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mardi 21 janvier 2020

Bombshell


Inspiré de faits réels, "Sclandale" nous plonge dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, découvrez comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable.






I. What The Fox ?

Coup de projecteur sur l’affaire Roger Ailes, brûlot médiatique qui a secoué Fox News durant la dernière campagne présidentielle des Etats-Unis. Avec un titre comme « Bombshell », ou « Scandale » en version française, et au regard de son sujet sulfureux, on s’attend évidemment à un film avec des cojones. Soit une œuvre un brin fouille-merde qui va au bout de ses intentions, ne craignant pas de gratter là où ça fait mal. Verdict ? Le long-métrage le fait de façon exemplaire, armé de détails dignes d’une investigation journalistique et d’une férocité acrimonieuse, en n’hésitant pas à pointer du doigt les personnes impliquées. Managers, producteurs, présentateurs et jusqu’à l’actuel président Donald Trump, tous y passent sous la plume acérée et incisive du scénariste Charles Randolph, lauréat d’un Oscar pour l’excellent « The Big Short ».

II. #MeToo

Inspiré de faits réels donc, « Bombshell » nous plonge dans les coulisses de la petite lucarne. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, on découvre comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable et faire tomber « l’homme le plus puissant des médias », dixit Barack Obama. Dans le viseur : le magnat Roger Ailes, PDG de Fox News Channel, le réseau d’information câblé le plus regardé par les Américains. De multiples accusations de harcèlement sexuel ont eu raison du nabab. On suit trois femmes, trois points de vue éclairant cette sordide affaire : Gretchen Carlson, présentatrice arrivée à sa « date de péremption » comme le fait comprendre son patron, Megyn Kelly, actuelle vedette qui fait grimper l’audimat, et Kayla Pospisil, junior ambitieuse aspirant à briller devant la caméra (seul personnage fictif du trio). Trois femmes ayant subi les assauts déplacés d’un homme en position de pouvoir. Une affaire qui n’est pas sans rappeler un certain mouvement : #MeToo. Ainsi, et à bien des égards, on ne peut s’empêcher de penser au scandale lié à Harvey Weinstein, mogul derrière le studio Miramax.

III. D’un genre à l’autre

Derrière la caméra ? Un cinéaste made in Hollywood issu de la comédie populaire. Plus précisément le réalisateur à qui l’on doit la trilogie loufoque « Austin Powers » et le diptyque  désopilant « Meet The Parents ». Son petit nom : Jay Roach. Ce dernier fait partie de cette nouvelle mouvance de metteurs en scène venus de la pantalonnade qui souhaitent se donner une contenance en s’acoquinant avec des sujets politico-socioéconomiques, à l’instar de ses comparses Adam McKay (Vice), Peter Farrelly (Green Book) ou Todd Phillips (War Dogs). Et comme ses collègues, il passe d’un genre à l’autre avec brio (le téléfilm HBO « Game Change » sur Sarah Palin). On aurait pu craindre un traitement lisse, sans aspérité, mais non, ce dernier n’hésite pas à embrasser le ton satirique et propose une radiographie corrosive du stratagème avilissant mis en place par Ailes, avec la complicité écœurante de sa secrétaire. Roach et Randolph décortiquent les machinations sexistes et critiquent au scalpel une certaine idéologie misogyne (les femmes réduites au rôle d’objet télévisuel) qui se cache derrière l’information spectacle d’une chaîne toujours plus outrancière.

IV. The Loudest Voice

Toutefois, à trop s’efforcer d’être un film à charge, « Bombshell » en oublie parfois d’être un objet cinématographique. Bien que clinique dans son récit et chirurgicale dans sa mise en scène, le long-métrage se repose un peu trop sur sa forme de reportage in situ (quoique bien vu pour parler de ce scandale) et n’essaye pas d’entreprendre des gestes de cinéma comme a pu le faire un « The Big Short » sur le travail du montage par exemple. Bref, des peccadilles au regard de tout le reste. Devant la caméra, Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie livrent des interprétations convaincantes. Quant à Roger Ailes, il est magnifiquement incarné par John Lithgow, excellent Winston Churchill dans la série « The Crown ». Par ailleurs, pour ceux qui désirent en savoir plus sur Ailes, sachez qu’il fut déjà campé par Russell Crowe dans la récente minisérie Showtime « The Loudest Voice » qui, outre les faits de harcèlement sexuel, s’intéresse également à la naissance des « fake news », à l’intrication entre médias et politique ainsi qu’à la vision glaçante du journalisme proposé par Roger Ailes : « Les gens ne veulent pas être informés, ils veulent se sentir informés ».

Note : 

Critique : Professeur Grant

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