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samedi 13 mai 2017

Your Name


Mitsuha, adolescente coincée dans une famille traditionnelle, rêve de quitter ses montagnes natales pour découvrir la vie trépidante de Tokyo. Elle est loin d’imaginer pouvoir vivre l’aventure urbaine dans la peau de… Taki, un jeune lycéen vivant à Tokyo, occupé entre son petit boulot dans un restaurant italien et ses nombreux amis. À travers ses rêves, Mitsuha se voit littéralement propulsée dans la vie du jeune garçon au point qu’elle croit vivre la réalité... Tout bascule lorsqu’elle réalise que Taki rêve également d’une vie dans les montagnes, entouré d’une famille traditionnelle… dans la peau d’une jeune fille ! Une étrange relation s’installe entre leurs deux corps qu’ils accaparent mutuellement. Quel mystère se cache derrière ces rêves étranges qui unissent deux destinées que tout oppose et qui ne se sont jamais rencontrées ?






I. Le cinéma d’animation : un visage protéiforme

Dominé par les majors américaines avec des franchises et des formules toutes-faites issues des studios tels que Disney (et ses princesses), Pixar (et ses jouets), Blue Sky (et sa faune préhistorique), Illumination (et ses Minions), Warner (et ses briques jaunes) etc., le cinéma d’animation est pourtant bien plus riche que ce qui nous est laissé voir. Si le cinéphile le sait pertinemment, le grand public européen, lui, l’ignore. Seule une petite poignée de productions étrangères parvient timidement à se frayer un chemin jusque dans nos salles obscures, souvent pour une durée limitée et une diffusion restreinte dans un réseau de distribution confiné à l’art et l’essai.

Une tragédie car l’animation, en constante mutation, revêt un visage protéiforme : en termes géographiques (la France, les pays scandinaves, le Japon… ont de beaux atouts), techniques aussi (dessin animé, images 3D, stop-motion etc.) ainsi que scénaristiques (des historiettes pour les moins de 6 ans mais aussi des récits pour enfants, adolescents et même pour adultes). Si les festivals du film d’animation, comme Anima à Bruxelles, se font à chaque fois un plaisir de le rappeler, ces événements restent encore trop confidentiels pour que cela ait un réel impact sur une large audience.

Est-ce qu’il y a lieu de désespérer pour autant ? Non, loin s’en faut. Car ces dernières années, on voit de plus en plus de complexes cinématographiques prendre des risques grâce à des producteurs et des distributeurs de moins en moins frileux. Rien qu’en 2016, dans l’Hexagone, on a vu débouler une kyrielle d’œuvres aux profils atypiques, au regard des sagas lucratives qui inondent le marché d’année en année : « Louise en hiver », « La tortue rouge », « Ma vie de Courgette », « Ballerina », « Sausage Party »… et le film qui nous intéresse aujourd’hui : « Your Name ».


II. « Your Name » : la critique

« Enfin ! », s’écrierait-on. Car il faut bien l’avouer, l’animé nippon éprouve quelques difficultés à se nicher dans la programmation des cinémas. Jugé « trop confidentiel », « pas assez porteur », « culturellement éloigné », ce dernier a du mal à être vendu au public belge. C’est difficilement « marketable » pour les distributeurs. Seules les œuvres du mythique Studio Ghibli sont projetées sur nos grands écrans. Et encore, ce n’est pas systématique. Alors, qu’est-ce qui s’est passé avec « Your Name » ? C’est simple : un phénomène. Plus qu’un triomphe commercial au Pays du Soleil Levant, un véritable raz-de-marée.

Au Japon, le long-métrage de Makoto Shinkaide est entré dans l’histoire du septième art. Cette fiction côtoie désormais les productions du maestro Hayao Miyazaki (comme « Le Voyage de Chihiro ») au sommet du box-office et peut doucement rêvasser d’un sacre lors de la prochaine cérémonie des Oscars. Et ce ne serait pas démérité tant cette romance est une petite merveille onirique emplie de poésie. Magique, surprenante, fraîche, cette fable fantastique où deux jouvenceaux échangent leur corps est à la fois un bijou de science-fiction et un poignant mélodrame qui assume pleinement sa charge romantique, sans que cela soit niais pour autant.

Une merveille d’animation aux images ripolinées et au propos doux-amer sur le temps qui passe et les opportunités manquées. On loue tant les qualités scénaristiques de l’œuvre (on sort du canevas basique des histoires servies traditionnellement dans l’animation pour ados avec un imbroglio tortueux qui se joue des paradoxes spatio-temporels) qu’esthétiques (le réalisateur ne laisse rien au hasard avec un souci du détail - dans les décors, costumes et environnements - qui frise l’obstination). Les graphismes, vertigineux, sont par ailleurs époustouflants de réalisme : tant le contexte urbain, calqué sur la frénésie tokyoïte, que rural, rappelant les hameaux bucoliques du Japon, sidèrent.

Par moments, on se croirait davantage dans un musée des beaux-arts que dans une salle de cinéma. Sur le fond, Makoto Shinkaide examine, avec une belle poésie dans le geste, les liens entre rêve et réalité, présent et passé, fille et garçon, dans le Japon contemporain, le tout sur le registre de l’émotion et de l’humour. En somme, ce dernier réussit un superbe chassé-croisé, aussi ambitieux et consistant dans son traitement narratif que riche et inventif dans sa plastique. Alors, même si le métrage souffre de quelques défauts comme sa trop longue dernière partie, particulièrement capillotractée, ne boudons pas notre plaisir. Stupéfiant.

Note:
Critique: Professeur Grant

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