Recherche

lundi 23 janvier 2017

La La Land

Au coeur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent... Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d'Hollywood ?





Prélude
Bien que ‘La La Land’ porte la dénomination de « film », ce long-métrage est une véritable œuvre d'art, une expérience visuelle et sonore unique en son genre, une remarquable déclaration d'amour au septième art. Porté par un casting talentueux et une musique proche de l'accord parfait, Damien Chazelle (l'excellent 'Whiplash') se hisse sans trop de mal au rang de meilleur réalisateur actuel (son Golden Globe en janvier le confirme) et se pose en persona grata dans le cœur des cinéphiles.

Si l'idée d'aller voir une comédie musicale nous angoissait, les visages rayonnants du tandem principal ont bien vite chassé la peur de voir débarquer des scènes de chant ex abrupto. Si certains réalisateurs gâchent leur talent dans des reboots intéressés (à défaut d’être intéressants), Damien Chazelle se lance quant à lui le défi herculéen de ressusciter un genre : celui de la comédie musicale Hollywoodienne. Après vision de son dernier long-métrage, nous nous disons que le jeune prodige du cinéma américain a bien révisé. Il a compris le principe-clé de la comédie musicale : les chansons interviennent quand l’émotion ne peut plus être retranscrite par des mots. Ainsi, quand Gene Kelly commençait à danser, c'est parce qu'il ne savait s'exprimer autrement. Un principe simple avec lequel les réalisateurs de 'Rock of Ages' (2012) et 'Mamma Mia' (2008) n’étaient visiblement pas au clair.

Le cœur de ‘La La Land’
Avec son époustouflante ouverture fellinienne, ses scènes poétiques, ses transitions créatives, ses numéros de danse, ‘La La Land’ sort des sentiers battus. Une de ses forces est sans conteste son universalité. Le-la spectateur-trice n'a aucun mal à s'identifier aux personnages principaux. Centré sur la poursuite des rêves plutôt que sur une histoire d'amour – comme le cinéma en regorge – ‘La La Land’ raconte l'histoire de deux jeunes artistes dont les destinées vont se croiser. Le film nous incite à réfléchir sur l'équilibre à trouver entre aspirations mirobolantes et vie sentimentale.

Hat tip
Quelle autre ville que Los Angeles pour accueillir cette histoire de temps qui passe (souvenez-vous de la chanson “As time goes by” dans ‘Casablanca’)? Les hommages sont trop nombreux pour tous les citer tant cette oeuvre se montre riche (les sets des grands studios, les posters dans la chambre de Mia, les fresques/graffitis dans les rues, etc). Les références à Fred Astaire et Ginger Rogers pleuvent aussi, l’hommage au cinéma de Gene Kelly ('Singin' in the Rain', 'An American in Paris') est évident, celui au cinéma de Jacques Demy ('Les parapluies de Cherbourg', 'Les demoiselles de Rochefort') l’est tout autant.

Chaque grande histoire d’amour a sa bande originale. ‘La La Land’ a bénéficié de la baguette du talentueux Justin Hurwitz, le colloc’ d’études de Damien Chazelle. Le compositeur signe un BO céleste et s’offre même le luxe de reprendre une de ses compositions de ‘Whiplash’ : “When I wake”.

Les stars
Deux heures par jour, six jours par semaine, pendant trois mois. Ce fut le temps nécessaire à Ryan Gosling pour apprendre les morceaux au piano par cœur (aucune doublure à ce niveau). Une telle implication – à l’instar de celle de Miles Teller dans le précédent film de Chazelle – force le respect. Une volonté du réalisateur qui souhaitait tourner à l'ancienne sans coupes ni editing. Gosling épata tout le monde sur le tournage, y compris son partenaire à l’écran John Legend ; pourtant musicien de formation. Très impliqué artistiquement parlant, l’acteur qui débuta au Mickey Mouse Club a ajouté des répliques personnelles pour donner plus d’authenticité à ses propos. Par ailleurs, il incarne sans mal un personnage à la classe équivalente à celle d’un Rick Blaine (Humphrey Bogart dans 'Casablanca').
Que dire de la prestation d’Emma Stone si ce n’est qu’elle est prodigieuse? La scène de l’audition interrompue force le respect. Chapeau bas à la comédienne pour cette mise en abyme du métier d’acteur. Gosling, Stone, Stone, Gosling. Quand ces deux-là se regardent, nous nous disons que l’alchimie dont ils font preuve est le fruit de deux précédentes collaborations ('Crazy Stupid Love' & 'Gangster Squad'). Le film n’aurait jamais fonctionné sans de si talentueux acteurs/bourreaux de travail. Si Emma Stone est l’essence de ‘La La Land’, Ryan Gosling en est le souffle. Hollywood s’impose en troisième personnage de ce triangle amoureux.

Le maestro
Avec ‘La La Land’, Damien Chazelle ('Whiplash', 'Guy and Madeline on a Park Bench') dépoussière son projet-phare. Un projet sur lequel lui et Hurwitz travaillaient il y a six ans déjà dans leur logement universitaire. Si Chazelle n’a pas son pareil pour filmer la musique, il se révèle être un admirable conteur. Avec sa réalisation maîtrisée, il donne un nouveau souffle à un monde bien vintage.
Un parallèle peut d’ailleurs être établi entre le protagoniste qui s'évertue à vouloir sauver le jazz d’une extinction inéluctable, et le réalisateur qui s'essaie ici à un genre éteint. In fine, ‘La Land Land’ est autant un hommage qu'un renouveau du genre.

Le mot de la fin
Damien Chazelle compose une partition magique et nostalgique sans aucun bémol à la clé, et qui devrait logiquement entrer dans le panthéon du cinéma américain. Premier film à être récompensé de sept Golden Globes, ce vibrant hommage qu'est 'La La Land' – qui part favori aux Oscars le mois prochain – laissera les spectateur-trice-s béat-e-s. Même celles et ceux qui ne sont pas féru-e-s de comédies musicales se verront éclaboussé-e-s par le trop plein d'euphorie et de couleurs, et par le tourbillon d’émotions qui font de ‘La La Land’ un instant classic.

Au sortir de la projection, vous vous surprendrez à taper du pied et à siffler “City of stars” en regagnant votre domicile. 'La La Land' prouve également que la comédie musicale n'a pas encore donné son requiem. Tantôt audacieux, tantôt retro, tantôt drôle, tantôt romantique, 'La La Land' est un éblouissant exercice de style. Difficile d'imaginer qu'un autre film cette année puisse nous amener aussi près des étoiles de la cité des anges. 

Note : ★★★★★
Critique : Goupil
Relecture : Choupette


Autre critique, autre point de vue - "La La Land" vu par le Professeur Grant:


Intro

« Magnifique », « Incroyable », « Magique », « Chef-d’œuvre », « Un triomphe », « Le meilleur film de l’année »… La critique internationale s’époumone à qui mieux mieux pour dénicher le superlatif idoine qui viendra trôner fièrement tout en haut de l’affiche du film « La La Land ». Le tapage médiatique assourdissant prend de plus en plus un ton comminatoire. Comme si le spectateur lambda se devait d’apprécier ce long-métrage encensé par la presse et adulé par le grand public. Rassurez-vous, nous ne nous permettrons pas de flagorner une œuvre  - qu’on a certes appréciée, mais de là à galvauder un mot si précieux tel que « chef-d’œuvre », il n’y a qu’un pas que nous ne franchissons pas - uniquement dans l’intention de participer à cette joyeuse unanimité.


On a bien aimé

On a bien aimé. Oui, c’est vrai. On a adoré le peps de la séquence d’ouverture, la mise en scène virevoltante de Damien Chazelle (l’excellent Whiplash), l’interprétation ébouriffante d’Emma Stone, le flegme habituel de Ryan Gosling, les chorégraphies vertigineuses dispensées par Mandy Moore, les compositions musicales énergiques de Justin Hurwitz, les costumes et décors aux couleurs vives, l’imagerie rétro-chic, le lyrisme exaltée, la séquence finale et sa fantasmagorie. Tout ça a suscité d’emblée notre adhésion au sortir de la projection. C’est certain, « La La Land » regorge de qualités et elles méritent d’être saluées lors de la prochaine cérémonie des Oscar car on a vécu un grand moment de cinéma. Un spectacle total, bluffant tant sur le plan musical que visuel.

Mais pour qu’on puisse crier au chef-d’œuvre, il faudrait que ladite œuvre soit irréprochable. Or, si elle touche au sublime à de nombreux instants, si la grâce absolue n’est qu’à quelques pas de claquettes, plusieurs pierres d’achoppement viennent toutefois ternir l’image faussement magique que nous sert la promotion à coup de citations de journalistes acquis à la cause. Loin de nous l’idée de jouer les rabat-joie, juste l’envie de ne pas taire l’évidence, juste le désir de ne pas s’aveugler devant une quelconque liesse populaire. Par respect pour l’œuvre présente, mais aussi par honnêteté intellectuelle vis-à-vis de celles déjà passées sous notre plume. « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie », dixit Albert Londres.


On n'a pas aimé

On n’a pas aimé. Oui, c’est vrai. On se montre particulièrement réservé par rapport à quelques scènes de comédie musicale. D’emblée, on conseille de se focaliser sur les images plutôt que sur les sous-titres. L’intérêt est davantage visuel, la qualité des textes laissant parfois à désirer. On est étonné de voir que certaines séquences chantées apparaissent à l’écran comme de bancals numéros de playback. C’est regrettable. Aussi fâcheux que de remarquer un fusil en caoutchouc dans une « gunfight » d’un film d’action. Le métrage perd alors de sa superbe. Par ailleurs, on ne peut nier une baisse de régime dans la deuxième partie du film, lequel perd son rythme. En cause : des scènes tirées en longueur et une tendance du réalisateur à se regarder filmer.

Enfin, on reste circonspect quant à l’histoire. Sans trop en dévoiler (spoiler), on imagine mal comment deux tourtereaux peuvent aussi facilement délier leur amour. Damien Chazelle nous explique en long et en large que leur union est fusionnelle, mais prend une scène pour défaire ce qui a été longuement construit. Les personnages ne se donnant aucune chance. Si on voit bien où le metteur en scène veut en venir (les rêves ont un prix), on s’étonne des proportions entre la love-story insouciante et féerique et la mélancolie liée aux douces chimères des protagonistes. Le récit ne tient donc pas toutes ses promesses, comme si l’auteur avait une idée très précise de sa conclusion, magistrale, rappelons-le, mais éprouvait quelques difficultés à y parvenir. On reste perplexe.


Outro

Au petit jeu futile mais ô combien ludique des notes étoilées si chères à la critique cinématographique, on ne souhaite donc pas participer à cette générosité ambiante et lui en offrir quatre sur les cinq potentielles. Tout comme l’octroi de trois petites étoiles serait un jugement beaucoup trop sévère à notre goût. Alors, que fait-on ? Pas le choix, on prend ses responsabilités et on tranche dans le lard. Afin de rétablir quelque peu l’équilibre dans ce salmigondis d’avis euphorisants et autres critiques enthousiastes, on se fera l’avocat du diable et on notera un brin à contre cœur… 3/5. Lire « un très bon film » malgré tout. Crime de lèse-majesté ? Allez, sans rancune ! Oh, et puis non… Soyons fous : 4/5. Bref, nous nous sommes compris.

Critique: Professeur Grant

Bonus round : le clip officiel  


Aucun commentaire:

Publier un commentaire