mercredi 15 mai 2013

In Darkness



Lvov, Pologne 1944: les nazis ordonnent l'épuration du ghetto. Des habitants creusent un tunnel sous leur maison pour rejoindre les égouts de la ville espérant y trouver refuge. Hélas, ils tombent sur Leopold Socha, un employé municipal devenu contrebandier. Flairant la bonne affaire, ce dernier accepte de cacher onze de ces fugitifs moyennant une dîme quotidienne. Mais petit à petit, Leopold va mettre sa vie et celle des siens en danger, afin de protéger "ses Juifs". Et ce, même quand l'argent vient à manquer.





Un film qui sort d’abord en dvd/blu-ray et puis au cinéma? C’est rare mais cela existe. Dernier en date, «In Darkness» («Sous la ville» en français ou «W ciemności» en polonais) le long-métrage de la réalisatrice Agnieszka Holland à qui l’on doit «The Secret Garden» et «Total Eclipse». On a un peu du mal à comprendre la stratégie commerciale du distributeur mais toujours est-il que l’œuvre vaut absolument le détour en salle.

Le hic, c’est qu’elle est jouée dans seulement deux cinémas dans le royaume: à Flagey pour les Bruxellois et au Cartoons pour les Anversois. Le sud du pays, lui, peut aller gentiment se brosser! Et c’est bien dommage car il s’agit bien d’un superbe film, par ailleurs nominé aux Oscars en 2012 dans la catégorie «Meilleur film étranger». Il faisait face à notre «Bullhead» (Rundskop) national, au canadien «Monsieur Lazhar» et au chef-d’œuvre iranien «Une Séparation», lequel est finalement reparti avec le fameux trophée. Entièrement mérité.

Mais pourquoi In Darkness a-t-il mis autant de temps à sortir chez nous? Mystère et boule de gomme! Un comble quand on voit la qualité du métrage et quand on sait que d’innombrables bêtises sortent chaque semaine sur les grands écrans du pays. En deux mots, l’histoire tourne autour d’un groupe de Juifs réfugié dans les égouts de la ville polonaise de Lvov en 1944. Ceux-ci dépendent pour leur survie d’un employé municipal devenu contrebandier. Moyennant une dîme, il les cache des Nazis. Mais l’argent vient vite à manquer…

La réalisatrice prend son sujet inspiré de faits réels à bras-le-corps, refuse toute dramatisation, évite l’écueil du pathos, particulièrement tentant lorsqu’il s’agit de tragédie humaine, et a la bonne idée de prendre le temps pour donner de la chair aux nombreux personnages de ce récit poignant. Les parts d'ombre et de lumière de chacun se dévoilent progressivement «sous la ville», dans la noirceur des sous-sols de Lvov. On regrettera juste quelques longueurs à plusieurs moments.

Sans atteindre le niveau «chef-d’œuvresque» de The Schindler’s List de Steven Spielberg, Agnieszka Holland tire tout de même une œuvre remarquable sur un thème sensible sans jamais verser dans le misérabilisme et en n'usant pas d'artifices tire-larmes. En essayant toujours de trouver le ton juste ainsi que le traitement honnête et réaliste avec les faits que cette fiction relate, la réalisatrice parvient à retracer de façon captivante un épisode méconnu de la seconde Guerre mondiale. Elle arrive en outre à relever la gageure technique et narrative qu’impose le récit: filmer dans la pénombre et captiver le spectateur sur un groupe de survivants claquemurés dans un endroit clos: les égouts. Un œuvre essentielle.

Note:★★★
Critique: Professeur Grant

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