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jeudi 22 février 2018

La Ch'tite Famille


Valentin D. et Constance Brandt, un couple d’architectes designers en vogue préparent le vernissage de leur rétrospective au Palais de Tokyo. Mais ce que personne ne sait, c’est que pour s’intégrer au monde du design et du luxe parisien, Valentin a menti sur ses origines prolétaires et ch'tis. Alors, quand sa mère, son frère et sa belle-sœur débarquent par surprise au Palais de Tokyo, le jour du vernissage, la rencontre des deux mondes est fracassante. D’autant plus que Valentin, suite à un accident, va perdre la mémoire et se retrouver 20 ans en arrière, plus ch’ti que jamais !






I. Bienvenue dans la Ch’tite famille

Suite spirituelle de « Bienvenue chez les Ch’tis », le nouveau long-métrage signé Dany Boon détient tout le potentiel pour établir un excellent score au box-office belge et réaliser des millions d’entrées outre-Quiévrain. Faut-il encore que le public ait envie de se retaper les tribulations des gens « du Nord ». Pour imaginer l’histoire de cette joyeuse « Ch’tite Famille », le réalisateur va puiser dans son vécu, ce qui fait de sa nouvelle fiction sans doute la plus personnelle de sa filmographie. Comme Valentin, l’architecte designer à succès qu’il incarne, l’humoriste a suivi une formation de dessinateur en arts graphiques avant de cartonner dans la capitale française et de devenir une personnalité très en vogue.

II. Origines

Mais alors que le natif d’Armentières n’a jamais caché ses origines prolétaires, le protagoniste, lui, a tu son passé modeste et provincial afin d’être en phase avec le milieu surfait de la décoration d’intérieur et du luxe parisien. Pis, ce dernier va en quelque sorte occire sa famille en admettant être orphelin. Jusqu’au jour où ses proches viennent lui faire un petit coucou à l’improviste au vernissage de sa rétrospective. La rencontre des deux mondes est fracassante. D’autant plus que notre héros, suite à un accident, va perdre la mémoire et se retrouver près de vingt ans en arrière, plus ch’ti que jamais !

III. Dans les bras de Morphée

A l’instar de la dernière comédie de Jean Dujardin, « Le Retour du Héros », le nouveau film du célèbre Ch’timi souffre d’une amorce plus que laborieuse. Il faut se pincer pour ne pas sombrer dans les bras de Morphée. En réalité, le metteur en scène éprouve toutes les peines du monde à lancer la machine à rires. Mais après ce premier acte catastrophique, l’art comique du Français embraye enfin avec l’amnésie du héros quadragénaire, lequel affiche désormais dix-sept ans d’âge mental. S’ensuit une enfilade de gags plus (la reprise de l’opéra Carmen façon publicité pour la marque Ajax) ou moins (les running gags de la chaise à trois pieds ou du frère alcoolo) inspirés ainsi que des dialogues pas piqués des hannetons sur le clash des classes et la rencontre des cultures (Parigot vs. Ch’ti).

IV. La moitié du film en ch’ti

Si on sent que l’Armentiérois se fait plaisir en conviant une myriade de personnalités médiatiques pour des caméos somme toute artificiels (pêle-mêle Kad Merad, Pascal Obispo, Claire Chazal, Arthur, Claudia Tagbo), on voit surtout qu’il se montre plus ambitieux quant à la dimension esthétique de son métrage, avec notamment un très bel éclairage pastichant le travail réalisé sur « Intouchables », référence formelle flagrante. Le quinquagénaire relève en outre un défi risqué : la moitié de son œuvre est dialoguée en ch’ti, et ce sans sous-titre. Et il faut parfois bien s’accrocher !

V. Le local et l’universel

Et il a eu raison de ne pas sous-titrer. Après tout, « Le Mariage de Mademoiselle Beulemans » ou « Bossemans et Coppenolle » se regardent facilement nonobstant le brusseleir parfois ardu à comprendre pour le non-initié. Ainsi, c’est après une prestation au Théâtre Royal des Galeries de la première pièce que Marcel Pagnol a eu l’idée de sa « Trilogie marseillaise » : « Ce soir-là, j’ai compris qu’une œuvre locale, mais profondément sincère et authentique, pouvait parfois prendre place dans le patrimoine littéraire d’un pays et plaire dans le monde entier ». Si d’aucuns se débrouillent bien en ch’ti à l’image de la formidable Line Renaud, d’autres ont plus de mal à l’instar de Valérie Bonneton, peu crédible, qui nous fait saigner des esgourdes avec un accent qui sonne faux.

VI. Dans le sens du poil

Drôle parfois, niais souvent, « La Ch’tite Famille » surfe à plein pot sur le filon de « Bienvenue chez les Ch’tis », Boon le faisant sans inventivité et surtout sans aucune prise de risque. Son scénario, lisse, convenu, téléphoné, fadasse, enchaînant les résolutions artificielles, possède tout ce qu’il faut pour plaire au plus grand nombre, sans brusquer les consciences. Sans aspérité et sans aucune originalité, le récit balaye des thèmes rassembleurs (l’importance du socle familial, les origines comme valeur refuge, l’identité et son évolution par rapport aux autres) et se montre donc parfaitement calibré pour réunir un public intergénérationnel dans les salles obscures et, plus tard, devant son téléviseur en première partie de soirée. Ou l’art de caresser le spectateur dans le sens du poil…

VII. Que j’te ker !

On en veut pour preuve l’épilogue du film : celui-ci se déroule en mode festif avec la reprise improbable de la chanson « Que je t’aime » de feu Johnny Hallyday façon karaoké, rebaptisé pour l’occasion « Que j’te ker ». Le spectateur est ainsi invité à chanter à tue-tête - et en ch’ti ! - grâce aux sous-titres. A l’écran, le duo Line Renaud/Pierre Richard poussant la chansonnette pour une prestation délirante qui vaut son pesant de maroilles. Tout comme le bêtisier vaut le détour avec des prises ratées en or massif, notamment lorsque les comédiens doivent se mettre à parler ch’ti.

VIII. C’est bon pour le moral

Alors ne quittez pas votre siège trop vite au moment du générique de fin et profitez pleinement de ces derniers moments de bonne humeur. Car si cette comédie familiale ne vous laisse pas un souvenir impérissable, elle agit tout de même comme un remède appréciable contre la sinistrose ambiante. Et ça, c’est déjà pas mal ! Car comme le disait, sur un ton particulièrement enjoué, ce brillant orateur qu’est le président de la Confédération suisse Johann Schneider-Ammann, au détour d’une lapalissade digne des plus grandes punchlines jamais écrites par une équipe com’ (bien que la Reine Mathilde nous ait refourgué son récent « Le cyber-harcèlement, c’est vraiment nul ! » - no comment…) : « Rire, c’est bon pour la santé ! ». Ah bon ?

Note :
Critique : Professeur Grant

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