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samedi 2 avril 2016

Batman v Superman: Dawn of Justice


Craignant que Superman n'abuse de sa toute-puissance, le Chevalier noir décide de l'affronter: le monde a-t-il davantage besoin d'un super-héros aux pouvoirs sans limite ou d'un justicier à la force redoutable mais d'origine humaine? Pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l'horizon…





 
Circulez, il n’y a rien à voir! Si ce n’est un navet de tout premier choix. Ne cherchez plus, on a trouvé le nanar de l’année. Zack Snyder s’en est chargé avec le daubesque «Batman v Superman: Dawn of Justice» (BvS). Oui, c’est très mauvais. Non, il n’y a presque rien à sauver. Pourri jusqu’au trognon, celui qui s’annonçait comme le blockbuster du printemps à ne surtout pas manquer ne mérite finalement pas votre déplacement dans une salle obscure et encore moins vos petits deniers. Gardez-les précieusement pour un autre film, comme «10 Cloverfield Lane» par exemple, vous nous remercierez.

Dès le début, le réalisateur s’enlise dans le ridicule. Après seulement quelques secondes, on s’énerve déjà sur un plan con-plètement-con. En clair, on nous ressert la mort des parents du jeune Bruce Wayne avec une scène risible au possible: l’enfant sort d’une grotte en volant grâce aux mouvements de milliers de chauve-souris. La messe est dite. Si une séquence astucieuse rendant compte des troubles post-traumatiques liés au 11 septembre, toujours bien présents dans le cinéma hollywoodien, vient sauver cette amorce un peu pénible, et permet, en outre, de lier ce «Dawn of Justice» avec «Man of Steel», le reste du long métrage relève davantage du super pétard mouillé que de la superproduction super-héroïque.

En substance, la cape noire en veut à la cape rouge parce que ce dernier n’a rien trouvé de mieux que de dynamiter une ville entière lors de son affrontement épique avec le super-vilain-pas-beau kryptonien, Zod. Ladite métropole étant Gotham City avec notamment le building de la Wayne Entreprises totalement ravagé. En soi, l’idée n’est pas mauvaise et permet d’appréhender le fameux côté obscur du chevalier noir, antagoniste de choix pour le plus ennuyeux Kal-El, aussi lisse dans sa psychologie que glabre sur son visage. Mais voilà, ça ne fonctionne pas. La greffe des deux protagonistes ne prend pas. Avant la dernière demi-heure du métrage, laquelle défonce tout sur son passage, ça bande plutôt mou.

Pourquoi ? Parce que le récit est famélique avec son cruel manque d’idées et d’enjeux. En outre, le scénario se perd dans des prêchi-prêcha et autres élucubrations politico-religieuses, et pèche par sa seule ambition d’ouvrir les portes à un univers partagé qu’on découvrira dans «Justice League», entendez le «Avengers» de chez DC Comics. De cette manière, les allusions aux Flash, Aquaman et Cyborg tombent comme un cheveu dans la soupe. Même l’ajout de Wonder Woman, pourtant pas inintéressante en soi, déçoit car son histoire n’est pas assez fouillée. En réalité, l’amazone ne dépasse pas le statut d’accessoire sexy pour une bande-annonce bad ass. A quoi bon alourdir une intrigue déjà bancale si ce n’est pour en faire que de la figuration ? Par ailleurs, on ne se montrera pas ému pour un sou lors d’un dénouement qui se veut sensible mais qui sonne davantage comme une délivrance pour le spectateur, assommé par tant d’âneries, estourbi par l’indigeste gloubi-boulga d’effets-spéciaux qu’il a subi.

Car Snyder n’a définitivement rien retenu des critiques faites à son encontre lors de la sortie de «Man of Steel». On lui avait pourtant dit d’arrêter de prendre Michael Bay (Transformers) comme modèle. Rien à cirer. Voilà-t-il pas que le réalisateur se démène à anéantir une nouvelle fois une ou plusieurs métropole(s) - on ne sait pas trop tant la mise en scène est brouillonne et fébrile. Si certains CGI ont de la gueule, d’autres rappellent davantage un jeu vidéo bas de gamme. Car c’est là le problème. La frontière entre ces deux médiums est de plus en plus ténue. Mais force est de constater que l’industrie vidéoludique, qui s’est toujours inspirée du septième art, se montre de plus en plus innovante, tandis que le cinéma, lui, se contente davantage de singer l’univers des gamers. Ou quand le serpent se mord la queue…

Si encore cette tambouille était allégée à la sauce humoristique, on serait plus indulgent. Juste une pincée de second degré par-ci, un zeste d’esprit par-là, rien de bien méchant. On ne demande pas la lune après tout. Nenni! Ce sera du sérieux, du solennel, du pompier, du début à la fin. Point. Bref, une porte ouverte aux sarcasmes. Et c’est légitime tant on se fout royalement de ce qu’il se trame. Dommage car de nombreuses productions mettant en scène des héros masqués ont réussi la gageure de pouvoir divertir tout en écorchant au passage un petit sourire au spectateur. Leurs zygomatiques se souviennent encore des délires plutôt sympas qu’ont été la récréation «Guardians of the Galaxy» en 2014, le petit mais costaud «Ant-Man» en 2015 ou encore, plus récemment, l’irrévérencieux «Deadpool». Trois preuves qui indiquent qu’humour et bal costumé ne sont donc pas incompatibles.

On est vraiment désolé de voir un tel gâchis. Surtout pour Ben Affleck, tellement décrié en amont du tournage, lequel fournit ce qu’il faut d’âme, de charisme et de muscles pour incarner Bruce Wayne et son vigilante d’alter-ego. Lui et Henry Cavill, le fameux Homme d’acier, ne déméritent pas tout comme le survitaminé Jesse Eisenberg interprète un formidable Lex Luthor qui aurait abusé du glucose, avec son phrasé mitraillette et sa dégaine de sociopathe. C’est bien là la seule qualité de cette nanardise qui s’oublie aussitôt. Des talents gâchés par une intrigue qui n’intrigue pas, des dialogues plus-creux-tu-meurs, des rebondissements inexistants et des scènes d’action aussi chiches que miteuses.

A force de vouloir tâter le terrain pour fortifier les bases d’un DC Comics Cinematic Universe qui accueillera prochainement d’autres protagonistes aux pouvoirs mystérieux, BvS en oublie de construire sa propre structure. Du coup, le film est bancal, instable et impersonnel. A force de s’éparpiller dans tous les sens, même Zack Snyder ne s’y retrouve plus. Au niveau scénaristique, sa série B se disperse dans différents arcs narratifs qu’il n’exploite qu’à moitié. Certaines idées méritaient d’être approfondies comme le procès de Superman tandis que d’autres n’apportent strictement rien comme les rêves/ visions de Batman.

Sur le plan de la mise en scène, ça manque clairement d’harmonie. Là où «Watchmen» se montrait cohérent de bout en bout avec ces fameux tableaux dépeints au ralenti, BvS brasse large et emprunte à tout mais surtout à n’importe quoi. On a droit à des money shots spécialement shootés pour la bande-annonce tandis que le reste de la réalisation se fait en mouvement, et si possible, de façon diffuse histoire de provoquer chez le spectateur, si ce n’est la gerbe, au moins la migraine. Le cinéaste nous gratifie d’une mise en image épileptique. Résultat: on n’y voit plus rien. Le montage est réellement catastrophique. Le climax est tellement irregardable qu’il devrait être sponsorisé par Aspirine ou Motilium. On ne vous parle même pas de la créature abominable qui vient alimenter le final, on ne s’en remet toujours pas. Moche. Nul. Pathétique.

En définitive, la déconvenue est totale pour ce qui était annoncé comme un grand spectacle et qui se veut en fait… anti-spectaculaire. Publicité mensongère ? Plutôt que de prendre à bras le corps le véritable sujet de son film, à savoir l’affrontement promis dans le titre entre une chauve-souris et un slip rouge, Snyder se perd dans la confection d’une (beaucoup trop) longue bande-annonce de 2h30 conçue pour promouvoir le DC Comics Cinematic Universe. On (n’)attendra (pas) les Wonder Woman, Aquaman, Flash Gordon et compagnie. Par ailleurs, on ne lui pardonnera pas d’avoir saboté des scènes majeures comme la réconciliation entre les deux figures emblématiques: (attention, spoiler de ouf!) ceux-ci deviennent ami-ami en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire grâce à un léger quiproquo sur le prénom de leur mère. Trois mots suivis d’un point d’interrogation: WHAT THE FUCK ? 

Note: 
Critique: Professeur Grant

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