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mercredi 24 février 2016

Brooklyn


Dans les années 50, attirée par la promesse d'un avenir meilleur, la jeune Eilis Lacey quitte son Irlande natale et sa famille pour tenter sa chance de l'autre côté de l'Atlantique. À New York, sa rencontre avec un jeune homme lui fait vite oublier le mal du pays... Mais lorsque son passé vient troubler son nouveau bonheur, Eilis se retrouve écartelée entre deux pays... et entre deux hommes.





Actuellement dans les salles obscures, à l’heure où la crise des migrants fait rage, «Brooklyn» rappelle un autre exode, celui des Irlandais vers les Etats-Unis. Bien après ses aves et ataves, dans les années 50, attirée par la même rengaine, soit celle d’un avenir meilleur, la jeune Eilis Lacey quitte son Ile d’émeraude natale et sa famille pour tenter sa chance de l’autre côté de l’Atlantique. Arrivée à New York, sa rencontre avec un jeune immigré italien touchant de maladresse (la révélation Emory Cohen) lui fait vite oublier le mal du pays... Mais lorsque son passé vient troubler son nouveau bonheur, l’expatriée se retrouve écartelée entre deux pays... et entre deux hommes.

Pour la petite histoire, «Brooklyn» a bien failli ne jamais sortir dans notre Plat Pays. En cause: sa difficulté à être marketé auprès du grand public. Pas de stars devant la caméra, aucune pointure derrière, sujet au premier abord pas très sexy, embouteillage de sorties dans les cinémas… Bref, le direct-to-dvd lui faisait des yeux doux. Mais, heureusement, les cérémonies de récompenses du septième art ont jeté leur dévolu sur cette petite œuvre faussement indépendante (la Fox produit) et celle-ci est parvenue à décrocher pas mal de nominations. Vu le coup de projecteur, le distributeur belge aurait eu tort de ne pas en profiter. Et le cinéphile de le remercier!

Car «Brooklyn» est une jolie surprise. Et cette réussite, on la doit à un triumvirat prestigieux: Saoirse Ronan à l’écran, John Crowley derrière le moniteur et Nick Hornby à l’écriture. S’il n’est plus à démontrer le talent incroyable de la première depuis son rôle mémorable dans «Atonement», pour lequel elle fut déjà nominée aux Oscars, à seulement 13 ans, rappelons-le, cela faisait un petit moment que celle-ci avait disparu des radars. Après quelques superbes compositions dans «Lovely Bones», «The Way Back» et «Hanna» notamment, la jeune femme a joué de malchance dans des productions de seconde zone (The Host, How I Live Now) ou dans des films d’auteur qui n’ont pas trouvé leur public (Byzantium, Lost River).

Avec «Brooklyn», Saoirse Ronan a donc l’opportunité de revenir au premier plan avec un très beau rôle de femme. Cette dernière porte cette œuvre a bout de bras et y livre une prestation bouleversante, pleine de fraîcheur et de sensibilité. Il y a de la pudeur, de l’élégance et de la fragilité dans son jeu. Sa performance, toute en nuance, balancée entre raffinement et complexité, sublime le récit et parvient à nous capter les deux heures durant, lesquelles filent à toute vitesse. À 21 ans, elle prouve derechef la portée de son génie. Et ce n’est pas tellement une surprise de la voir briller dans ce portrait de jouvencelle en pleine chrysalide tant l’histoire d’Eilis trouve un merveilleux écho dans la sienne. Née dans la Grande Pomme de parents irlandais, la comédienne a été éduquée dans la banlieue de Dublin. Elle nourrit donc son personnage d’un ressenti tout personnel.

L’actrice se révèle extraordinaire parce qu’elle est dirigée de main de maître par le réalisateur britannique John Crowley. Pour le commun des mortels, ce patronyme n’évoque pas grand-chose. Le cinéphile, lui, se souviendra encore longtemps de son deuxième long-métrage, le magnifique «Boy A», qui révéla en 2007 le jeune et déjà talentueux Andrew Garfield (The Social Network, The Amazing Spider-Man). Après quelques fictions passées inaperçues, le cinéaste fait son come-back avec une œuvre au classicisme sage, mais non moins efficace. Sa mise en scène s’efface subtilement afin de ne pas faire de l’ombre aux comédiens et ainsi leur laisser l’espace nécessaire pour interpréter librement leurs personnages. Nonobstant la charge romantique voire tire-larmes de cette fiction romanesque, le metteur en scène parvient à éviter l’écueil du pathos et trouve à chaque fois la note juste. Sa caméra ne quitte pas d’une semelle son héroïne et la filme toujours au plus près rendant son œuvre encore plus intime.

Les tourments et les affres de cette jeune femme à la croisée des chemins est rendu palpable grâce à un scénario brillamment adapté par Nick Hornby du roman de Colm Toibin. Tout en nuance, en subtilité, et en fluidité aussi, le scénariste dessine les contours d’un mélodrame qui se veut sensible mais pas mièvre, intime sans être intimiste. Ce n’est pas pour rien que l’Anglais fut nominé à l’Oscar de la «meilleure adaptation». Notons enfin la reconstitution d’époque plutôt soignée avec un bel effort fourni sur les décors, les costumes et les coiffures ainsi qu’une galerie de personnages secondaires haut en couleurs avec, parmi eux, les extraordinaires Julie Walters, Jim Broadbent et Domhnall Gleeson qu’on n’en finit plus de voir sur le grand écran (The Revenant, Star Wars, Ex Machina, Invincible).

Petits bémols tout de même, l’intrigue sentimentale s’avère un brin trop convenue tandis que la mise en scène aurait mérité plus d’inspiration pour laisser au spectateur un souvenir impérissable. Il n’y a toutefois pas de quoi bouder son plaisir. Disons-le tout de go, cette jolie fresque mérite le déplacement chez votre exploitant de salle préféré.

Note: 
Critique: Professeur Grant

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