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mardi 6 novembre 2018

First Man


Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.







I. Man on the moon

En 2014, un miracle se produit. Le cinéphile voit un jeune talent débarquer dans les salles obscures. Son nom : Damien Chazelle. Son « Whiplash » est instantanément culte. Et là, on se dit qu’il faut suivre de très près la trajectoire de ce réalisateur plutôt prometteur. Et de fait. Trois ans plus tard, un autre choc vient électriser le septième art : l’éblouissant - quoiqu’un brin surestimé - « La La Land » confirme tous les espoirs placés en lui. Non content de recevoir des critiques dithyrambiques de toutes parts, le film se mue en véritable carton interplanétaire. D’emblée, le trentenaire appose sa griffe toute personnelle dans une industrie où règne la conformité. Une bouffée d’oxygène pour les amateurs de cinéma. Oscar du meilleur réalisateur en main, le cinéaste franco-américain annonce qu’il va directement se mettre sur orbite pour s’atteler au biopic de Neil Armstrong, le premier homme à marcher sur la lune, le 21 juillet 1969. Autrement dit, l’excitation est à son comble sur la planète cinéma.

II. Planet Hollywood

La conquête spatiale a toujours intrigué la planète Hollywood. On se souvient évidemment de l’insurpassable chef-d’œuvre « The Right Stuff » signé Philip Kaufman, pilier du genre et comète inaccessible pour bon nombre de metteurs en scène. On n’oublie pas non plus la superproduction « Apollo 13 » de Ron Howard avec son scénario brillant aboutissant à un blockbuster intelligent. Plus récemment, on se remémore évidemment les claques visuelles d’Alfonso Cuarón (Gravity) et Christopher Nolan (Interstellar), maîtresses transpositions dans un genre éculé. Et que dire du drame « Hidden Figures » de Theodore Melfi, sur les scientifiques afro-américaines qui ont apporté leur pierre à l’édifice que fut l’exploration spatiale à force de sève, de sueur, d’opiniâtreté et de passion. Des immanquables ! Bref, les ambitions interstellaires ont nourri pas mal de récits passionnants du côté de l’industrie cinématographique californienne.

III. One small step, one giant leap

Du coup, beaucoup de choses ont déjà été dites et surtout montrées, que ce soit dans des œuvres réalistes ou dans des métrages de science-fiction plus expérimentaux comme, au hasard, « 2001 : A Space Odyssey » de Stanley Kubrick qui a donné ses lettres de noblesse, ou encore « Moon » de Duncan Jones. Refusant le spectaculaire pour privilégier l’intime, Damien Chazelle et son illustre scénariste Josh Singer (Spotlight, The Post) étonnent mais tiennent le bon bout pour raconter l’histoire de celui qui entra justement dans l’Histoire… d’un petit pas. Tout le monde connaît d’ailleurs son célèbre et éternel « Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité ». Mais si la majorité des gens se concentre sur la deuxième partie de la phrase pour son universalité, le tandem, lui, s’intéresse davantage à l’homme qui se cache derrière la fameuse citation passée à la postérité.

IV. Apollo 11

En abordant la mission Apollo 11 par le prisme de l’humain, le duo livre un portrait intimiste de l’astronaute, entre ombre et lumière, avant tout mari aimant et père de famille attentif. En mettant en corrélation la bataille pour décrocher la lune et la lutte sourde du deuil d’un enfant parti trop tôt, le scénariste explore la part de fragilité d’un homme profondément meurtri avec l’intelligence de ne pas verser dans le pathos et les trémolos faciles. Ainsi, sans tirer sur la corde sensible, Chazelle et Singer signent une épopée aussi bouleversante qu’épique bien aidés par un Ryan Gosling imparable, tout en retenue et en impassibilité, finalement toujours parfait dans le registre des rôles mutiques (Drive, Blade Runner 2049).

V. Hidden Figures

A ses côtés, Claire Foy, extraordinaire Elizabeth II dans la série Netflix « The Queen », parvient à donner chair et consistance à la courageuse épouse. Elle ne démérite pas grâce à un récit malin qui a le bon goût d’impliquer directement ce personnage dans la vie de l’astronaute. Car la course spatiale est aussi une histoire de femmes fortes et de figures de l’ombre (cf : le long-métrage Hidden Figures susmentionné) contrairement à ce que l’imagerie paternaliste mise en scène par la NASA a tenté de nous faire croire pendant des décennies. Par ailleurs, le scénario n’oublie pas d’évoquer les coûts humains et financiers des opérations, en montrant notamment la féroce opposition de certains groupements. Aux antipodes de l’hagiographie redoutée, le script fait mention des sommes astronomiques engagées par le gouvernement et répercutées sur les contribuables américains.

VI. American Hero

S’éloignant des canons du film d’action attendu, Damien Chazelle privilégie donc la dimension personnelle à celle du spectacle et adapte sa mise en scène pour être au plus près des ingénieurs. Au moyen de gros plans et d’une caméra souvent placée à l’épaule, le cinéaste saisit les moindres faits et gestes de Neil Armstrong pour mieux entremêler l’homme et le héros. Une réalisation austère, claustrophobique et tout en mouvement à la Peter Greengrass qui lui permet d’une part d’augmenter l’immersion et de vivre cette aventure spatiale de manière intériorisée, et d’autre part de diminuer le recours aux effets spéciaux numériques et, du coup, d’amincir le budget. Le portefeuille des studios Universal sourit : le film affiche seulement 70 millions de dollars et a connu une production rapide. Tout bénéf’ pour tout le monde, le métrage se positionnant en outre comme un concurrent idéal à la course aux Oscars.

VII. Success-story

Cela ne signifie pas pour autant que l’on a droit à un film cheap. Justement, la direction artistique se montre irréprochable, des décors aux costumes, rien n’est laissé au hasard pour reconstituer fidèlement les fifties ainsi que les sixties. Et que dire de la partition originale teintée de poésie de Justin Hurwitz, lequel apporte un surcroît de lyrisme à cet alunissage. Une composition idéale pour accompagner la beauté soufflante des images sur le sol lunaire. In fine, on aurait pu craindre un patriotisme exacerbé, des effets pompiers et une artillerie lourde pour mettre en boîte cette success-story estampillée Uncle Sam. Il n’en est rien grâce à la subtilité et à la sensibilité européenne d’un Damien Chazelle qui, outre son génie flagrant et indiscutable, a aussi le talent de bien s’entourer. Bref, des qualités de virtuose que l’on doit aux plus grands réalisateurs comme, à tout hasard, l’immense Steven Spielberg qui… tiens, tiens… n’est autre que le producteur exécutif de « First Man ». Ne dit-on pas « qui se ressemble s’assemble » ?

Note : 

Critique : Professeur Grant

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