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mercredi 20 janvier 2016

Creed


Adonis Johnson n'a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance. Pourtant, il a la boxe dans le sang et décide d'être entraîné par le meilleur de sa catégorie. À Philadelphie, il retrouve la trace de Rocky Balboa, que son père avait affronté autrefois, et lui demande de devenir son entraîneur. D'abord réticent, l'ancien champion décèle une force inébranlable chez Adonis et finit par accepter…





 
On pensait que tout avait été déjà dit, redit et re-redit sur Rocky. Que la saga pugilistique avait été pressée jusqu’au trognon voire même plus loin, forçant l’inévitable sortie de route comme le fut le cinquième épisode. Eh ben, non! Force est de constater que tout n’avait pas été raconté.

Durant les deux décennies animées par les six opus de la mémorable franchise, un jeune afro-américain dénommé Ryan Coogler s’obstinait à parfaire sa culture cinématographique à coup de droites, d’uppercuts et autres mouvements de jambes. «Rocky», cette légende, lui a entre autre donné l’envie de s’amuser avec la pellicule et d’en faire son métier: metteur en scène.

Mais, secrètement, c’est l’autre mythe qui le séduisait: feu Apollo Creed, adversaire inoubliable de l’Etalon Italien. Et c’est tout naturellement que notre jeune homme s’est imaginé ce qui aurait pu être la suite du boxeur, centré sur son fils illégitime qu’il n’a jamais connu et qui a, lui aussi, la boxe dans le sang. Un rejeton qui irait trouver Rocky pour qu’il devienne son entraîneur.

Le spin-off était là, tout trouvé. Il ne manquait plus qu’à convaincre une seule personne. Et quelle personne! Le messie en personne. Sylvester Stallone himself. D’abord flatté par tant d’intérêts, Sly s’est sans doute très vite rappelé que c’était une opportunité pour lui. C’est que notre Monsieur Muscle est en perte de vitesse. «Expendables 3», «Evasion», «Grudge Match» etc. se sont tous soldés par des échecs cuisants au box-office.

Mais, d’un autre côté, ce dernier avait tout intérêt à ne plus remettre les gants. C’est que son «Rocky Balboa» clôturait de fort belle manière sa saga de derrière les fagots. Pourquoi diantre allait-il risquer de salir une franchise avec un nouveau volet ? D’autant plus que notre roublard n’est pas à l’origine de cette histoire et qu’il doit faire confiance à de jeunes inconnus.

Peut-être parce que ces jeunes inconnus sont des diamants bruts. C’est aussi une manière pour notre homme de passer le flambeau à la nouvelle génération, celle biberonnée aux œuvres des eigthies et qui n’aspire qu’à rendre hommage à toutes ces figures mythiques qui ont bercé leur enfance.

Pleins feux sur Ryan Coogler et Michael B. Jordan, respectivement 28 et 29 ans. Le tandem s’est illustré à Sundance avec «Fruitvale Station». Ovation du public et triomphe critique. Vous comprendrez, en réalité, Sly n’a pris que très peu de risque. Et de fait, «Creed» vaut son pesant d’or.

Le pari était risqué. La gageure immense. Mais au final, la réussite est (presque) totale. C’est vrai, on baigne en terrain connu. Pour d’aucuns, un terrain quasiment conquis d’avance tant les fans s’étaient fait une raison après le «Rocky Balboa» de 2006. Certes, le récit n’évoque rien de neuf hormis l’idée de base principale d’imaginer la vie d’Adonis Creed, ce fils caché.  

Sortir d’une voie de garage, s’entraîner, faire face, prendre des coups, sur le ring, comme dans la vie, se relever, se révéler et réaliser le combat de sa vie. L’ascension par excellence. Classique. Rien de nouveau sous le soleil donc. Mais, disons-le, ça fonctionne. Si la prévisibilité du scénario nous titille quelque peu, l’histoire n’en reste pas moins captivante car elle est servie par des acteurs brillants, qu’ils soient au premier ou au second plan.

Un Oscar pour Sylvester Stallone ? Mérité, oui. Ce dernier sait comment toucher notre corde (de chanvre ?) sensible. Plus émouvant que jamais avec ses incontournables yeux de chiens battus, l’acteur prouve - mais devait-il seulement le démontrer ? – par a plus b qu’il est bien plus que cette montagne de muscles auquel on le résume bien trop souvent, même dans la presse soi-disant spécialisée.

Un Oscar pour Michael B. Jordan ? Oui. Enfin, non! Car l’Académie, souffrant de cécité, l’a tout simplement oublié. Sobre et habité, l’acteur (vu dans le reboot «Fantastic 4» l’année dernière) est quatre fois fantastique: dans la préparation, dans l’attitude, dans l’émotion et finalement sur le ring.  Le comédien poursuit sa mise en orbite entamée avec «The Wire» et «Chronicle» et deviendra à coup sûr une «étoile noire» (oubliez Star Wars, bon sang!) que même l’Académie ne pourra plus nier.

Plus qu’une simple ode à «Rocky», «Creed» s’affiche comme une relecture black, habile, sensible et somme toute réussie de la saga. Coogler sait laisser parler les sentiments de ses comédiens au moment où ils doivent surgir tout comme notre chevronné s’illustre de fort belle manière pour nous scotcher à notre siège lors des scènes de combat.

Voyez ce plan-séquence d’une extrême dextérité lors du premier pugilat. Un vrai et solide moment de cinéma. Virtuose! Le réalisateur nous a mis KO… Nonobstant les clichés, malgré le sentiment de déjà-vu, en dépit du méli-mélo-mielleux, faites fi de ces quelques bémols et ne manquez pas ce requiem inespéré. Stallone rend les armes et nous décroche une larme. Et c’est tout simplement beau. 

Note: 
Critique: Professeur Grant 

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