mercredi 10 août 2016

Jason Bourne


La traque de Jason Bourne par les services secrets américains se poursuit. Des îles Canaries à Londres en passant par Las Vegas...




Le film de trop. Tant au niveau de l’intrigue que de la mise en scène, ce « Jason Bourne » semble se répéter, limite radoter. Et c’est dommage car, si on s’en tient à la trilogie, la franchise réalisait un sans-faute. Mais la chanson est connue, tant qu’il y a de l’oseille à se faire, Hollywood se fout pas mal de la cohérence artistique. Voilà pourquoi cet été, il n’y a rien de bien original qui soit sorti dans les salles obscures. Voilà pourquoi vous avez vécu une saison estivale bien pauvre sur le plan cinématographique.
Rétroactes. En 2002, « The Bourne Identity » bousculait le film d’espionnage, genre tombé en désuétude à cause notamment des bouffonneries jamesbondiennes (au hasard, Die Another Day), avec une histoire forte à résonance politique imaginée par Robert Ludlum et une approche hyper réaliste. Doug Liman parti faire un ménage à trois avec le couple Brangelina (Mr. & Mrs Smith), c’est Paul Greengrass qui le remplace au poste de réalisateur pour la suite, « The Bourne Supremacy ». Tout auréolé de son chef-d’œuvre « Bloody Sunday », le Britannique révolutionne le film d’action en réinventant une grammaire cinématographique. Une esthétique et un savoir-faire peaufinés sur « The Bourne Ultimatum », sommet de virtuosité tant au niveau de la mise en scène que du récit. Souvenez-vous de cette première partie qui se situe entre deux scènes du deuxième épisode.
Un acte entier que personne n’a vu venir. Cette idée de génie, on la doit au scénariste et script doctor Tony Gilroy, devenu depuis le metteur en scène de « The Bourne Legacy », tentative mitigée de faire du Jason Bourne sans Jason Bourne mais avec un clone de… Jason Bourne appelé Aaron Cross, incarné par un Jeremy Renner volontaire. Rien n’y fait, la sauce ne prend pas. La paire Paul Greengrass/Matt Damon est rappelée pour ranimer la poule aux œufs d’or. En vain. Le tandem revient donc avec ce « Jason Bourne » aussi peu inspiré que son titre. Et pourquoi pas un James Bond qui se titrerait, ô folie, « James Bond », tant qu’on y est ? D’emblée, le projet sentait le sapin. Enterré le Jason ? De fait, on a comme la méchante impression que ce cinquième épisode a bien sonné le glas de cette saga qui ne méritait pas d’être entachée à ce point.
Si on prend plaisir à retrouver notre héros de moins en moins amnésique, ses nouvelles aventures ne passionnent guère. La mécanique tourne à vide. La faute à une trame sans inspiration, à une carence en rebondissement - un comble pour un Bourne - et à un manque total d’enjeux. Pis, l’intrigue est à ce point téléphonée qu’on ne s’étonne de rien. La preuve que les scénaristes ne se sont pas foulés : il ne se passe quasiment rien entre les deux (trop) longues scènes d’action, conventionnelles qui plus est, qui ouvrent et ferment le métrage. Ça commence fort à Athènes, ça se termine avec fracas à Las Vegas. Entre les deux mégapoles, notre espion solitaire, pris dans une chasse à l’homme, fera du tourisme à Londres en passant par Berlin faisant avancer une trame sur fond de « Big Brother » qui n’intrigue pas le moins du monde tant ce thème fut déjà exploité avec davantage de subtilité par d’autres productions.
Quand on regarde dans le rétroviseur, on remarque que chaque épisode arrivait à amener quelque chose de neuf, que ce soit sur le plan de l’intrigue ou de la mise en scène. Ici, il n’y a strictement rien d’original à se mettre sous la dent. On s’ennuierait presque. Si Greengrass avait réussi à repenser l’actionner, il est dommage de le voir incapable de se renouveler, se reposant sur ses tics de mise en scène qui ont, depuis, été utilisés à large échelle, copiés ad nauseam par l’industrie californienne jusqu’à en devenir la norme. Heureusement, les grosses pointures d’un casting en tout point parfait font le job avec dextérité et assurent un spectacle haletant. Matt Damon, Alicia Vikander, Tommy Lee Jones, Julia Stiles et Vincent Cassel prennent plaisir à se zyeuter tandis que le spectateur, lui, attend le moment d’anthologie qui le fera repenser avec bonheur à cet opus. Un instant, donc, qui ne viendra jamais…


Note:
Critique: Professeur Grant

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