samedi 29 septembre 2018

BlacKkKlansman

Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l'histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions. 




« BlacKkKlansman », c’est six minutes de standing ovation lors de sa première mondiale en mai dernier. C’est aussi le Grand Prix de Cannes 2018. Pas étonnant donc que cette adaptation du mémoire de Ron Stallworth (intitulé Black Klansman) intrigue et fascine.

Mélodrame politique, « BlacKkKlansman » oscille brillamment entre le rire et l’effroi. Les quelques scènes anxiogènes bénéficient d’une dose de comic relief salvatrice.

« BlacKkKlansman » n’est pas qu’un film nécessaire dans le climat raciste et populiste ambiant. Avec son commentaire social et politique, le film de Spike Lee traite un sujet ô combien important et peut se targuer de scorer haut sur l’échelle du divertissement. De plus, son esthétisme ultra-léché (transitions, split screens, travelling contrarié - le fameux shot d’Hitchcock dans « Vertigo » - ) atteste d’une maîtrise totale.

John David Washington (prochainement dans « Monsters and Men » et « The Old Man & the Gun ») incarne Ron Stallworth, un détective noir ayant infiltré les rangs du Ku Klux Klan dans les années 1970. Fils de Denzel Washington, John David délivre une prestation à la fois juste et poignante. Adam Driver joue quant à lui à merveille un coéquipier n’ayant pas froid aux yeux. Militante du mouvement Black Power, le personnage de Patrice Dumas (Laura Harrier) est l’atout féminin du casting. Son personnage n’est d’ailleurs pas sans rappeler Angela Davis, cette militante et membre des Black Panthers. Alec Baldwin tient un rôle anecdotique assez proche de ses performances dans le SNL.

Dans « BlacKkKlansman », la musique est une pièce centrale du puzzle. Acolyte et fidèle compositeur de Spike Lee, Terence Blanchard signe une bande son qui colle parfaitement au polar rétro qu’est le dernier film de Lee.

Les efforts fournis au niveau des costumes d’époque (la garde-robe de Shaft ressortie pour l’occasion) et autres voitures vintage nous transportent dans une Amérique retro. Les références à la Blaxploitation abondent. Les allusions au locataire de la Maison Blanche n’échapperont à personne. Souvenez-vous du discours d’investiture de Trump centré sur son slogan America First.

En réussissant le pari d’être nécessaire ET jubilatoire, « BlacKkKlansman », se hisse facilement dans notre top 10 de ces dernières années. Nous espérons qu’il fera, sinon bouger les choses au niveau de la lutte contre les discours haineux et le racisme institutionnel, avancer la conscientisation. « BlacKkKlansman » est pour toutes les raisons susmentionnées une petite perle du cinéma. 

Avec « BlacKkKlansman », Spile Lee le polémiste décoche un coup de pied brutal en pleine figure des suprémacistes blancs et autres propagateurs de haine et les relègue par la même occasion au rang d’aberration du siècle passé. Le réalisateur de 61 ans démontre par la même occasion que le septième art reste une arme dans la lutte contre l’injustice. Black lives truly matter!

Note :
Critique : Goupil

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