mardi 3 mars 2020

The Invisible Man



Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d'enfance et sa fille adolescente.

Mais quand l'homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s'il est réellement mort. Tandis qu'une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu'elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu'elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…







I. Dark Universe

Vingt ans après la sortie du mal-aimé et sous-estimé « Hollow Man » de Paul Verhoeven, voilà que l’homme invisible signe son come-back. Un retour semé d’embûches. Tout commence par un énième faux départ. Rétroactes. Juin 2017. « The Mummy » avec Tom Cruise est un authentique four, tant au box-office domestique qu’au niveau international. Un piteux reboot qui était déjà la deuxième tentative du studio Universal de lancer un « Dark Universe », voulant singer par-là la réussite de Disney avec le « Marvel Cinematic Universe ».

II. Universal Monsters

En effet, le tout aussi médiocre « Dracola Untold », sorti en octobre 2014, s’était déjà cassé les dents, essuyant des critiques cinglantes lancées de concert par la presse et le public. La family reunion des monstres Universal façon « Avengers » n’aura pas lieu. Dracula, Frankenstein et sa fiancée, le loup-garou, la créature du lac noir… et l’homme invisible (Johnny Depp était même déjà casté !) ne se côtoieront donc pas dans un monde interrelié. L’idée est définitivement abandonnée. Rassurés, les cinéphiles dorment depuis sur leurs deux oreilles.

III. Un film loin d’être transparent

Définitivement ? C’est bien mal connaître la machine hollywoodienne. Non contente d’avoir enterré deux figures sacrées du septième art, la major s’acoquine avec Blumhouse, la société de production de Jason Blum, spécialiste dans l’effroi et réputé pour ses cartons commerciaux confectionnés à moindre coût (Paranormal Activity). Objectif: faire renaître le héros imaginé jadis par H.G. Wells. Une bonne idée ? Sur papier, non. Sur l’écran, oui. « The Invisible Man » est loin d’être un film transparent. C’est même une belle surprise.

IV. Renverser le point de vue

L’une des principales forces de cette nouvelle adaptation : son récit. Plutôt que de suivre l’homme invisible, le réalisateur et scénariste Leigh Whannell (Upgrade) bascule la caméra pour adopter le point de vue de la victime. C’est ainsi que nous nous intéressons à une femme qui réussit à échapper à son mari violent en pleine nuit. Cette dernière va ensuite découvrir que son compagnon manipulateur et tortionnaire s’est tué. Si elle y croit dans un premier temps, celle-ci va émettre quelques doutes lorsque de mystérieux phénomènes commencent à se produire.

V. Allégorie

En jouant sur la métaphore des luttes féministes contre les violences conjugales et, plus globalement, contre le patriarcat à l’heure post-MeToo, « The Invisible Man » parvient à capter quelque chose de l’air du temps qui en fait bien plus qu’un énième thriller d’épouvante lambda. Si l’on peut regretter des réactions peu crédibles de certains personnages ainsi qu’un troisième acte inutilement étiré (le film aurait gagné en efficacité avec un petit quart d’heure en moins), pour le reste, le scénario se montre plutôt rusé (l’idée derrière l’invisibilité… bien vu !).

VI. Mise en scène habile

Tout comme la mise en scène joue habilement avec le suspense (l’introduction). Préférant la subtilité aux effets de manche, le silence aux sursauts sonores, l’inquiétante tranquillité aux jumpscares factices, la lente progression au sur-découpage tape-à-l’œil, Whannell fait montre d’un indéniable talent dans l’art de la mise en scène. Une réalisation étudiée qui parvient à installer le malaise et la tension avec des artifices basiques mais diablement efficaces : scènes étirées, temps dilaté, décors (a priori) vides, plans regard mystérieusement autre etc.

VII. Une scène d’anthologie

La maestria du cinéaste s’affiche dans plusieurs séquences marquantes, comme celle de la cuisine. Une scène d’anthologie ! Par ailleurs, ce dernier évite soigneusement de tomber dans tous les pièges se présentant à lui (accumulation de scènes d’action, débauche d’effets spéciaux, calque des autres adaptations) et confère à sa réalisation une singularité et à son film une vraie personnalité. C’est que l’auteur a bien quelque chose à nous raconter (les relations toxiques dans un couple) et ne se repose pas simplement sur une histoire « prétexte » artificielle.

VIII. Elisabeth Moss, actrice majeure

Pour donner du corps à cette femme meurtrie et prise au piège d’un pervers narcissique, le metteur en scène a jeté son dévolu sur Elisabeth Moss. Un choix des plus judicieux. Star de la petite lucarne avec des rôles difficiles dans des séries majeures (Mad Men, The Handmaid’s Tale, Top of the Lake), l’actrice n’a aucun mal à nous faire croire à ce récit fantastique. Armée d’un solide talent, la Britannico-Américaine livre une performance fiévreuse et donne de l’authenticité à un personnage plutôt casse-gueule. Un jeu habité et tout en nuances.

IX. Bien plus qu’une vulgaire série B horrifique

Récit malin, intrigue palpitante, rythme soutenu, atmosphère oppressante, interprétation brillante, mise en scène élégante et, surtout, terriblement efficace dans sa gestion du suspense, cette nouvelle variation de l’homme invisible s’affiche comme une véritable réussite et mérite bien mieux que son statut de série B horrifique vendu par une bande-annonce mal torchée. In fine, Leigh Whannel parvient non seulement à jeter un regard neuf sur l’un des monstres classiques d’Universal mais aussi à nous tenir en haleine jusqu’au dénouement.

Note : 

Critique : Professeur Grant

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