jeudi 22 octobre 2020

Netflix Chronicles: Chapter 8ight

 


Le nerf de la guerre

Aujourd’hui, il est impossible d’écrire sur Netflix sans évoquer ses concurrents tant ils sont nombreux et assoiffés d’argent, le nerf de la guerre. Car c’est bien un affrontement sans merci autour du streaming qui se joue actuellement entre les plateformes. Dernier fait en date : la restructuration de l’empire Disney pour renforcer ses propres services de vidéo à la demande, à savoir Disney+, Hulu, ESPN+ et le futur Star. Objectif : prendre des parts de marché au géant de Los Gatos.


Bye Bob ! Hello Bob !

Rétroactes. Fin février de cette année. Bob remplace Bob à la tête de la Walt Disney Company. Comprenez ceci : Iger s’en va, Chapek arrive. Concomitants avec ce jeu de chaise musicale entre hommes d’affaires, de profonds bouleversements au sein de l’organigramme de l’empire aux grandes oreilles. Et plus particulièrement une réorganisation des divisions médias et divertissements. Autrement dit, le changement, c’est maintenant !

Covid-19

Alors que le septième art connaît de sérieux remous depuis le début de la pandémie, et ce dans le monde entier, le Covid-19 modifie profondément notre manière de consommer du cinéma et affecte structurellement les studios hollywoodiens. En ligne de mire : les questions de santé publique (lieux clos, port du masque, distanciation sociale, mesures barrière…) et la fermeture des salles obscures. Dans la Cité des Anges, les majors ont réagi, chacune à sa manière, avec des stratégies commerciales bien différentes.

Mulan v Tenet

Paramount et Sony ont reporté aux calendes grecques toute une série de blockbusters comme les suites de « Top Gun » et « A Quiet Place ». Mickey, quant à lui, a proposé son tant décrié « Mulan » sur Disney+, sa plateforme de streaming fraîchement lancée. Une décision regrettée par les exploitants de salles qui voyaient en cette adaptation en live action une locomotive censée appâter le grand public. Heureusement, ces derniers ont pu compter sur Warner et sa superproduction « Tenet » pour diffuser au moins un tentpole movie aux cinéphiles durant la saison estivale.

And the winner is…

Le hic, c’est que le dernier long-métrage de Christopher Nolan s’est pris le mur du coronavirus de plein fouet avec des résultats mitigés au box-office mondial. D’ailleurs, au regard des chiffres, c’est bien la souris de Burbank et son marionnettiste Bob Chapek qui s’en tirent le mieux. Pour l’anecdote, aujourd’hui, l’ensemble des plateformes de la multinationale comptent plus de 100 millions d’abonnés payants.

… Disney+ et ses 60 millions d’abonnés !

Et si on prend la loupe, on remarque que Disney+ a atteint les 60 millions d’abonnés à lui tout seul, un chiffre qui a dépassé les prévisions et même les attentes les plus folles des actionnaires. C’est pourquoi le nouveau PDG a annoncé qu’il allait booster ce qui fonctionne, autrement dit ce que les consommateurs demandent. Si cette transition était déjà en cours avant qu’un hurluberlu ne savoure un pangolin en plat principal, l’épidémie n’a fait qu’accélérer le rythme.

Dixit

« Nos équipes créatives se concentreront sur ce qu'elles font de mieux - créer un contenu de première qualité sur la base de franchises - tandis que notre nouvelle équipe de distribution se concentrera sur la livraison et la monétisation de ce contenu de la manière la plus optimale sur toutes les plateformes, y compris Disney+, Hulu, ESPN+ et le prochain service de streaming international Star », dixit le nouveau magnat du divertissement.

La question est vite répondue

Cela sous-entend donc que Disney va davantage privilégier ses services de streaming pour la diffusion de ses contenus plutôt que d’avoir recours à des intermédiaires pour toucher ses consommateurs. Pourquoi diable s’ennuyer à sortir un film au cinéma avec des distributeurs et des exploitants de salles qui ponctionnent une partie des rentrées alors qu’on peut s’adresser directement aux spectateurs confortablement assis dans leur salon sans bourse délier (campagnes marketing) ou presque ? La question est vite répondue, comme dirait l’autre !

La boîte de Pandore

Vous l’aurez compris, l’avenir n’est pas rose pour le cinéphile qui aime s’offrir régulièrement des sorties dans les salles obscures. Car si Mickey ouvre la boîte de Pandore, les autres majors hollywoodiennes ne vont pas se priver, loin s’en faut. Ne perdons pas de vue que Warner va bientôt sortir HBO Max, soit son propre service de streaming. Les complexes et cinémas de quartier vont devoir innover (et vite !) pour pérenniser leur activité.

Netflix Originals

Et, vous me voyez venir, si chaque studio récupère son catalogue de films disséminés chez les différentes plateformes de streaming actuelles, Netflix va devoir dire adieu à des titres attractifs et miser encore un peu plus sur des créations originales, devenant alors une maison de production à part entière, mutation que l’entreprise a toutefois déjà entreprise depuis ces quatre dernières années (Scorsese et The Irishman, Cuarón et Roma etc.).

Rien n’est moins sûr

Bref, plus de streaming, moins de cinéma. Heureusement, on n’y est pas encore et peut-être qu’on connaîtra un sursaut des spectateurs qui retrouveront en masse le chemin des salles obscures, une fois l’abominable Corona vaincu. En toute franchise, on n’y croit guère. Le tout-regardant n’aura-t-il pas pris goût à ses pellicules projetées directement à la maison ? Le Covid n’aura-t-il pas laissé des séquelles psychologiques comme la peur d’autrui ? Les petits exploitants de salles survivront-ils jusque-là ? Rien n’est moins sûr.

La roulette russe

En attendant, on peut compter sur Netflix pour nous divertir grâce à un catalogue régulièrement mis à jour. Des acquisitions, des créations originales, des séries, des documentaires… C’est rarement qualitatif mais ça fait son office. Entendez par-là qu’en ces temps troublés, où d’aucuns doivent rester cloîtrés chez eux en quarantaine, on ne se refuse pas une escapade cinématographique, un ailleurs fictionnel qui nous extirpe de notre morne quotidien. Et là, c’est la roulette russe. Parfois, on tombe sur une pépite. Parfois sur un navet. Mais souvent sur des films peu mémorables. A l’instar des titres chroniqués ci-dessous en 140 caractères.

Bon visionnage !



Da 5 Bloods (2/5)

Problèmes de ton, de rythme, de cohérence mais le souci principal, c’est le traitement: Lee y va avec de gros sabots pour aborder son sujet.



The Old Guard (2/5)

Prince-Bythewood croit naïvement que son scénario est suffisamment futé que pour le prendre au premier degré et se passer d’humour. Risible.



Project Power (2/5)

Stars en roue libre, récit indigent, direction artistique douteuse… mais c’est divertissant. Il coche toutes les cases de la formule Netflix



Eurovision Song Contest: The Story of Fire Saga (1/5)

Cela aurait dû être une satire corrosive. C’est in fine un eurotrip kitsch aussi lisse que mollasson qui ne décroche même pas un sourire.



Enola Holmes (3/5)

Millie Bobby Brown a de l’abattage, de la présence, du charisme. Tout plaide en sa faveur! Elle transcende ce young adult movie un peu pâlot



Wasp Network (2/5)

Ramirez et Assayas ne parviennent pas à rééditer l’exploit “Carlos”. La faute à une écriture grossière incapable d’affiner les enjeux.



Balle Perdue (3/5)

Ce qu’on a vu de plus réjouissant dans le genre action made in France depuis… Pêchu, ramassé, Pierret fait le job non sans un certain brio !



The Willoughbys (1/5)

Pearn ne nous ménage pas en colmatant cahin-caha les défauts (animation laide, humour faiblard, trous d’air du récit) d’un film trop véloce.



The Half of It (3/5)

Si Wu ne parvient pas à éviter les écueils du teen movie, elle réussit néanmoins à livrer un regard tendre et intelligent sur l’adolescence.



The Devil All The Time (3/5)

Difficile d’être touché par une œuvre qui s’enfonce à ce point dans un misérabilisme vain. Miracle, le casting haute couture sauve le récit.


Bonus de dernière minute


The Babysitter : Killer Queen (1/5)

Une suite poussive et dispensable avec des effets cheap, un humour bas-de-plafond et un scénar’ qui s’étiole après dix minutes. Consternant!

- Professeur Grant -

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