mercredi 30 octobre 2013

Behind The Candelabra



Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l'excès, sur scène et hors scène. Un jour de l'été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d'âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. "Ma Vie avec Liberace" narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique.





Dans le style stakhanoviste, on connaissait Woody Allen avec ses livraisons annuelles. Notons-le en passant, son dernier 'Blue Jasmine' avec Cate Blanchett est une petite perle immanquable. L’autre cinéaste adepte des tournages qui s’enchaînent, c’est Steven Soderbergh. Récemment, il nous a servi du bon avec ses incursions dans le monde virale et pharmaceutique (Side Effects ou encore Contagion) comme du moins bon lorsque celui-ci s'est mis à pasticher le film d’action de série b (le désastreux Haywire).

Aujourd’hui, ce dernier nous invite à partir à la rencontre du pianiste de variétés virtuose Liberace, alias Michael Douglas, et de son toy boy incarné par Matt Damon. Deux acteurs virils qui cassent leur image, sortent de leur zone de confort en se situant là où on ne les attendait pas, c’est-à-dire dans une histoire d’amour résolument gay. Plus que dans n’importe quelle autre œuvre de Soderbergh, la force du film réside dans le casting.

L’artiste français Georges Braque assertait naguère que le talent ne confine au sublime que lorsqu’il s’alliait à l’enthousiasme. Et il avait vu juste. Alors que d’aucuns pensaient que le fils de Kirk Douglas avait tiré sa révérence, voilà-t-il pas que ce vieux briscard leur fait un pied-de-nez en interprétant une grande folle des 70's avec un plaisir non dissimulé. Un choix peu évident pour le réalisateur et pourtant, il ne s’y est pas trompé. L'auguste Michael Douglas, en tout point majestueux, renaît.

Basculant sans cesse entre le sens de la mesure et de la démesure, l’éternel Gordon Gekko de 'Wall Street' livre une performance phénoménale. Sa composition fine et intelligente soulignant la dimension humaine du pygmalion permet au métrage de ne jamais sombrer dans un pastiche de 'La Cage aux Folles'. Pour lui répondre, Matt Damon, lover à la crinière blonde peroxydée, est parfait. Le comédien a trouvé le ton juste pour faire vivre son personnage face aux fanfaronnades de Liberace. 

Au-delà de leur métamorphose physique, les deux acteurs sont époustouflants. Ils auraient dû repartir de Cannes, où le long métrage a été projeté en compétition, avec un double prix d’interprétation. C’est finalement leur compatriote Bruce Dern (le papa de Laura de Jurassic Park) qui a ravi la récompense pour son rôle dans le 'Nebraska' d'Alexander Payne (About Schmidt, The Descendants). Tant pis. 

Mélodrame rococo et satire acide de l'industrie du spectacle, 'Behind The Candelabra' est avant tout une belle histoire d’amour au masculin. Avec cette biographie tragi-comique sur écran, Steven Soderbergh parvient à sortir des carcans du biopic classique et offre un portrait haut en couleur et sans complaisance de Liberace tout en assurant une reconstitution méticuleuse et splendide de l'environnement baroque du pianiste. Clinquant, kitsch, extravagant, le metteur en scène a toutefois le bon goût d’éviter l’écueil de la caricature. 

Nonobstant une distribution quatre étoiles et la caméra d’un réalisateur chevronné, le projet a été refusé par toutes les majors hollywoodiennes car jugé trop... gay. C'est finalement l’audacieuse chaîne privée HBO, à qui l’on doit des séries de qualité comme 'Six Feet Under', 'Band of Brothers' ou encore 'Mildred Pierce', qui l'a produit pour la télévision. Un pari réussi. Après un triomphe sur la Croisette, l'oeuvre est finalement sortie dans les salles obscures de nombreux pays. Une revanche pour la production et l’occasion pour l’équipe du film de faire la nique aux studios américains.

Enfin, 'Behind The Candelabra' est aussi une bien belle sortie pour Steven Soderbergh qui, avec ce métrage, met un terme à sa filmographie. Du moins, jusqu’au jour où il reprendra sa caméra. Le mille fois «retraité» Luc Besson a déjà tourné six fictions depuis la «fin de sa carrière au cinéma». Bref, pas de quoi s’inquiéter!

Note:
Critique: Professeur Grant

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