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mardi 8 janvier 2019

The Favourite


Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.




« The Favourite », le premier plaisir cinéphilique de 2019

Stop ! Arrêtez tout. Prenez votre agenda et prévoyez votre prochaine sortie ciné. Pas besoin de réfléchir au film que vous souhaitez voir, on l’a fait pour vous. Ce sera « The Favourite » un point c’est tout. Pourquoi ? Parce que c’est un chef-d’œuvre instantané. Tout simplement. Une pure merveille de fantaisie et de maîtrise. Puis, avouons-le, ce serait dommage de louper la première pépite de 2019. L’occasion pour vous de briller en société, dans une conversation avec un collègue ou à un dîner de famille. Qu’on se le dise, il n’y a rien, strictement rien, à reprocher au nouveau long-métrage de Yórgos Lánthimos, cinéaste révélé à l’échelon international grâce à ses « Dogtooth », « The Lobster » et « The Killing of a Sacred Deer ». D’ordinaire, ses fictions divisent. Ici, le réalisateur devrait faire l’unanimité car ce dernier nous revient avec son œuvre la plus accessible. Cela émis, ne comptez pas sur lui pour renier son identité. Certes, il est produit par la Fox. Mais, il n’a pas vendu son âme au diable pour autant. Il reste ce metteur en scène singulier avec ses élans misanthropes et son humour absurde. Et ce, pour le plus grand plaisir des cinéphiles.

Un trio d’actrices en état de grâce

Pour la première fois, le Grec porte à l’écran un récit qu’il n’a pas rédigé. Un scénario finement écrit par la paire Deborah Davis / Tony McNamara. On ne va pas y aller par quatre chemins, ce script est l’atout numéro un du film. Un matériau qui regorge de dialogues sardoniques savoureux. Du pain béni pour les comédiens. Un vrai délice ! L’histoire plonge le spectateur en Angleterre au début du XVIIIe siècle, alors en pleine guerre contre la France. Un pays gouverné par la dernière de la dynastie Stuarts, la fragile, tempétueuse et instable reine Anne, au comportement des plus infantiles et grotesques (extraordinaire Olivia Colman, récompensée par la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la dernière Mostra de Venise). Mais fragilisée par la goutte, la souveraine délègue les décisions politiques à la caustique Lady Sarah Churchill, sa confidente avec qui elle noue une relation saphique (la formidable Rachel Weisz, délicieusement acerbe et aussi glaciale que charismatique). Une complicité entre les deux femmes qui va être mise à mal par la venue de l’arriviste Abigail (l’excellente Emma Stone, à contre-emploi, qui n’en finit décidément pas de nous surprendre) qui se verrait bien en favorite de la monarque. Voilà un ménage à trois qui va assez vite déraper.

Un petit bijou jubilatoire !

Coups bas, crêpages de perruques, joutes verbales détonantes, vengeances ourdies à la lueur d’une bougie, les trois comédiennes s’en donnent à cœur joie et livrent des performances démentes dans cette comédie baroque, maligne et frivole qui se paie la tête des nantis en égratignant la cour britannique, laquelle se divertit à coups de course de canards, de dégustation d’ananas ou de concours de lancer d’oranges sur un bouffon. Ainsi, le drame et la loufoquerie cohabitent dans cette farce diablement efficace et mis en scène avec une impressionnante virtuosité. Le cinéaste dynamite le genre du film d’époque et tord les codes inhérents en déjouant l’écueil du classicisme ronflant avec une belle modernité dans le geste. Il se distingue en offrant une esthétique soignée et une réalisation enlevée et inventive : angles de caméra inusités, plans distendus, montage habile… Avec une direction artistique on ne peut plus élégante, « The Favourite » propose une signature visuelle singulière. Un écrin qui devrait taper dans l’œil des votants lors de la prochaine cérémonie des Oscars. C’est beau, c’est désopilant, c’est sarcastique, c’est percutant, c’est impertinent, c’est intelligent, bref, « The Favourite », c’est le cinéma décomplexé à son meilleur et vous auriez tort de le laisser filer. Un must-see irrésistible et jouissif à découvrir d’urgence !

Addendum : une Mostra décrédibilisée

Et dire que « The Favourite » a dû se contenter du Lion d’argent lors de la dernière Mostra de Venise présidée par le Mexicain Guillermo Del Toro. Un fait d’autant plus regrettable que c’est le « Roma » siglé Netflix qui est reparti avec la récompense suprême (Lion d’or). Un film réalisé par un autre Mexicain. Et pas n’importe lequel, Alfonso Cuarón (le chef-d’œuvre d’anticipation Children of Men), soit un bon ami du réalisateur de « The Shape of Water » (Lion d’or en 2017, tiens, tiens…). Vive l’impartialité ! Où est l’objectivité ? Ou quand le festival italien perd de sa superbe et se décrédibilise ipso facto aux yeux des cinéphiles. D’autant plus qu’au regard des deux métrages, il n’y a clairement pas photo. Si les deux œuvres ont des qualités esthétiques indéniables, la comédie de Yórgos Lánthimos se repose sur un scénario digne de ce nom, là où « Roma » n’est qu’une succession longuette de vignettes surannées. Il n’y a plus qu’à espérer que l’Académie des Oscars ne se voile pas la face à l’instar de Guillermo Del Toro et reconnaisse en « The Favourite » un film légitime pour rafler une moisson de statuettes. Verdict le 24 février prochain.

Note : 

Critique : Professeur Grant

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