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mercredi 26 décembre 2018

Bohemian Rhapsody


Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez la vie exceptionnelle d’un homme qui continue d’inspirer les outsiders, les rêveurs et tous ceux qui aiment la musique.






I. Development hell

Enfin, serait-on tenté d’écrire. Après moult péripéties, le biopic sur Queen sort finalement dans les salles obscures. Une gestation qui aura duré quasiment une décennie. C’est qu’il a longtemps végété dans les limbes du « development hell », comme on dit dans le jargon cinématographique. A l’origine, le long-métrage devait être porté par Sacha Baron Cohen. Une idée lumineuse tant les talents de transformiste du comédien ne sont plus à démontrer. Si le Londonien fut longtemps attaché au projet, sa participation capota pour une question de divergence artistique. Il apparaît aujourd’hui très clair que le Britannique voulait amener le récit vers les zones les plus sombres de la personnalité de Freddie Mercury mélangeant les vices et la fantaisie propre à cette icône de la pop. Une ambition qui n’était pas du goût des producteurs (dont les autres membres du groupe), lesquels désiraient davantage tirer la couverture vers eux et aboutir à une sorte d’hagiographie. Une pellicule à la gloire de la formation musicale et du célèbre moustachu, en somme.

II. Check-list

« Bohemian Rhapsody » a beau évoquer de loin les frasques de la pop star, on se retrouve tout de même face à un film très sage, trop lisse et finalement sans aspérité. Et ce n’est pas la mise en scène timide et étonnamment peu inspirée de Bryan Singer qui viendra mettre du poil à gratter dans cette production on ne peut plus convenue. C’est finalement très peu rock’n’roll. Un comble quand on s’attaque à un projet tel que celui-ci. Le métrage apparaît en outre totalement déséquilibré. Un constat d’autant plus frappant lorsque vient le climax. A croire que la production a réservé le budget uniquement pour la reconstitution du concert Live Aid de 1985, point culminant du film. Avant cela, la caméra du réalisateur reste muette, se contentant de filmer platement un scénario sans enjeux d’une vacuité sidérante, comme si le cinéaste avançait dans son cahier des charges en cochant bêtement une check-list. C’est très scolaire dans l’approche et, à bien y regarder, on décèle très peu d’ardeurs cinématographiques. Il n’y a en réalité aucune idée formelle. Singer, visiblement paresseux comme un loir et apparemment en roue libre sur le plateau, se fera même congédier (remplacé pour la post-prod par Dexter Fletcher, futur réalisateur du biopic sur Elton John), s’étant mis plusieurs membres de l’équipe de tournage à dos, dont l’acteur principal Rami Malek.

III. Fail

Ce dernier, épatant, ne démérite pas dans la peau de Freddie Mercury, offrant une performance tout en nuances, entre fantaisie et sensibilité. Son jeu époustouflant nous permet de connaître intimement la diva du rock : sa fragilité, sa sensibilité, ses doutes, ses fêlures… Il lève le voile sur l’homme qui se cache derrière la superstar, aux antipodes de l’image médiatique qui a façonné la vedette des eighties dans l’esprit des gens. Mais le comédien a beau se démener pour faire exister le protagoniste, ses efforts se voient quasiment réduits à néant à cause… d’une prothèse dentaire (!) beaucoup trop apparente. Certes, la mâchoire du chanteur fut une caractéristique physique pour le moins marquante, mais fallait-il pour autant exagérer le trait et tomber dans la caricature ? Un énorme fail de la part du prothésiste, c’est certain, mais aussi du réalisateur qui doit pouvoir critiquer les différentes actions mises en œuvre par chaque département impliqué dans le projet. Vu les moyens déployés, on peut parler de faute professionnelle.

IV. Greatest hits

Le papa de la saga X-Men a donc clairement failli à son job. D’autant plus que ce dernier insiste sur ce dentier en multipliant les gros plans. Pour ainsi dire, on ne voit plus que ça. Ce qui sort d’emblée le spectateur de l’histoire qui nous est contée. Une fameuse maladresse qui handicape lourdement un film qui, nonobstant ses nombreux défauts (erreurs de chronologie, incohérences, passages obligés étonnamment ignorés…), parvient à maintenir l’intérêt chez le spectateur. L’utilisation des chansons est pertinente, le montage plutôt soigné, la reconstitution fidèle tandis que l’aura qui se dégage de Queen fait le reste. Le divertissement est là, parfaitement rythmé et terriblement efficace malgré les deux heures quinze. On passe finalement - miraculeusement, oserait-on écrire au regard des nombreuses pierres d’achoppement - un agréable moment. D’ailleurs, au sortir de la projection, vous n’aurez qu’une envie : dépoussiérer votre vieux best of. « Bohemian Rhapsody » est donc à l’opposé du morceau éponyme, lequel est créatif, audacieux et enchanteur. Le (télé)film, lui, se montre dépourvu d’originalité et d’ambitions artistiques. Pour le reste, soyez rassurés, le spectacle est bel et bien là, scintillant sur le grand écran, avec des allures de publicité de luxe pour capitaliser sur une marque. Et pour certains, cela semble suffire. A vous de voir votre niveau d’exigence.

Note : 

Critique : Professeur Grant

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