Sully



Le 15 janvier 2009, le monde a assisté au "miracle sur l'Hudson" accompli par le commandant "Sully" Sullenberger : en effet, celui-ci a réussi à poser son appareil sur les eaux glacées du fleuve Hudson, sauvant ainsi la vie des 155 passagers à bord. Cependant, alors que Sully était salué par l'opinion publique et les médias pour son exploit inédit dans l'histoire de l'aviation, une enquête a été ouverte, menaçant de détruire sa réputation et sa carrière.











Jeudi 15 janvier 2009. 15h26. Il fait un froid de canard. L’Airbus A320 du vol 1549 décolle de l’aéroport international de LaGuardia, dans le Queens, à destination de Charlotte, en Caroline du Nord. Le commandant Chesley Sullenberger, dit Sully, et son copilote Jeffrey Skyles sont aux manettes. 150 voyageurs et cinq membres d’équipage figurent parmi les passagers. 155 personnes qui ne se doutent pas un seul instant qu’elles goûteront aux eaux glacées du fleuve Hudson, au pied des gratte-ciels de Manhattan. A peine deux minutes après le décollage, un essaim de bernaches du Canada percute la carlingue. Les deux réacteurs sont hors d’usage. A 850 mètres d’altitude, Sully estime qu’il est impossible de rejoindre les pistes les plus proches. Il prend alors la décision d’amerrir. Un scénario catastrophe ? Oui. Une histoire vraie ? Aussi. Mais surtout, un happy end. 208 secondes se sont écoulées entre la collision aviaire et l’amerrissage et aucune victime n’est à déplorer. On parle depuis du « Miracle de l’Hudson ».
Un héros ordinaire accomplissant un acte extraordinaire. Du pain bénit pour Clint Eastwood qui apparaît dans son film à travers l’affiche de « Gran Torino ». L’octogénaire n’a jamais caché son obsession de dresser le portrait du parfait « American Hero ». Mais plus que cela, ce qui intéresse le réalisateur, c’est le décalage entre les actions posées et les conséquences comme dans « Flags of Our Fathers ». Ce dernier examine la question des responsabilités et inspecte leurs résonances. Et c’est ce qui fait la grande force de ce long métrage. D’une part, le cinéaste reconstitue avec minutie les événements (le décollage, l’effroi des passagers, l’amerrissage, le sauvetage périlleux, le déferlement médiatique, la remise en cause des pilotes…), et d’autre part, il décortique avec dextérité l’enquête menée par le Conseil national de la sécurité des transports. Car très vite l’exploit est mis en sourdine et l’accusation de faute grave point en filigrane. Et si l’amerrissage était la pire des solutions ? La compagnie aérienne, les assurances, les autorités, les médias, tous les intervenants veulent savoir si la perte de l’avion aurait pu être évitée.
A rebrousse-poil des courants spectaculaires très en vogue en ce moment dans l’industrie hollywoodienne, le cinéma de Clint Eastwood apparaît comme anachronique, daté d’un autre âge. L’Américain se contrefiche – à raison – des modes et des tendances et n’essaye pas de faire de l’esbroufe avec un sujet qui n’en a pas besoin. Pas de fla-fla ici. Ce dernier choisit la sobriété, l’efficacité là où d’aucuns fonceraient tête baissée dans le pompiérisme et les violons. Tel un maestro cherchant la parfaite mélodie, son « Sully » sonne juste. Du début à la fin. D’ailleurs, les fausses notes sont absentes du récit particulièrement intelligent de Todd Komarnicki, lequel réussit le tour de force de captiver le tout-regardant avec une histoire qui se joue en moins de sept minutes. Construit sur deux tableaux, le vol et l’enquête, son scénario scrute et détaille la psychologie des personnages à coup de flash-back pertinents. Aidé d’un montage précis dans la découpe dramaturgique et d’une distribution quatre étoiles où Tom Hanks et Aaron Eckart, sobres, humains, touchants de naturel, bref au diapason, sortent le grand jeu, « Sully » s’affiche comme le grand film du moment.


Note:


Critique: Professeur Grant

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