jeudi 9 mars 2017

Noces



Zahira, belgo-pakistanaise de dix-huit ans, est très proche de chacun des membres de sa famille jusqu’au jour où on lui impose un mariage traditionnel. Ecartelée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté, la jeune fille compte sur l’aide de son grand frère et confident, Amir.








De la petite lucarne au grand écran, il n’y a qu’un pas que Stephan Streker franchit allègrement. C’est que le Bruxellois qui officie sur la Rtbf comme consultant foot est avant tout un cinéphile averti qui cite notamment Jean Renoir ou encore Asghar Farhadi ; « Une séparation » étant son film de chevet. D’ailleurs, ce n’est pas son premier coup d’essai dans le monde du septième art. Après « Michael Blanco » et le remarqué « Le monde nous appartient », celui qui a également été journaliste de cinéma reprend la caméra pour son troisième long métrage : « Noces ».

Déjà sorti en France où il a été accueilli avec des critiques dithyrambiques par la presse hexagonale, le film raconte l’histoire de Zahira, une belgo-pakistanaise de dix-huit printemps tiraillée entre les exigences de ses parents, son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté. En réalité, le scénario est très librement inspiré de l’affaire Sadia Sheikh qui secoua l’opinion publique en 2007. Rétroactes. La jeune fille a été tuée par son frère parce qu’elle aurait déshonoré sa famille en refusant un mariage forcé au Pakistan.
Sujet inflammable s’il en est, le réalisateur en tire un drame sensible et puissant où il est finalement très peu question de religion. Car c’est l’honneur, les traditions ou encore les apparences qui importent dans ce récit. Sans manichéisme et avec beaucoup de pudeur, Stephan Streker parvient à transcender le fait divers pour en faire une véritable tragédie grecque. Ce dernier n’accuse personne mais cherche à comprendre les motivations de chacun.
« Comme dans une tragédie grecque, c’est la situation qui est monstrueuse, pas les personnages », dit-il. « Je me suis intéressé avant tout à l’intime de chacun des intervenants de cette tragédie qui sont tous le siège d’enjeux moraux très puissants. Les liens qui unissent les membres de la famille sont des liens d’amour sincère. Et pourtant, tout le monde est écartelé. A commencer par Zahira ».
Et le spectateur s’identifie d’emblée à cette Antigone d’aujourd’hui en quête de liberté grâce à l'immense talent de son interprète. Devant l’objectif, Lina El Arabi se révèle fascinante dans un rôle pas si évident. Écrivons-le sans ambages, elle est la révélation du film. Nul doute qu’on la reverra très bientôt sur le grand écran.
Cinéaste de l’intime avec sa caméra au plus proche des protagonistes, Stephan Streker capte, avec une belle justesse dans le geste, la moindre émotion et ce sans artifices. Il n’y a par exemple aucune musique extradiégétique, ceci amplifiant du coup le rendu hyper réaliste.
Bref, avec « Noces », ce dernier signe autant un film choc qu’une œuvre importante - surtout à l'heure actuelle - d’une grande subtilité. On s’attend d’ores et déjà à un carton l’année prochaine lors de la cérémonie des Magritte du cinéma. Implacable!
Note:
Critique: Professeur Grant

Aucun commentaire:

Publier un commentaire