One Battle After Another
Ancien révolutionnaire désabusé et paranoïaque, Bob vit en marge de la société, avec sa fille Willa, indépendante et pleine de ressources. Quand son ennemi juré refait surface après 16 ans et que Willa disparaît, Bob remue ciel et terre pour la retrouver, affrontant pour la première fois les conséquences de son passé…
Attention, chef-d’œuvre ! Avec One Battle After Another, Paul Thomas Anderson - PTA pour les intimes - signe l’un de ses films les plus aboutis, à la hauteur de There Will Be Blood et Phantom Thread. Rarement un cinéaste aura atteint un tel équilibre entre rigueur formelle, puissance narrative et profondeur politique.
Le scénario impressionne par sa densité : chaque rebondissement, chaque ellipse trouve sa place dans une structure d’une grande cohérence. Dans cette radiographie sociétale, portrait au vitriol de l’administration Trump, PTA y déploie une réflexion aiguë sur l’Amérique contemporaine, ses fractures, ses illusions et ses impasses morales. On retrouve ce talent singulier pour transformer la chronique sociale en fresque existentielle.
Et que dire de la direction d’acteurs ? Le tandem formé par les immenses Leonardo DiCaprio et Benicio Del Toro est démentiel, mais on retiendra surtout la performance étourdissante de Sean Penn, tour à tour attachant, inquiétant, pathétique. Il compose un personnage complexe, jamais réduit à une posture nonobstant sa démesure. À ses côtés, la nouvelle garde féminine irradie : les révélations Chase Infinity et Teyana Taylor, d’un naturel confondant, injectent au récit une intensité émotionnelle, une vérité organique qui fait toute la différence entre le grand cinéma et le simple « bon film ».
La mise en scène, d’une précision rare, maintient un rythme constant malgré la durée-fleuve (2h40). Le réalisateur prouve qu’un métrage long peut être tendu, fluide et vivant à chaque instant. La séquence (d’anthologie, osons le mot) de course-poursuite finale restera sans doute dans les annales du septième art : un morceau de bravoure qu’on rangera sans rougir aux côtés de Bullitt, The French Connection, Matrix Reloaded ou Mad Max : Fury Road. Montage d’orfèvre, tempo de métronome, tension pure : le quinquagénaire transforme la vitesse en matière poétique. Et sur l’écran Imax, ça claque !
Tout, absolument tout, respire la virtuosité : chaque plan, chaque son, chaque silence nous laissent pantelant d’admiration. Une véritable leçon de cinéma. Quant à la composition musicale de Jonny Greenwood, compagnon de route de PTA depuis There Will Be Blood, elle parachève cette œuvre totale. Sa partition, à la fois discrète et essentielle, accompagne cette masterclass comme une respiration intérieure qui maintient le spectateur en apnée.
One Battle After Another s’impose autant comme un brûlot assumé que comme un blockbuster d’auteur convoquant l’action, la comédie et le drame : ample, maîtrisé, limpide, nécessaire. Un divertissement de grande qualité qui confirme Paul Thomas Anderson comme l’un des rares cinéastes à savoir encore allier ambition artistique et lucidité politique.
Note : ★★★★★
Critique : Professeur Grant

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