mardi 13 juin 2017

Their Finest

Londres, Seconde Guerre mondiale. À présent que presque tous les hommes sont partis se battre au front, Catrin Cole (Gemma Arterton) décroche un emploi de copywriter pour des films de propagande qui ont besoin d'une touche féminine. Son flair naturel est rapidement remarqué par le prolifique producteur de films Tom Buckley (Sam Claflin). Pour remonter le moral du pays, Catrin et Buckley doivent réaliser un long métrage qui réchauffera le coeur de la nation. Malgré les bombardements incessants, Catrin découvre qu'il existe autant de drame, d'humour et de passion derrière que devant la caméra.

 


Basé sur le roman “Their Finest Hour and a Half” de Lissa Evans sorti en 2009, “Their Finest” emprunte aussi à Sir Winston Churchill. Le titre est en effet extrait d’une des citations de l’illustre Premier Ministre.

S’inspirant librement de la vie de Diana Morgan et de sa carrière en tant que scénariste aux Ealing Studios, le film introduit une certaine Catrin Cole. Il s’agit pourtant de la même femme. “Their Finest” fut tourné aux studios Pinewood ; tout comme plusieurs scènes apparaissant dans le film. La réalisatrice Danoise Lone Scherfig (derrière l’adaptation du roman “One Day” et du très remarqué “An Education”) nous offre un autre portrait de femme. Elle le fait ici dans une Angleterre bombardée. La réalisatrice n’a pas son pareil pour mettre en scène le combat des femmes contre la phallocratie ambiante.

Le tournage du film de propagande, scénarisé par Catrin Cole, en plus de motiver les troupes, a aussi pour but de tenter de convaincre d’éventuels autres alliés. Faut-il dès lors raconter la vérité - peu glorieuse -  ou bien au contraire la réécrire afin de servir la cause alliée ? Là est le dilemme auquel devront faire face les membres du Ministère de l’Information.

Gemma Arterton (“Gemma Bovery”, “Tamara Drewe”, “Quantum of Solace”) est tout simplement parfaite ! L’actrice anglaise allie flegme et audace comme personne. Jamais la jeune trentenaire n’a été aussi lumineuse. Sam Claflin (“Me Before You”, “Snow White and the Huntsman”, “Pirates of the Caribbean: On Stranger Tides”) trouve un rôle touchant qui confirme ses qualités d’acteur. Bill Nighy - qu’il convient de ne plus présenter - est étrangement attachant dans le rôle d’un acteur imbu de sa personne. Jeremy Irons fait aussi une brève apparition pendant un conseil.

Film qui fait sacrément chaud au coeur, “Their Finest” mettra tout le monde d’accord. C’est le genre de films qu’il faut s’empresser de recommander à celles et ceux déçu-e-s par les productions actuelles.

Véritable ode au cinéma et aux femmes exerçant un métier, “Their Finest” est réellement réconfortant en ces temps où l’actualité se veut parfois morose. Sur fond de guerre, les scénaristes de propagande se feront les médecins de l’âme pour une population anglaise au moral en berne. Et au spectateur de se laisser porter par les images bouleversantes. Du grand cinéma !

Curieux de voir comment Christopher Nolan va traiter un sujet pour le moins similaire le mois prochain avec “Dunkirk”.

Note :
Critique : Goupil

Autre critique, autre point de vue - « Their Finest » vu par le Professeur Grant :

La fibre britannique, la touche danoise

La plus britannique des Danoises est de retour sur grand écran. Après « An Education », « One Day » et « The Riot Club », Lone Scherfig adapte un autre roman: « Their Finest Hour and a Half », de Lissa Evans. L’histoire ? En plein Blitz, une jeune Galloise fraîchement débarquée à Londres (merveilleuse Gemma Arterton, aussi naturellement belle que parfaitement talentueuse) se voit confier un projet par le Ministère de l’Information. Accompagné d’un scénariste chevronné (extraordinaire Sam Claflin), le tandem a pour mission d’échafauder un récit de propagande basé sur une histoire vraie - un fait héroïque de la retraite de Dunkerque - qui doit autant galvaniser le moral des troupes que réchauffer le cœur des citoyens, à l’heure où les bombes de la Wehrmacht viennent tristement remodeler le paysage urbain.

Le cinéma fait sa propagande

C’est la raison d’être du « département films » : diffuser des métrages dans les salles obscures pour réveiller la fibre patriotique de la population anglaise. Seulement le projet a du mal à se mettre en place. Entre un Ministère qui chicane sur tout et n’importe quoi, un cabot aux allures de dandy précieux et capricieux (un grand numéro offert par l’irrésistible Bill Nighy) et un comédien yankee non-professionnel (Jake Lacy, parfait), incapable d’aligner deux répliques et ajouté à la hâte dans le scénario pour conquérir le marché américain (et, par-là, inviter le pays d’Oncle Sam à se joindre aux Alliés), notre duo aura fort à faire pour mener sa barque jusqu’à bon port.

Une arme de manipulation massive

Là où le film s’avère le plus pertinent, c’est lorsqu’il évoque l’univers des scénaristes, lesquels sont facilement enclins à travestir la réalité pour raconter une bonne histoire, avec ce qu’il faut d’héroïsme, d’amour et de moments de bravoure. « Le cinéma, c’est la vie sans les moments ennuyeux », dira notamment un des auteurs. Pertinent aussi lorsque le métrage évoque l’industrie cinématographique et la réalisation d’une œuvre de propagande, arme de manipulation massive par excellence. L’aspect poupée russe du « film dans le film » est particulièrement bien rendu. On notera encore une reconstitution d’époque tirée au cordeau ainsi qu’un soin tout particulier apporté aux dialogues, entre humour et amertume.

La carte de la contre-programmation

Par contre, et assez paradoxalement au regard de sa filmographie, la réalisatrice se montre nettement moins convaincante lorsqu’elle aborde les scènes d’émotion, se permettant même de rater une séquence dramatique clef du film. On s’efforcera donc d’oublier la romance cousue de fil blanc ainsi que l’un ou l’autre rebondissement factice particulièrement téléphoné pour ne garder en mémoire que les moments de comédie pure, pour le coup, vraiment réussis. En jouant finement la carte de la contre-programmation dans une liste de sorties estivales saturées en blockbusters pétaradants, « Their Finest » se présente comme une dramédie qui a tout ce qu’il faut pour mériter votre attention.

Note : 

Critique : Professeur Grant

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