vendredi 17 mars 2017

Kong: Skull Island


Un groupe d'explorateurs plus différents les uns que les autres s'aventurent au cœur d'une île inconnue du Pacifique, aussi belle que dangereuse. Ils ne savent pas encore qu'ils viennent de pénétrer sur le territoire de Kong…








1. MonsterVerse : bêtes et méchants

Dix ans après la version de Monseigneur - des anneaux - Peter Jackson, King Kong bondit derechef sur le grand écran. Reboot porté par la collaboration Warner/Legendary, « Kong : Skull Island » est en réalité le deuxième épisode d’un univers partagé, appelé « MonsterVerse », dans lequel on retrouve déjà le dernier « Godzilla » sorti en 2014. Ce dernier connaîtra d’ailleurs une suite en 2019 avant que les producteurs réalisent leur fantasme ultime : « Godzilla vs. Kong » prévu à l’horizon 2020. Vous comprenez maintenant pourquoi notre macaque est démesurément grand (30 mètres alors que le Kaijū culmine à 100 mètres). On en salive déjà. Ou pas.

2. Apocalyspe Now meets Jurassic Park

Au regard de cette réinterprétation du monstre simiesque, il ne fait aucun doute sur l’orientation du pitch qui a été faite pour promouvoir ce projet de 185 millions de dollars de budget aux financiers : « Apocalypse Now » rencontre « Jurassic Park ». En substance : un chef-d’œuvre de film de guerre palmé à Cannes s’acoquine avec une œuvre culte dans le genre aventure qui fit trembler le box-office mondial. En somme, on mélange des pommes et des poires dans le but, honorable, d’en faire un crumble aussi généreux que parfumé. Si d’un premier abord, l’association semble hasardeuse, le résultat, plutôt réjouissant pour la rétine, prouve que l’idée n’est pas si bête.

3. Kong is King

Ainsi, en 1973, au terme d’une guerre au Vietnam qui a frustré de nombreux militaires fous de la gâchette, une équipe de scientifiques portée par ce bon vieux John Goodman, fraîchement étoilé sur le Walk of Fame du Hollywood Boulevard, est escortée par une escouade de soldats vers une île mystérieuse du Pacifique. Sur place, ils font la connaissance d’un hôte « hénaurme » qui n’apprécie guère le dérangement. C’est que la cavalerie arrive avec des présents plutôt douteux, soit des bombes sismiques pour analyser le terrain. Il n’en faut pas davantage pour susciter le courroux d’un être aussi doux tel que Kong, roi et protecteur de ce territoire. Vous vous en doutez, ça va cogner sec.

4. Le Bon Gros Géant
D’emblée, Jordan Vogt-Roberts joue carte sur table. Le jeune réalisateur n’ambitionne rien d’autre que le blockbuster pétaradant, le film d’aventure décomplexé, la superproduction primaire et jouissive. Son objectif : enchaîner les séquences d’action entre ce Bon Gros Géant et les humains sans oublier ces mêmes bipèdes pas si évolués que ça face à d’autres monstres aussi flippants que dégoûtants. Et pour le coup, c’est réussi. On ne voit pas les deux heures passer tant le rythme est soutenu et les séquences spectaculaires. La scène des hélicoptères vaut, à elle seule, son pesant de pop-corn. 

5. « Just wanna have fuuuun »

Naguère, le cinéaste français Henri-Georges Clouzot affirmait que pour réaliser un bon film, il fallait « premièrement, une bonne histoire, deuxièmement, une bonne histoire, troisièmement, une bonne histoire ». Ecrivons-le tout de go, Jordan Vogt-Roberts n’appartient pas à la même école. Ce n’est clairement pas le même courant. Pour lui, une bonne succession de scènes bad ass est largement satisfaisante. C’est pourquoi le scénario tient sur un paquet de Tic Tac et que la psychologie des personnages est aussi développée que dans un épisode des « Télétubbies ». Bref, du fun, du fun et encore du fun.

6. La Belle et la Bête… et Paul le poulpe !

Cela émis, il faut déjà avoir sérieusement confiance en sa mise en scène pour pouvoir tenir éveillé le spectateur avec un récit tellement creux où des protagonistes aussi charismatiques que Paul le poulpe (et encore, on est méchant avec l’oracle d’Oberhausen qui fait par ailleurs un caméo) se querellent à qui mieux mieux. A ce propos, le couple photo friendly formé par la belle Brie Larson et la bête Tom Hiddleston est insipide tandis que Samuel Lee Jackson, en surchauffe, cabotine joyeusement dans la peau d’un personnage beaucoup trop évident pour lui. Seul John C. Reilly parvient à sauver les meubles dans un rôle de dingo aussi touchant que désopilant. Un « comic relief » sympa qui vient apporter un peu de second degré bienvenu dans cette improbable histoire.

7. WoW Effect

Récit riquiqui, interprétations fades, le métrage souffre certainement de grosses lacunes. Mais ces carences sont contrebalancées par une direction artistique irréprochable. Tant au niveau des décors, somptueux, que de la photographie léchée ou encore des effets-spéciaux renversants, « Kong : Skull Island » en met plein les mirettes. La société ILM (Industrial Light & Magic) s’est encore une fois surpassée en donnant vie à un bestiaire fantastique. L’animation de l’eau et des poils, la chorégraphie des combats, la gestuelle des monstres et autres CGI apparaissent sur la grande toile de manière étourdissante.

Interlude : petit aparté sur l’IMAX 3D

Des effets visuels par ailleurs magnifiés par la technologie dite IMAX 3D, si vous en avez l’occasion. Le supplément ? Un surcoût de seulement six euros sur votre ticket de base. Bah oui ! Quatre petits deniers pour l’IMAX et « deux heureux » pour le tridimensionnel. Quatre et deux qui nous font six. Le compte est bon ! Sans oublier naturellement le prix très démocratique du ticket de cinéma, soit une dizaine d’euros chez votre fournisseur de bonheur qu’est Kinepolis. Donc, en tout et pour tout, vous débourserez la modique somme d’une quinzaine d’euros. Autrement dit, du plaisir à tout petit prix ! Alors, elle est pas belle la vie ?

8. Money Shots

Si la technique est irréprochable, il ne faut surtout pas occulter la dimension artistique ainsi que la créativité du réalisateur. Ce dernier signe des plans de toute beauté, des « money shots » époustouflants, soit du pain bénit pour ceux qui ont confectionné les différentes bandes-annonces. Particulièrement inventif dans ses placements de caméra, Jordan Vogt-Roberts fait montre d’une indéniable virtuosité dans l’art de la mise en scène. Sans renier ses pairs, notamment avec de savoureux hommages à Francis Ford Coppola ou Steven Spielberg, l’Américain s’approprie pleinement le sujet pour en livrer un pur produit de divertissement qui remplit parfaitement son cahier des charges.

9. Musique maestro !

Un vrai spectacle son et lumière ! D’ailleurs, le montage sonore est à ce point ingénieux qu’il ne faudrait pas que l’Académie l’oublie d’ici février 2018. Le metteur en scène se joue des bruits et des musiques pour donner un environnement sonore dantesque. Comme dans la scène - d’ores et déjà d’anthologie - des hélicoptères où le son des pales d’hélice s’harmonise avec la bande originale très rock’n roll - seventies oblige - et les images au ralenti. Le tout dans un montage saccadé qui rappelle le clip vidéo. C’est, de loin, l’une des séquences les plus démentes qu’on ait vu récemment au cinéma !

10. La foire aux monstres

Mené tambour-battant au son d’une compilation de tubes rock, cette foire aux monstres est au pop-corn movie ce que le dernier « Star Trek » est à la science-fiction. Soit rien de nouveau sous le soleil mais terriblement efficace dans son genre. Ce reboot haletant aussi décérébré que décomplexé vaut autant pour son esthétique soignée que pour ses scènes d’action monumentales. Misant sur le spectaculaire au détriment de la profondeur, Jordan Vogt-Roberts signe in fine une série b honnête qui a le mérite de dépoussiérer le mythe non sans panache. Mais le film aurait pu avoir une autre envergure si ce dernier n’avait pas autant négligé ses protagonistes et s’il avait davantage épuré son récit des nombreuses maladresses, invraisemblances et autres incohérences.

Addendum : la planète du singe ?


Restez jusqu’à la fin du (très) long générique : une séquence vous précise les intentions de la production dans la suite du MonsterVerse.

Note:
Critique: Professeur Grant

Aucun commentaire:

Publier un commentaire