Recherche

dimanche 16 juillet 2017

Song to Song

Dans cette histoire d'amour moderne, qui se déroule au Texas, sur la scène musicale d'Austin, deux couples - d'un côté Faye et le chanteur BV, et de l'autre un magnat de l'industrie musicale et une serveuse qu'il entretient - sont en quête de succès dans cet univers rock'n'roll fait de séduction et de trahison.

 
 
“La critique est aisée, mais l’art est difficile.” Cette locution proverbiale est difficilement applicable à l’analyse du cinéma de Terrence Malick. La critique envers le cinéaste est loin d’être aisée. Pourquoi Malick ne peut-il pas se contenter d’un cinéma normal ? Un cinéma dont les codes sont reconnaissables ? Peut-être parce que l’homme est un artiste ! À l’image de David Lynch, son cinéma particulier demande un petit effort afin d’en comprendre toutes les subtilités. Vous voilà prévenu-e-s !

Dans “Song to Song”, une ribambelle de points positifs viennent se heurter à un gigantesque point négatif : le montage. Calamiteux ? Innovant ? Difficile de qualifier ce montage tant le-la spectateur-trice s’y perd. Là où “Tree of Life” présentait un montage pour le moins inhabituel, celui-ci n’entravait pas la compréhension du fil rouge. Ici, nous peinons à voir autre chose qu’un puzzle animé. Des interrogations émergent dans la tête du-de la spectateur-trice tout au long de la projection. Certes, la fragmentation reste la marque de fabrique du cinéma de Malick. Elle est ici trop travaillée.. ou peut-être pas assez ? La quantité de matériel filmé serait peut-être à pointer du doigt. Filmé en plusieurs fois (dès 2012 avec quelques scènes au festival d’Austin puis en 2015 après le tournage de “Knight of Cups”), le film présentait un rough cut de huit heures ! C’est démesuré !  

Cette ombre au tableau mise à part, Terrence Malick n’a pas perdu de sa superbe. Il fait preuve d’une créativité directoriale monumentale ! L’accent est mis sur la forme et sur la fluidité de l’ensemble. Le réalisateur de “The Thin Red Line” transforme la caméra en objet vivant. Elle semble bouger par elle-même, suit les personnages principaux au plus près, tolère quelques regards caméra, épouse tantôt les lignes des paysages, tantôt les légères courbes des corps filiformes.

La direction des acteur-tice-s est convaincante. Chaque acteur-trice semble avoir assez de liberté pour laisser s’exprimer sa créativité. Malick joue avec son casting et le voit comme une partition humaine qui passe par différentes phases : trio, quartet, quintet ou encore sextet.

Niveau musique, le mix électrique accompagne merveilleusement le cinéma lyrique de Malick. Manifeste pour vivre au jour le jour, de musique en musique (from song to song) et de baiser en baiser; “Song to Song” séduit.  

Portman et Mara brillent toutes deux devant la caméra. Gosling et Fassbender rivalisent de talent à l’écran. Pourtant, l’exercice n’a pas dû être de tout repos. Malick préférant filmer en laissant une large part d’improvisation, un vrai travail de doublage a été effectué en post-production. Avant cette étape, c’est aux acteurs qu’il revient de combler les blancs et ainsi jouer aux funambules sans filet. Viennent également s’inviter à la fête Cate Blanchett, Val Kilmer, Patti Smith, Iggy Pop et enfin les Red Hot Chili Peppers avec quelques caméos bienvenus. Cet excellent casting aide certainement à vendre le film. Pas sûr qu’il aurait fonctionné si d’autres noms s’étaient retrouvés en haut de l’affiche.

Après vision du film, nous nous disons que la bande-annonce - qui présageait du meilleur - était quelque peu trompeuse. Ce film aurait pu être tellement plus ! À l’image du titre changé pendant la campagne de promotion (“Weightless”), nous nous demandons si le processus de maturation n’a pas été sabré par un changement de dernière minute.

Ambitieux et sérieux, “Song to Song” est in fine un film plaisant (surtout visuellement). Les plans grands angles et les fondus enchaînés recherchés sont là pour attester nos dires. Malick filme une collection de moments qui tente de calquer la vie. Le réalisateur est aidé dans sa tâche par l’ingénieux chef opérateur qu’est Emmanuel Lubezki (“The Revenant”, “Birdman”). Malickien-ne ? Ce film est fait pour vous ! Pour les autres, vous apprécierez pour autant que vous soyez disposé-e-s à donner du sens à la vision du réalisateur.   

Note : ★★★
Critique : Goupil

Aucun commentaire:

Publier un commentaire