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samedi 9 décembre 2017

Battle of the Sexes



1972. La championne de tennis Billie Jean King remporte trois titres du Grand Chelem. Mais loin de se satisfaire de son palmarès, elle s'engage dans un combat pour que les femmes soient aussi respectées que les hommes sur les courts de tennis. C'est alors que l'ancien numéro un mondial Bobby Riggs, profondément misogyne et provocateur, met Billie Jean au défi de l'affronter en match simple…




Après le match du siècle (Borg McEnroe), place à la bataille des sexes avec le nouveau film du tandem à l’origine de « Little Miss Sunshine ». Dans « Battle of the Sexes », le couple de réalisateurs Jonathan Dayton / Valerie Faris s’intéresse à la confrontation sportive et idéologique qui opposa dans les années 70 Billie Jean King, alors number one du tennis féminin, à Bobby Riggs, ex-champion de tennis de 55 ans et macho autoproclamé. Provocateur très doué pour les coups médiatiques et parieur invétéré, ce dernier provoque en duel la star binoclarde pour un montant de 100.000 dollars avec la certitude que la gente féminine n’est pas aussi bien armée pour le jeu de raquettes que les hommes. Cependant, ce n’est pas l’argent qui motive la jeune femme de 29 ans, mais bien la gageure d’effacer les préjugés sexistes véhiculés tant sur les courts que dans la vie quotidienne d’une Amérique profondément paternaliste.

Et c’est justement dans cette analyse assez fine d’une époque pas si lointaine que le film fonctionne le mieux. Tant la reconstitution des seventies tirée au cordeau que le récit soigneusement écrit par le scénariste Simon Beaufoy (Slumdog Millionaire) forment des valeurs ajoutées non négligeables à l’ensemble. Mais c’est finalement dans la distribution des rôles que la production a eu le nez fin : la paire « je t’aime, moi non plus » formée par Emma Stone (éblouissante un an après son Oscar pour La La Land) et Steve Carell (impayable en retraité fantasque) est l’atout numéro un de cette réjouissante dramédie. Dans leur registre respectif, les comédiens apportent une vraie complexité à ces deux personnalités antagonistes, qui va bien au-delà de la caricature peinte dans les médias. Le reste du casting accorde ses violons avec quelques revenants croisés çà et là au cours des années 90, à l’instar de Bill Pullman (Lost Highway) ou Elisabeth Shue (Leaving Las Vegas).

Service gagnant, donc ? Oui, « Battle of the Sexes » est réussi. Mais, il le doit en très grande partie au documentaire éponyme de 2013 que le trio Dayton/Faris/Beaufoy plagie ouvertement… Que ce soit dans la construction du scénario ou sur le plan du montage, ces derniers s’inspirent sans ménagement, ce qui pose un véritable problème intellectuel sur la propriété de l’œuvre. D’autant plus qu’ils tentent de noyer le poisson en développant une sous-intrigue sur l’homosexualité naissante de la tenniswoman pourtant mariée, sujet à peine abordé dans le doc. Si l’idée d’élargir la lutte pour l’émancipation des femmes à celle des droits LBGT n’est pas mauvaise en soi, le traitement qui en est fait flirte avec le cliché tant dans l’approche narrative que dans la mise en scène. Ainsi, la comparaison des deux œuvres déforce complètement la fiction et rend justice au documentaire qu’on vous conseille de regarder prioritairement.
A ce propos, les abonnés Netflix se réjouiront d’apprendre qu’il est présentement disponible dans le catalogue mis à leur disposition. A bon entendeur…


Note :
Critique : Professeur Grant 

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