mercredi 13 mai 2015

Mad Max: Fury Road


Hanté par un lourd passé, Mad Max estime que le meilleur moyen de survivre est de rester seul. Cependant, il se retrouve embarqué par une bande qui parcourt le désert à bord d'un véhicule militaire piloté par l'Impératrice Furiosa. Ils fuient la Citadelle où sévit le terrible Immortan Joe qui s'est fait voler un objet irremplaçable. Enragé, ce Seigneur de guerre envoie ses hommes pour traquer les rebelles impitoyablement…





Bis repetita ne placent pas toujours! Pour autant, il y a de ces suites qui nous intriguent. Ainsi, d’aucuns attendent avec impatience le retour des Jedis (Star Wars: The Force Awakens), des machines (Terminator: Genisys) ou des dinosaures (Jurassic World). Pour nous, 2015 est synonyme de come-back d’un héros qu’on n’osait même plus espérer revoir: Mad Max. Plus de dix ans que votre scribe préféré patiente! D’abord annoncé avec l’éternel Mel Gibson, ensuite avec Sam Worthington, puis feu Heath Ledger, c’est finalement Tom Hardy qui fut choisi. Amateur de la saga, on a validé. D’emblée. Car on connaît le talent du comédien. Il n’est plus à démontrer. Ceux qui ont vu «Bronson» de Nicolas Winding Refn (Drive) comprendront. 


Derrière la caméra, George Miller rempile; un réalisateur de génie que l’on ne voit pas assez souvent malheureusement. Après avoir ébranlé la communauté cinéphile dans les années 80 avec sa trilogie «Mad Max», l’homme a opéré un virage déroutant à 180 degrés durant les deux décennies suivantes avec des divertissements familiaux des plus… originaux. Voyez plutôt: les deux «Babe» (le cochon devenu berger – ça ne s’invente pas!) et les deux «Happy Feet» (les pingouins danseurs – ça ne s’invente pas – again!). Autrement dit, il était temps que l’Australien arrête de déconner et remette les pieds sur les terres désertiques afin d’imaginer de nouvelles péripéties à son antihéros!

Sorti exceptionnellement un jeudi - le 14 mai dernier - histoire de laisser la première européenne se dérouler durant le Festival de Cannes (pour l’anecdote: un caprice exigé par les organisateurs de cette messe cinématographique), «Fury Road» est davantage une nouvelle variation sur le mythe de Mad Max qu’un simple remake ou reboot. Ainsi, même s’il est raccord avec les premiers longs métrages, il ne faut pas avoir vu la trilogie originelle pour déguster ce quatrième épisode. 

Un nouvel opus qui s’apprécie dès les premières minutes. C’est que le film est lancé à toute allure et jamais ce dernier ne s’arrêtera. Aucun temps mort. Aucune perte de vitesse. Pas une minute de répit pour le spectateur, cloué sur son siège. Pas moyen de reprendre son souffle non plus. Car le metteur en scène a pensé son métrage comme une longue course-poursuite sauvage de deux heures avec des séquences époustouflantes qui surpassent de loin - mais alors de très loin - les scènes déjà folles du deuxième volet. 

Plus fast et nettement plus furious que n’importe quel divertissement spectaculaire du moment, le réalisateur défonce en sus les autres franchises centrées autour des bolides. Le messie Vin Diesel et ses apôtres peuvent définitivement aller se rhabiller. Miller les surpasse, repense l’entertainment, redéfinit le spectaculaire et injecte de la nitro là où ça manque de punch. Ne cherchez plus, le King de la route, c’est lui! Son «Fury Road» est résolument contemporain et ne ressemble pour autant à aucune grosse machine actuelle.

Après un tournage chaotique débuté à l’été 2012 et la nécessité de produire de nouveaux reshoots, tout laissait à penser que MM4 fonçait droit dans le mur. Encore un film à la production houleuse qui accouchera finalement d’un résultat médiocre, se disait-on d’un air dépité. Que nenni! George Miller a juste pris son temps pour fignoler correctement son œuvre apocalyptique. Et le résultat lui donne raison.

On retrouve donc avec plaisir le fameux «Road Warrior». Ni tout à fait le même que dans les eighties, ni tout à fait opposé. En réalité, le metteur en scène a réussi à faire du neuf avec du vieux. Après trente années d’absence, ce dernier réinvestit son héritage, le repense tout en redéfinissant le cinéma d’action. Et ce avec les technologies actuelles. Oubliez la production fauchée mais virtuose de la trilogie. Cette fois-ci, le cinéaste a pu placer sa caméra où il le souhaitait ce qui donne des plans hallucinants avec des carambolages de «ouf». Le tout servi avec une irréprochable direction photo.

C’est d’autant plus incroyable que Miller a mis un point d’honneur à travailler à l’ancienne, soit avec un minimum d’images de synthèse et un maximum de cascades spectaculaires. Question d’authenticité, dira-t-il. Ce qui donne in fine un rendu des plus réalistes, qualité qui fait cruellement défaut aux blockbusters actuels. Sans trop s’en rendre compte, le maestro balance un trip visuel halluciné, survitaminé, sous acide. Il empêche toute comparaison possible. Avec ses septante balais affichés au compteur kilométrique, le réal visionnaire boosté à l’adrénaline est plus en forme que jamais. C’est avec une joie immense que le cinéphile assiste à ce qui s’apparente à une véritable cure de jouvence sur le grand écran. 

Déchainé, le septuagénaire met en scène un opéra nihiliste rageur, hors norme, outrancier et bourré de séquences d’anthologie; à l’image de l’introduction hyper nerveuse qui donne d’emblée le ton et écrase tout sur son passage. Sans le vouloir, celui-ci place une nette distance entre sa virtuosité inventive et le savoir-faire sans créativité proposé par un Hollywood aux abois et en panne d’inspiration. Il signe des plans fous furieux qui enivrent autant qu’ils exaltent. 

Ecrivons-le sans ambages, ça claque, ça bastonne et ça envoie du très - très - lourd. Impossible finalement de ne pas voir en ce «Fury Road» un pied de nez bien senti à tous ces superhéros qui envahissent la grande toile sans une once d’originalité et oubliant toute forme d’ambition cinématographique. Aussi inventif que ludique, ce nouveau «Mad Max» a nettement plus de caractère que bien des superproductions surmarketées projetées en ce moment sur les écrans géants.

Comme écrasé sous le poids d’une imposante mise en scène avec le déploiement technique que cela demande, on pouvait craindre l’effacement de tout enjeu dramatique. Heureusement, grâce au tandem Charlize Theron / Tom Hardy, deux acteurs chevronnés aux larges épaules, les protagonistes ne sont pas relégués au second plan. Le duo, parfait en tout point, donne de la profondeur aux personnages respectifs et arrive, en quelques scènes, à susciter l’adhésion du spectateur. Un clin d’œil, une mimique, un geste, il n’en faut pas plus aux deux comédiens pour se distinguer dans cette orgie d’action. 

Mais si le métrage s’appelle «Mad Max», il aurait pu être titré «Imperator Furiosa» tant l’actrice sud-africaine y tient un rôle tout aussi important que son compagnon d’infortune. Disons-le tout de go, elle vole carrément la vedette au mutique Max qui ne doit pas avoir plus de dix lignes de dialogues. Cette dernière rayonne en fer de lance d’une révolte féminine. D’ailleurs, le film est résolument une œuvre féministe car, ici, ce sont les femmes échappées d’un harem qui font avancer l’intrigue et forment la solution à la terreur exercée par un immonde tyran, le cruel Immortan Joe, alias Hugh Keays-Byrne, le sadique Toecutter dans l’épisode original. 

Et dans le paysage hollywoodien, ça fait du bien de voir des personnages féminins «qui en ont» et qui ne servent pas uniquement comme faire-valoir de héros masculins. Par ailleurs, en parlant de récit, on doit reconnaître que George Miller ne s’est pas beaucoup cassé la tête avec cette histoire d’aller-retour dans le désert. Le scénario (en réalité, la production a travaillé avec un story-board dialogué en lieu et place d’un scénar’) pouvant être facilement résumé sur une carte Jump de la STIB. Cela dit, c’est là aussi le concept voulu par le réalisateur. Soit un film quasi en temps réel sur une trame sommaire d’une course-poursuite infernale. Ce que l’on perd en émotion et en complexité, on le gagne en rythme et en adrénaline.

En substance, ce délire postmoderne en met plein les mirettes, captive et rend totalement accro. Cette série B de toute grande classe plaira donc aux amateurs de la première heure et risque également d’élargir son fan club auprès d’une nouvelle génération abreuvée aux «Transformers», laquelle pourrait enfin voir un peu de cinéma dans les salles obscures une fois la saison des blockbusters venue. C’est tout le mal que l’on souhaite à George Miller qu’il nous tarde de retrouver dans un prochain «Mad Max». La suite d’ores et déjà intitulée «The Wasteland» est actuellement en préparation. On a hâte!

Note: 
Critique: Professeur Grant

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