mercredi 12 octobre 2016

Captain Fantastic




Dans les forêts reculées du Nord-Ouest des États-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d'extraordinaires adultes.
Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu'il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l'obliger à questionner ses méthodes d'éducation et remettre en cause tout ce qu'il leur a appris.  








Il porte le nom d'un héros. Il s'habille comme un héros. Il parle comme un héros. ‘Captain Fantastic’ en est-t-il vraiment un ?
Qualifier ‘Captain Fantastic’ de film « intéressant » tiendrait carrément du blasphème. Organique, solaire, radieux, maîtrisé, subtil, ambitieux, volubile, puissant, salvateur, intense, dénonciateur, ironique, émouvant et drôle à la fois, les adjectifs ne manquent pas pour décrire ‘Captain Fantastic’. Des films comme ça, on a autant de chances d'en voir que des perséides sous un ciel couvert d'hiver.
Véritable leçon de vie de par son regard anti-consumériste, ‘Captain Fantastic’ excelle aussi bien sur le fond que sur la forme. Il souligne l’importance de la fraternité, du respect d'autrui, la place essentielle de l'écoute, et traite aussi de l’égalité des sexes, du rapport à la nature, de l’auto-suffisance, etc. Oui, l'ambitieux ‘Captain Fantastic’ est un film pédagogique. C'est aussi un film porteur d’un vrai propos, un vrai message. Il parvient ainsi à dénoncer les hypocrisies et les limites de la société dans laquelle nous évoluons. Il aborde, avec une franchise et une simplicité précieuses, des thèmes souvent balayés ou caricaturés à l’écran : notamment les maladies mentales (schizophrénie, dépression). Avec ses références littéraires à la pelle (‘Les frères Karamazov’ de Dostoyevski, George Eliot, etc), ses métaphores, et ses dialogues tranchants, ‘Captain Fantastic’ fait preuve d'une intelligence rare.

Et quand vient le moment de la crise cardiaque sur fond de « My heart will go on », le spectateur crie au génie.
Les jeunes acteurs semblent nés pour leur rôle, du plus âgé de la fratrie (Bodevan, interprété par Georges MacKay, que l'on avait déjà remarqué dans ‘Pride’, ou la mini-série ‘11.22.63’) au plus jeune (Mai, joué par Charlie Shotwell) en passant par Vespyr (Annalise Basso), Kielyr (Samantha Isler), Rellian (Nicholas Hamilton) et Zaja (Shree Crooks). Notons qu’ils n’en sont pas à leur coup d’essai, et ils nous livrent des performances dignes des plus grands. Viggo « Aragorn » Mortensen – en figure de chef de tribu/hippie idéaliste, Ben – est juste, inspirant et inspiré, et provoque une admiration certaine. L'acteur tient probablement avec ce rôle fascinant son meilleur personnage. L'alchimie entre les membres du casting renforce le réalisme de l'ensemble. Preuve en est : à la fin du tournage, les jeunes acteurs appelaient Viggo « Summer Dad ». Frank Langella (dans le rôle du grand-père), est, comme à son habitude, impressionnant.
Filmé dans le nouveau Mexique et dans l'état de Washington, les paysages illustrent de façon fort à-propos le voyage intérieur de chacun des personnages.
La B.O. est excellentissime (Sigur Rós, une magnifique reprise de ‘Sweet Child of Mine’ des Guns N’ Roses, etc.) ; elle rythme la narration et sublime les émotions.
Après la projection, nous n’avons eu qu’une seule envie : tout quitter pour aller vivre loin de la « civilisation », loin des nouvelles technologies et près de ce qui compte réellement : les siens, la nature. Le film insuffle cette idée de se créer une « Utopia », un Eden, de faire de nos enfants des rois-philosophes. Oui, nous nous emballons quelque peu… Le sentiment le plus profond qui reste : devenir une meilleure version de nous-mêmes.
On dit que les meilleurs réalisateurs sont ceux qui ont été acteurs. Matt Ross nous le confirme. En nous faisant nous évader le temps de la projection et en nous arrachant des larmes (de joie) (ou les faisant couler à torrents, selon les sensibilités) – n'ayons pas peur de le dire, cette perle cinématographique qu'est ‘Captain Fantastic’ vaut bien son poids en étoiles. Vous l'aurez compris, ‘Captain Fantastic’ porte bien son nom. Et dire que Matt Ross n'en est qu'à ses débuts !
Note : 
Critique : Choupette & Goupil

À noter que ‘Captain Fantastic’ a remporté le Prix du Public et le Prix du Jury au Festival du Cinéma Américain de Deauville en 2016. Avez-vous encore besoin d’être convaincu-e-s d’aller le voir ?


Autre critique, autre point de vue: Captain Fantastic vu par le Professeur Grant



Précédé d’une très belle réputation nourrie par ses projections aux festivals de Sundance, Cannes et Deauville notamment, « Captain Fantastic » débarque dans les salles obscures vendu comme le « feel-good movie » du moment, argument marketing opportuniste à l’heure où la sinistrose ambiante ne fait que prendre de l’ampleur. D’aucuns louent son message de solidarité, d’autres ses nombreux questionnements éducatifs et pédagogiques. C’est certain, le deuxième long-métrage de Matt Ross, acteur de second rôle dans une autre vie, ne laisse pas indifférent.
Ce dernier conte l’histoire d’une famille vivant en marge de la société au fin fond d’une forêt, sise au nord des Etats-Unis. Viggo Mortensen, impeccable au demeurant, y joue un patriarche érudit qui élève seul ses six enfants depuis que sa femme maniaco-dépressive a dû se résigner à se rendre à l’hôpital. Biberonnés aux écrits d’intellectuels tels que Noam Chomsky dont ils célèbrent l’anniversaire en lieu et place de Noël, tous les membres de cette fratrie excellent dans la pêche, la chasse et dans la survie en milieu hostile… excepté un : la société, celle qui se trouve en dehors de ce microcosme paradisiaque.
Si on est très vite séduit par la mise en scène de Matt Ross qui prend le temps de nous embarquer dans cette structure autarcique, on s’attache tout aussi rapidement aux protagonistes incarnés avec brio par des comédiens talentueux, des plus petits aux plus grands, des premiers rôles aux personnages secondaires. Guidé par une musique qui sait se taire quand il le faut et s’illustrer quand il s’agit d’appuyer des moments forts, on prend plaisir à suivre tout ce petit monde dans ses (més-)aventures. D’autant plus que l’auteur a eu la bonne idée de parsemer son récit de nombreuses touches d’humour, tantôt douces, tantôt saupoudrées d’ironie.
Dommage toutefois que son scénario soit pâli par de trop nombreuses maladresses et quelques incohérences plutôt malvenues. On peine notamment à croire qu’un homme, aussi contradictoire soit-il, puisse s’enorgueillir d’un certain vivre-ensemble tout en enseignant l’art du larcin à sa progéniture. Le réalisateur se montre également bien trop démonstratif dans son propos n’hésitant pas à appuyer là où un peu plus de finesse n’aurait pas fait de tort. La scène des obèses pour ne citer qu’elle. Maladroit !
On ne pardonnera pas non plus une certaine facilité dans l’écriture, laquelle fait parfois appel à la caricature pour accentuer le message. Ainsi, les deux neveux sont de sombres crétins et s’abrutissent devant des jeux vidéo tandis que leurs six cousins sont dépeints comme des surdoués patentés qui savent réciter les amendements de la Constitution américaine. Pour la nuance, on repassera. Par ailleurs, on ne croit pas une seule seconde à l’amourette furtive de l’aîné et on regrettera également un happy-end gorgé de bons sentiments et de trémolos, centré sur des réconciliations quelque peu factices.

Sur le même thème, on ne peut que trop vous conseiller le film français « Vie Sauvage » de Cédric Kahn (Une Vie Meilleure), nettement plus abouti. Basé sur un fait divers qui avait défrayé la chronique fin des années 90, le métrage retrace les onze années de cavale de Xavier Fortin, incarné par un Mathieu Kassovitz brillant, avec ses deux fils, à l’écart de la vie moderne et de leur mère. Aux antipodes du lyrisme naïf de « Captain Fantastic », « Vie Sauvage » s’ancre directement dans le réel, sans manichéisme et avec une puissance, une justesse ainsi qu’une délicatesse qui force l’admiration. Cela posé, la fable écolo-familiale de Matt Ross reste une jolie découverte qui mérite le coup d’œil.

Note:
Critique: Professeur Grant

1 commentaire:

  1. magnifique "témoignage" ....je serai au rendez-vous dès la "sortie" car le sujet m'intéresse !
    merci pour le témoignage
    lili

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