitesse grand V. Il existe une règle au cinéma qui veut que «Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film», dixit Alfred Hitchcock. L’inverse est valable également. Preuve en est…

Quarto: des scénaristes pantouflards. L’inertie de la réalisation de Sam Mendes n’a d’égal que la paresse de l’équipe chargée de rendre le récit un tant soit peu palpitant. Si on ne s’ennuie pas trop, on ne peut pas dire que l’intrigue passionne non plus. En substance: pas de suspense, peu de tension. Scènes d’action sans peps et séquences d’explication et d’exposition monotones s’imbriquent de façon mécanique tout au long de ces deux heures quarante de métrage. Longuet et convenu, le film l’est assurément. Il aurait gagné à voir sa trame resserrée pour gagner en rythme. Quant au final, plutôt grotesque - mais on vous laisse le déplaisir de le découvrir -, il déçoit grandement.

Cela dit, même si «Spectre» se montre décevant, le grand spectacle, lui, est bel et bien sauf. En outre, Daniel Craig assure comme à son habitude, depuis ses premiers pas dans le smoking de James Bond dans «Casino Royale». Admettons également que l’idée de confronter l’agent secret face à l’hyper-connectivité se révèle des plus pertinentes tant on peut se demander aujourd’hui comment les espions d’antan peuvent se mesurer à la surveillance de masse. Par ailleurs, les codes et autres conventions bondiennes sont respectés à la lettre et la photographie s’en trouve soignée. Le produit hyper calibré finit par divertir l’audience qui en a finalement pour son argent. Efficace à défaut d’être surprenant.

Note: 
Critique: Professeur Grant

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