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jeudi 15 mars 2018

Netflix Chronicles: Chapter Two


Un, c’est bien. Deux, c’est mieux. Voilà que débarque le second chapitre de notre série dédiée aux pérégrinations télévisuelles du Professeur Grant sur Netflix. Au programme : décryptage de cet opérateur culturel vis-à-vis du mastodonte Disney et mini-critiques des derniers films originaux apparus sur la plateforme de contenu dont le dernier trip SF d'Alex Garland, Annihilation.





A. Décryptage : Netflix à l’aune de la suprématie Disney


Visionnage boulimique

Le Professeur Grant a écumé les nouveautés cinématographiques de ces derniers mois sur la plateforme de contenu Netflix. Un constat : les œuvres originales ont davantage des allures de téléfilms dominicaux (To The Bone, Irreplaceable You) tandis que celles qui pourraient soi-disant truster les salles obscures (The Cloverfield Paradoxe, Bright) se révèlent in fine des pétards mouillés sans intérêt. L’exception qui confirme la règle : « Annihilation », le dernier Alex Garland, le réal’ qui se trouve derrière l’extraordinaire « Dredd » (et non Pete Travis, un secret de polichinelle à Hollywood) et le non moins convaincant « Ex Machina ».

Et nos prédictions de se vérifier : l’opérateur culturel se soucie nettement plus de la quantité que de la qualité. Sous couvert de laisser les mains libres aux auteurs, la société s’inquiète davantage d’avoir des noms - plus ou moins - porteurs (Noah Baumbach, Cary Joji Fukunaga et Joon-Ho Bong pour les cinéphiles, Duncan Jones, McG et David Ayer pour les geeks) utilisés comme produits d’appel tout en se foutant royalement de l’aspect qualitatif.

Ainsi, les créations inédites se suivent et s’oublient aussitôt dans un ballet mensuel incessant, se chassent les unes les autres dans un courant d’air illustrant parfaitement la banalité de la consommation binge-watching qui en est faite. Avec Netflix, on entre de plain-pied dans l’apologie du fast-food télévisuel (sitôt vu, sitôt effacé, avec une digestion contrariée) ou chacun est invité à donner son avis, à livrer sa cotation dans un fatras… sans valeur.

Buzz et clics compulsifs

En réalité, ce que cherche l’entreprise, c’est le sacro-saint buzz, ce bourdonnement inaudible  fait de « clics » compulsifs et obtenu à partir de non-événements. A l’image du dernier épisode issu de l’univers « Cloverfield ». Annoncé en grande pompe avec un spot publicitaire payé cher et vilain lors de la grande messe médiatico-sportive du Superbowl, ce long-métrage de SF sans queue ni tête n’a rien de mémorable.

Conscients du problème après des projections test désastreuses, la Paramount et le producteur J.J. Abrams ont préféré céder une partie des droits de diffusion à la corbeille Netflix plutôt que de se risquer à une sortie coûteuse en salles.  Cette situation s’est tout récemment répétée avec le dernier long-métrage d’Alex Garland. Jugé trop complexe, trop cérébral voire rébarbatif par la Paramount, ce pourtant très bon film de SF ne sortira en salles qu’outre-Atlantique.

En Europe, les cinéphiles sont priés de retourner à leur statut de spectateur télévisuel. Une hérésie quand on sait que le projet a été pensé pour le grand écran et non la petite lucarne. Encore une fois, la qualité est le perdant de l’histoire même si le cinéaste a pu conserver le director’s cut, la quantité étant la grande gagnante ; l’œuvre pouvant être vue par plusieurs paires d’yeux dans le monde grâce au rouleau compresseur Netflix.
Voilà bien deux cas révélateurs des enjeux et des ambitions affichés par les uns (Netflix, Amazon Prime et autres plateformes de contenu) et les autres (les majors historiques). Un rapport de force qui devrait bientôt être chamboulé par les desiderata affichés par Disney (avec dans son escarcelle les Pixar, Marvel, Fox…), Mickey voulant lancer sa plateforme maison avec ses propres créations et surtout récupérer son catalogue éparpillé çà et là. Retour au bercail donc, pour les « Classiques » de Disney, les Avengers, les Pirates des Caraïbes et autres franchises lucratives qui ont dominé le box-office.

En attendant Marty

Pour que Netflix, alors dépouillé de certaines grosses pointures Disney, puisse rester compétitif face à ce mastodonte hors norme, ce dernier n’a pas le choix : il doit miser sur les créations originales. Et ce n’est pas avec la pauvreté artistique actuelle de ses œuvres cinématographiques maison que la société va pouvoir se mesurer au géant aux grandes oreilles. La plateforme doit donc se ressaisir et affirmer ses ambitions sur le plan qualitatif tout comme elle le fait avec ses séries (The Crown, House of Cards, Narcos, Master of None sont quasiment des chefs-d’œuvre).

Peut-être que cette dynamique est déjà en marche avec l’arrivée sur la plateforme du prochain film de Martin Scorsese, « The Irishman », avec Robert De Niro, Al Pacino, Joe Pesci (sorti de sa préretraite pour l’occasion) et Hervey Keitel, excusez du peu… Budgété à 140 millions dollars avec des effets spéciaux de rajeunissement dispendieux (à l’instar de The Curious Case of Benjamin Button) signés ILM, le long-métrage fera à coup sûr l’événement et, c’est certain, le  buzz.

Faut-il encore qu’il ne se transforme pas en bad buzz. Netflix attend encore et toujours ses chefs-d’œuvre qui assoiront définitivement la société comme un acteur artistique majeur. Il lui manque la reconnaissance critique des professionnels avec des films primés durant la saison des cérémonies (Mostra, Toronto, Golden Globe etc.) et, surtout, aux Oscars. Car, qu’on le veuille ou non, ces manifestations culturelles participent à l’héritage des œuvres importantes.

Car si dernièrement des films Netflix se sont illustrés durant ces galas à l’instar de « Okja » et « The Meyorwitz Stories » à Cannes ou de « Mudbound » aux Oscars, ils sont tous repartis bredouilles. Netflix mise donc énormément sur « The Irishman ». Car plus que le nombre de vues, ce sera surtout les récompenses qui seront guettées. Une pression supplémentaire sur les épaules de ce bon vieux Marty !


B. Mini-critiques : brefs aperçus sur la récente production Netflix

En attendant, revenons sur les sorties de ces derniers mois avec des mini-critiques en 140 caractères maximum. Au menu, une palanquée d’œuvres SF (Mute, The Cloverfield Paradox, Annihilation), des mélodrames intimistes (To The Bone, Irreplaceable You, First They Killed My Father), des séries B, au mieux bancales, au pire désastreuses (Death Note, Bright, The Babysitter), un documentaire fascinant en forme de making-of du brillant « Man on the Moon » de Milos Forman (Jim & Andy) et, finalement, notre coup de cœur de cette livraison (Mudbound, récemment nommé aux Oscars).



Death Note (0/5)
Direction artistique immonde, distribution pitoyable, scénario abscons, mise en scène chaotique, ce nanar en deviendrait presque fascinant.




Bright (1/5)
On craignait le pire avec l’association David Ayer/Will Smith. Résultat: on ne les pensait pas capables de creuser autant dans la médiocrité




Mute (2/5)
Mieux vaut ne pas l’associer à Moon afin de ne pas entacher son héritage. A l’image de Richard Kelly, on assiste à l’évaporation d’un talent




The Cloverfield Paradox (2/5)
On comprend pourquoi Paramount l’a refourgué à Netflix. Bancal, il souffre des réécritures subies pour l’intégrer à l’univers Cloverfield.




First They Killed My Father (2/5)
Sous prétexte d’offrir une expérience immersive à hauteur d’enfant, Jolie oublie de raconter quelque chose et ne fait qu’effleurer son sujet




The Babysitter (2/5)
McG se joue habilement des codes du slasher mais sans dépasser le statut anecdotique de la série B décérébrée. Il manque une dose satirique.




Irreplaceable You (2/5)
Un mélo à haute charge lacrymale pour faire pleurer dans les chaumières, tout juste sauvé de la mièvrerie par un casting aux petits soins.




To The Bone (3/5)
Nonobstant une mise en scène de téléfilm dominical et un récit paresseux, ce mélo a le mérite d’aborder un sujet difficile avec pudeur. Fort




Mudbound (3/5)
Une œuvre éclatante qui aurait toutefois gagné en tension avec un récit plus ramassé. Un casting éblouissant et une réalisatrice prometteuse




Jim & Andy (3/5)
Un docu époustouflant sur la performance schizo de Carrey en Kaufman qui montre qu’il y a bien un autre film qui se joue derrière la caméra.

Bonus de dernière minute:



Annihilation (3/5)
Plongée psychédélique vertigineuse dans le miroitement, un délire SF décomplexé qui vaut plus que ses échos à The Thing et Alien. Puissant !


- Professeur Grant -

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