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dimanche 3 janvier 2016

Bilan 2015 - le "Top 10" du Professeur Grant

Bonne année, meilleurs vœux, excellente santé, blablabla… Trêve de formalités d’usage et allons droit au but. Coup de projecteur dans le rétroviseur avec le traditionnel «Top 10» des films qu’il ne fallait pas louper l’an dernier. On le devine facilement, vous vous posez cette question cruciale qui va sans aucun doute définir le reste de votre vie: «Diantre!, mais quelles sont les productions majeures de 2015 qui trustent les premières places du classement des meilleurs métrages, enfin?!» Allez, on est sympa, pour vos étrennes, voici la rétrospective cinématographique du Professeur Grant. L’occasion ou jamais de vous faire votre petite séance de rattrapage! Merci qui ?

 

 

1. SAUL FIA



Un classique instantané. Une référence indiscutable. Dans le septième art, on appelle ça un tour de force. Pour son premier film, le réalisateur hongrois László Nemes, tout en ne choisissant pas la facilité (l’histoire d’un sonderkommando dans l’enfer labyrinthique d’Auschwitz-Birkenau), réalise ni plus ni moins un chef-d’œuvre! Avec une mise en scène exigeante, précise et finalement idoine, le jeune cinéaste de 37 ans parvient à contourner avec maestria la question du visible et du non montrable sur grand écran. Ainsi, ce dernier prend le contre-pied de Steven Spielberg en évitant la dimension spectaculaire d’un «Schindler List», et choisit plutôt de projeter sans rien montrer. Ce paradoxe est mis en place par un travail prodigieux sur le montage sonore. Indiscutablement l’œuvre la plus aboutie de 2015.


2. BIRDMAN



En adoptant un point de vue ironique, le réalisateur Alejandro González Iñárritu propose avec «Birdman»  une satire caustique, féroce et sardonique sur l’industrie cinématographique et théâtrale américaine mêlant à l’écran réalisme et fantasmagorie. Ce faisant, on ne pourra pas lui reprocher d’avoir pris des risques. Là où le Mexicain nous a amenés sur des chemins attendus lors de son dernier métrage (Biutiful), ici, ce dernier sort totalement de sa zone de confort. Sa mise en scène est originale, brillante voire, n’ayons pas peur des grands mots, stupéfiante. Le quinquagénaire a imaginé son film comme un long plan-séquence de deux heures - sans la moindre coupure donc. Le cinéphile appréciera d’ailleurs les nombreuses trouvailles et autres artifices de réalisation pour fluidifier l’ensemble des scènes dans un montage cohérent et redoutablement efficace. Du tout grand cinéma!


3. INSIDE OUT




Pixar n’est jamais aussi bon que lorsqu’il se lance dans des idées originales. Preuve en est encore une fois avec «Inside out» ou «Vice Versa» dans la langue de Molière. Admettons-le sans détour, ce nouveau long métrage est à classer sur la même étagère que «Toy Story». Vous dire le niveau atteint! Concrètement, Pete Docter, cinéaste de l’enfance s’il en est avec ses œuvres incontournables comme «Monsters Inc.» et «Up», nous invite à un formidable voyage au centre de la tête. Une incursion hallucinante dans l’esprit de Riley, une petite fille de onze ans. Oubliez le cerveau, ici, le réalisateur donne à voir un véritable monde imaginaire, à la fois poétique et burlesque, où cinq émotions guident les pas d’une fillette sur le chemin semé d’embuches de la vie. Si le scripte est déjà une merveille en soi, que dire de sa transformation en images. L’inventivité y est constante et la richesse visuelle est tout bonnement impressionnante.


4. THE THEORY OF EVERYTHING



Vous ne le connaissez peut-être pas mais nous, de notre côté, ça fait un petit temps qu’on le surveille. Car du haut de ses 33 printemps, Eddie Redmayne possède un potentiel «hénaurme». On l’avait déjà repéré en assistant-réalisateur dans le très beau «My Week With Marilyn». Mais cette fois-ci, le jeune Britannique pousse la performance encore plus loin. Car le jeune homme réussit l’exploit d’être on ne peut plus juste dans le costume de Stephen Hawking, brillant astrophysicien atteint de sclérose latérale amyotrophique. Autrement dit un rôle casse-gueule pour n’importe quel comédien peu aguerri. Le Londonien n’a pas pris peur et livre une interprétation impressionnante d’une justesse extraordinaire, d’une éblouissante pudeur, sans jamais surjouer et en prenant soin d’éviter l’écueil de la caricature. L’incarnation est à ce point parfaite qu’on oublie totalement l’acteur qui se cache derrière le héros. Ce qu’il arrive à produire est tout simplement prodigieux. Bouleversant.


5. MAD MAX : FURY ROAD




Plus fast et nettement plus furious que n’importe quel divertissement spectaculaire du moment, le nouveau «Mad Max» de George Miller défonce les autres franchises centrées autour des bolides. Le messie Vin Diesel et ses apôtres du bitume peuvent définitivement aller se rhabiller. Le cinéaste les surpasse, repense l’entertainment, redéfinit le spectaculaire et injecte de la nitro là où ça manque de punch. Ne cherchez plus, le King de la route, c’est lui! Son «Fury Road» est résolument contemporain et ne ressemble pour autant à aucune grosse machine actuelle. Sans trop s’en rendre compte, le maestro balance un trip visuel halluciné, survitaminé, sous acide. Il empêche toute comparaison possible. Avec ses septante balais affichés au compteur kilométrique, le réal visionnaire, boosté à l’adrénaline, est plus en forme que jamais. C’est donc avec une joie immense que le cinéphile assiste à ce qui s’apparente à une véritable cure de jouvence sur le grand écran.


6. THE BIG SHORT



Corrosif, cynique, ambitieux, documenté, provocateur, «The Big Short» s’affiche comme une sorte de diatribe née de la somme jouissive de «Margin Call» (pour le réalisme), «The Wolf of Wall Street» (pour le pamphlet) et «Inside Job» (pour l’enquête). Une œuvre majeure servie par un casting aux petits oignons duquel dominent deux performances ahurissantes (Steve Carell doit décrocher l’Oscar, Christian Bale… aussi!) et qui installe d’emblée le metteur en scène Adam McKay dans la cour des grands.


7. SICARIO



Attention, film coup de poing! Depuis le «Traffic» de Steven Soderbergh, il y a pile-poil quinze ans, on n’a plus jamais vu un long métrage aussi maîtrisé sur la thématique des cartels. Avec «Sicario», Denis Villeneuve nous plonge dans l’enfer des narcotrafiquants mexicains. Une immersion sans concession dans les méandres du trafic de drogue. On se retrouve en apnée, dans une guerre où l’horreur n’a plus de limite, où la violence monte crescendo jusqu’à un paroxysme insoutenable. Le spectateur retient son souffle. L’oxygène vient à lui manquer. La cause? Une mise en scène nerveuse, implacable, qui fait bouillir l’adrénaline. Avec son sens aiguisé de la réalisation, le cinéaste fait montre d’une redoutable efficacité. Il faut voir la séquence d’exfiltration d’un prisonnier établi dans la cité corrompue de Juarez, l’une des villes les plus dangereuses du monde. Intense! Une véritable leçon de mise en scène.


8. BLACK MASS



D’aucuns parlent de résurrection. Et ils n’ont pas torts. Tel le phœnix qui renaît de ses cendres, Johnny Depp tient le haut de l’affiche dans «Black Mass»  avec l’aura magnétique des plus grands. Enfin débarrassé de ses succédanés de Jack Sparrow (les ersatz Chapelier fou d’Alice, Tonto de Lone Ranger, Barnabas de Dark Shadows…), le comédien retrouve enfin un personnage à la (dé)mesure de son talent. Le regard vif, la calvitie naissante, les dents jaunies, le look cintré, celui-ci est tout bonnement méconnaissable et livre un grand numéro d’acting prouvant, s’il le fallait, que ce dernier est capable du meilleur quand il ne se repose pas sur ses acquis. Outre une distribution sans accrocs (Joel Edgerton, Kevin Bacon, Benedict Cumberbatch…), il faut souligner la texture classique et vintage de ce «Black Mass», servi par ailleurs par un très bel effort réalisé sur la reconstitution et l’atmosphère du Boston des seventies. Le metteur en scène Scott Cooper, aidé d’une équipe technique de chevronnés, recréent avec minutie les quartiers interlopes peuplés de personnages tout aussi inquiétants. Pour peu, on s’y croirait!


9. THE MARTIAN 



Au menu de «The Martian»: humour, disco et pommes de terre. Papy Ridley (Scott) orchestre ce «space survival» avec une virtuosité trop longtemps mise en sourdine. C’est que ses dernières signatures nous avaient laissé une impression mitigée, comme un arrière-goût amer en bouche: les déconvenues «Cartel» et «Exodus: Gods and Kings» pour ne pas les nommer. Tel le «Cast Away» de Robert Zemeckis, «The Martian» ne manque ni de souffle ni d’efficacité. Si Scott fait fi de toute ambition philosophique ou métaphysique, au contraire d’Alfonso Cuarón (Gravity) ou des frangins Nolan (Interstellar), ce dernier aborde malgré tout des enjeux importants tant sur le plan humain qu’écologique, ce qui rend cette aventure stellaire passionnante. Riche, le récit de Drew Goddard (adaptation du best-seller d’Andy Weir) est, en outre, fortifié par l’aménagement d’un suspense imparable qui monte crescendo tenant ainsi le spectateur en haleine nonobstant les deux heures vingt de métrage. Fort!


10. THE MAN FROM U.N.C.L.E.



Aux commandes de cette adaptation stylisée d’une série télévisée des sixties: ce chien fou de Guy Ritchie à qui l’on doit surtout le cultissime «Lock, Stock and Two Smoking Barrels». Un dingo de la péloche qui aime redéfinir son art au gré de ses superproductions. Sans trahir le substrat historique de son scénario, (en pleine Guerre froide, un espion américain endimanché de la CIA doit faire équipe avec son homologue russe du KGB, plutôt brute de décoffrage et sourcilleux) le metteur en scène tente le compromis audacieux entre une réalisation rythmée et enlevée plutôt d’ordre contemporain et l’usage de quelques lenteurs propres aux productions d’antan afin de laisser s’exprimer une atmosphère sixties rendue palpable grâce au soin tout particulier accordé aux détails vintage: on pense aux décors, costumes, accessoires, voitures etc. Ici, la forme prend le pas sur le fond sans toutefois ternir le plaisir de suivre cette histoire, certes en manque de suspense, certes déjà vue dans une palanquée d’autres buddy movies, mais rehaussée par l’une ou l’autre séquence incontournable. Car, il faut reconnaître à Guy Ritchie de savoir manier l’humour pince-sans-rire et l’action débridée avec un dosage très précis du timing pour en faire un pur cocktail de fun.


Professeur Grant

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