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mercredi 10 février 2016

An


Les dorayakis sont des pâtisseries traditionnelles japonaises qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits, «AN».Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de convaincre Sentaro, le vendeur de dorayakis, de l’embaucher. Tokue a le secret d’une pâte exquise et la petite échoppe devient un endroit incontournable...





 
Sélectionné dans la section parallèle «Un Certain Regard», «An» avait réussi à charmer le tout-regardant sur la Croisette lors du dernier Festival de Cannes. Son délicieux mélange de douce mélancolie et de poésie subtile a conquis les cinéphiles du monde entier. Aujourd’hui, c’est au tour de la Belgique de goûter à ces «Délices de Tokyo».

Dans son dixième long métrage, Naomi Kawase (Still The Water), réalisatrice issue d’un cinéma d’auteur exigeant, raconte la rencontre entre Tokue, une septuagénaire pétillante et pleine de sève, et Sentaro, un quadra éteint, pris d’un mal qui le ronge au plus profond de son âme. Dans sa gargote, le pâtissier cuisine des dorayakis, entendez une sorte de pancake nippon.

Sa bicoque n’attire pas grand monde. Seule une poignée d’habitués viennent lui rendre visite. Alors qu’il recherche un partenaire, Tokue se présente par hasard et insiste pour travailler. D’abord réticent au regard de l’âge avancé de la dame, le Tokyoïte se laisse finalement convaincre. Bien lui en a valu. Non seulement, elle détient le secret d’une pâte exquise mais, en sus, celle-ci l’aidera à le sortir de son mal-être.

Sous ses atours mignons et enchanteurs avec ses plans «carte postale» (ah, ces cerisiers en fleurs!) se cache une richesse de thèmes passionnants comme la solitude face à la violence sourde de nos sociétés contemporaines, la tolérance à l’égard des marginaux, la transmission entre générations, la place des anciens, la vie des indésirables…

La cinéaste va bien au-delà de le chronique épicurienne et offre un véritable rapport au monde, questionne le sens de l’existence à travers des personnages en suspens. Le récit avance doucement, au rythme des saisons, avec une grâce et une légèreté qui bercent le spectateur. Là où d’aucuns parleraient de lenteur, nous préférons y voir la volonté de la cinéaste de proposer un cinéma contemplatif qui attise la réflexion.


De ce conte urbain se dégage une infinie douceur soutenue par une merveilleuse photographie. Bien plus qu’un mélodrame mièvre lu par-ci par-là, même si l’on pourra regretter une certaine complaisance à étirer les séquences émouvantes, «An» est avant tout une fable philosophique à déguster sans retenue qui permet, en outre, de nous offrir un regard singulier sur le Pays du Soleil Levant d’aujourd’hui.

Note: 
Critique: Professeur Grant

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