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dimanche 13 mai 2018

Jumanji: Welcome to the Jungle



 
Le destin de quatre lycéens en retenue bascule lorsqu’ils sont aspirés dans le monde de Jumanji. Après avoir découvert une vieille console contenant un jeu vidéo dont ils n’avaient jamais entendu parler, les quatre jeunes se retrouvent mystérieusement propulsés au cœur de la jungle de Jumanji, dans le corps de leurs avatars. Ils vont rapidement découvrir que l’on ne joue pas à Jumanji, c’est le jeu qui joue avec vous… Pour revenir dans le monde réel, il va leur falloir affronter les pires dangers et triompher de l’ultime aventure. Sinon, ils resteront à jamais prisonniers de Jumanji…




I. Welcome to the Jungle

Il y a deux manières d’aborder « Jumanji : Welcome to the Jungle ». Soit, on considère le titre comme une anomalie et, du coup, cette fiction n’a strictement rien à voir avec le long-métrage original. Dans ce cas, le divertissement risque d’opérer, nonobstant le monticule de défauts qui entachent le visionnage. Soit, on accepte la promesse, c’est-à-dire qu’il est bel et bien le digne héritier du film avec Robin Williams. Et là… ça coince méchamment. Dans tous les cas de figure, la nouvelle livraison de Jake Kasdan (Bad Teacher, Sex Tape) n’atteint pas le statut de must-see. Voyez le topo : une journée dominicale dominée par les intempéries ? Cette grosse machine hollywoodienne fera l’affaire. Vous l’avez zappée sur la grille horaire de TF1 ? Vous n’avez rien manqué.

II. Rétrogaming

Dans les bons points, on épingle l’aspect vidéoludique particulièrement réussi de l’entreprise. En se jouant des codes familiers des gamers (forces et faiblesses des protagonistes, système de vies, différents niveaux de difficulté dans la progression du jeu, les personnages non-joueurs…), ce blockbuster tape juste et surfe allègrement sur cette vague rétrogaming qui anime les communautés de geeks depuis une petite dizaine d’années. En outre, en faisant de quatre lycéens en colle les héros d’un jeu vidéo, l’histoire suscite encore davantage la curiosité. Mieux, on découvre enfin l’univers Jumanji de l’intérieur. Ainsi, notre quatuor d’énergumènes, à savoir le geek, l’introvertie, l’écervelée et le sportif (plus cliché tu meurs), bascule dans le jeu « vidéo » et non plus « de plateau », sans que l’on sache réellement pourquoi.

III. Bromance

Sur cette base-là, tout roule. Et ce d’autant plus facilement que le spectacle nous est servi par des comédiens en roue libre. Le tandem Dwayne « The Rock » Johnson / Kevin Hart fonctionne à merveille grâce à une belle alchimie entre les deux acteurs. Pour l’anecdote, leur bromance a commencé dans le dispensable « Central Intelligence ». Jack Black, de son côté, jubile en jouant la teenage-midinette qui débarque dans la peau d’un avatar masculin. Son génie comique fait des ravages. Cela vaut d’ailleurs l’une ou l’autre scène particulièrement désopilante. Enfin, Karen Gillan (Nebula dans Guardians of the Galaxy), atout sexy de la bande, s’éclate comme jamais dans des scènes de danse et de combat.

IV. Des nouvelles d’Alan Parrish

La bonhomie dispensée par cette joyeuse bande joue énormément sur le capital sympathie de cette suite qui n’en est pas vraiment une. Car seulement deux éléments « gratuits » - tombant comme un cheveu sur la soupe - rattachent ce film à l’original de 1994. La cabane d’Alan Parrish, pour rappel le personnage joué par Robin Williams, et la horde de rhinocéros en furie. Deux clins d’œil plutôt maigrelets au regard des possibilités offertes par l’univers. On peut d’ailleurs se questionner sur la logique d’intituler ce film « Jumanji » tant les scénaristes semblent renier complètement l’esprit du premier. Où sont donc passés l’étrangeté, le malaise, la peur qui faisaient tout le sel de « Jumanji » ? L’ambiance y était sombre, oppressante voire même glauque.

V. Déficit

A contrario, cette version 2018 souffre d’un déficit de charme mais aussi et surtout d’atmosphère. Tout y est lisse à l’image d’un scénario sans imagination, sans aspérité et cousu de fil blanc. Ainsi, tout se devine et le suspense ne fonctionne jamais. Le récit est d’ailleurs la pierre d’achoppement de ce reboot qui ne s’assume pas. Bobby Cannavale, excellent comédien au demeurant, cabotine à l’envi dans le costume du méchant de service, plus caricatural tu meurs. Peu effrayant, on n’y croit pas une seule seconde. Parallèlement, le lourdingue et le grotesque s’invitent dans un récit qui peine à convaincre. Par ailleurs, les scénaristes n’affinent pas assez leurs bonnes idées issues de l’univers vidéoludique et se reposent sur une rythmique pantouflarde peu aidée par une mise en scène apathique.

VI. Plan-plan, cul-cul

A ce propos, Jake Kasdan n’est assurément pas la bonne personne à placer derrière la caméra, ce dernier n’arrivant pas à l’orteil du pied de la cheville de cet artisan-réalisateur qu’est Joe Johnston. Celui à qui on doit pourtant le sympathique « Walk Hard », ne fait montre d’aucune inventivité dans sa réalisation, laquelle se contente de filmer platement les scènes qui se jouent devant ses yeux. C’est plan-plan voire même cul-cul (la scène du baiser… Embarrassant !). L’Américain n’a même pas l’œil pour critiquer les effets visuels. Là où le premier Jumanji impressionnait grâce à ses images de synthèse quasiment révolutionnaires (Jurassic Park était passé par-là), celui-ci semble déjà daté visuellement. Certains effets spéciaux nous feraient presque saigner les mirettes. Vous dire !

VII. Réflexe de Pavlov

Il ne faut pas se leurrer, avec ce « Welcome to the Jungle » que personne ne réclamait, le studio souhaite uniquement actionner la pompe à fric en surfant sur la vague (le tsunami ?) revival nineties et en capitalisant sur le terme pavlovien « Jumanji », lequel fait saliver n’importe quel natif des années 80. On a globalement apprécié la séance mais on ne peut s’empêcher de penser que le résultat aboutit à un semi-échec, handicapé par ses faiblesses et autres balourdises. Une  sorte de coup d’épée dans l’eau, surtout au regard de ce qu’aurait pu faire une équipe artistique nettement plus ambitieuse, tant sur le plan scénaristique qu’au niveau de la mise en scène. Ici, l’ensemble de l’équipe de tournage semble se contenter du strict minimum et c’est bien dommage car la génération actuelle méritait mieux.

Critique : Professeur Grant

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