mercredi 8 février 2017

Silence

Au XVIIe siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du christianisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.





'Silence', acte de foi ou leçon de cinéma de Scorsese à ses confrères du septième art ? Dernier panneau du triptyque commencé avec 'The Last Temptation of the Christ' (1988) et 'Kundun' (1997), 'Silence' risque de vous laisser sans voix. Explications.

De par le magistral choix de ses plans, Scorsese s'élève une fois de plus en réalisateur de génie. Le cinéaste touche au divin tant son cinéma se veut exemplaire. Il multiplie ainsi les plans inventifs et offre ça et là quelques plans/travelling sortant de l'ordinaire. Les très gros plans – significatifs pour la plupart – ainsi que les plans larges se dégustent avec le même appétit que la toute première hostie après le carême.
La direction des acteurs, ultra-précise, pousse ces derniers dans leurs derniers retranchements scéniques. 'Silence' offre donc de saisissantes performances qui font d'Andrew « Spider-man » Garfield et d'Adam « Kylo Ren » Driver de sérieux prétendants aux Oscar ; fussent-ils nominés. Après l'inspiré et inspirant 'Hacksaw Ridge', cette année est placée sous le signe de la foi pour Garfield. Quant à Driver, il a adopté le régime de Michael Fassbender dans 'Hunger', tant il a perdu du poids.
Liam Neeson, fidèle à lui-même, n'a aucun mal à trouver le ton juste.
Les paysages, tous magnifiques, offrent à 'Silence' un aspect contemplatif qui n'est pas pour nous déplaire. Merci à Ang Lee pour les repérages !

Avec ses 2h40 au compteur, nul doute que 'Silence' n'attire pas tous les publics. Nous parions qu'il attirera plutôt des cinéphiles/cinéphages avertis qui ne peineront pas à relever les références au cinéma nippon (nombreuses sont les références à Kurosawa et Mizoguchi).

En adaptant le roman de Shūsaku Endō (déjà porté à l'écran en 1971), Scorsese choisit une exploration lente et dure, à l'image du chemin de la dévotion. Dans ce pèlerinage sans fin (au vu de la l'interminable gestation du projet suite aux nombreux reports et procès concernant l'exploitation des droits), le réalisateur résiste à la tentation : pas – ou presque – d'artifice (sous forme de CGI) qui pourrait détourner notre regard du spectacle principal : la démarcation des frontières entre croyance et loyauté.

Le silence revêt trois formes dans le dernier Scorsese. Celui de Dieu face aux prières de ses brebis égarées. Celui que doivent observer les prêtres afin de ne pas tomber dans les griffes du grand inquisiteur. Enfin, celui des fidèles persécutés qui acceptent leur sort sans une once de résistance. En outre, il serait difficile de ne pas établir de parallèle entre l'histoire du film et la persécution que subissent encore les chrétiens dans certains pays du Proche-Orient.

Passer du film 'The Wolf of Wall Street' à 'Silence', c'est un peu comme passer du coq à l'Agneau Mystique. Aussi, tiendrions-nous avec 'Silence' le mea-culpa de Scorsese ? Mea-culpa de n'avoir pu compléter son sacerdoce à l'âge de 14 ans ? Oui, vous avez bien lu ! Enfant, Martin Scorsese se destinait à la prêtrise ! 'Silence' est peut-être donc un retour aux sources avant une descente aux enfers prévue en 2018 avec 'The Irishman'.

Faut-il encenser le silence de Martin Scorsese ou au contraire le briser ? Notre décision est prise.

Note :★★★
Critique : Goupil

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