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mardi 23 janvier 2018

Darkest Hour

Homme politique brillant et plein d'esprit, Winston Churchill (Gary Oldman) est un des piliers du Parlement du Royaume-Uni, mais à 65 ans déjà, il est un candidat improbable au poste de Premier Ministre. Il y est cependant nommé d'urgence le 10 mai 1940, après la démission de Neville Chamberlain, et dans un contexte européen dramatique marqué par les défaites successives des Alliés face aux troupes nazies et par l'armée britannique dans l'incapacité d'être évacuée de Dunkerque. Alors que plane la menace d'une invasion du Royaume-Uni par Hitler et que 200 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque, Churchill découvre que son propre parti complote contre lui et que même son roi, George VI (Ben Mendelsohn), se montre fort sceptique quant à son aptitude à assurer la lourde tâche qui lui incombe.

 
Avec ses répliques finement taillées dans les rideaux de l’histoire et sa mise en scène virtuose (nous pensons notamment à la magistrale scène du métro), “Darkest Hour” s’impose naturellement comme la sortie ciné à ne manquer sous aucun prétexte. Explications.


À l’image de Churchill pendant ces « heures sombres », Joe Wright (auteur de l’excellent « Atonement » sorti en 2007) ne fait aucune concession et ne sacrifie nullement ses ambitions de cinéaste sur l’autel de l’économie. À tel point que certains plans rivalisent d’ingéniosité et de grandeur avec les plus grands (Nolan pour n’en citer qu’un).  Preuve en sont les époustouflantes transitions (main d’un enfant se refermant sur un avion qui le survole, des bombardements sur un territoire qui se transforment en un visage tuméfié, etc). Visuellement, ça décoiffe autant que dans un Spitfire !


L’interprétation de Gary Oldman est impériale. Il partage l’affiche avec feu Winston Churchill. Ou presque. L’acteur émérite décoche les répliques avec une maestria qui fait mouche. Toute la rhétorique de Churchill est ici mise en exergue. Loin de toute caricature grossière, Oldman rend un vibrant hommage au plus célèbre Brit de l’histoire.


Saluons au passage les efforts colossaux fournis au niveau maquillage. Oldman se transforme en un autre homme. Ce n’est donc pas une surprise de l’avoir vu repartir avec le Golden Globe du meilleur acteur début janvier. Qui sait, peut-être repartira-t-il avec un Oscar le 4 mars prochain (le premier de sa carrière) ? Quelle que soit l’issue, chapeau bas à l’acteur qui a du endurer deux-cent heures de maquillage pour obtenir ce résultat !


Si certaines parties ont été romancées pour les besoins du format, Darkest Hour” contribue au devoir de mémoire d’une bien belle manière. Nous tenons un film qui ne sera pas de l’histoire ancienne de sitôt.

Note :
Critique : Goupil


Autre critique, autre point de vue – « Darkest Hour » vu par le Professeur Grant :

I. A-propos

Salle comble et salve d’applaudissements lors du générique de fin pour « Darkest Hour », le Churchill movie cuvée 2018, après les avatars apparus dans le biopic sobrement intitulé « Churchill » avec Brian Cox, inédit chez nous, ou encore dans la première saison de l’excellente série « The Crown » avec John Lithgow. Une ovation nourrie vécue par quelques spectateurs sensibles comme un défouloir cathartique bienvenu en ces temps troubles. Il est certain qu’avec l’inquiétante montée en puissance des nationalismes et des extrémismes aux quatre coins du Vieux Continent, ce long-métrage est on ne peut plus à-propos et parfaitement en phase avec l’actualité. Un film indispensable.

II. Gary the bad guy

Derrière les lunettes rondes, Gary Oldman, presque soixante printemps affichés au compteur de la vie, et fraîchement goldenglobisé pour son interprétation impériale. Oui, oui, le bad guy croisé ici et là chez les Besson, Coppola, T. Scott etc. Trois heures de maquillage, prothèses, postiches, il fallait bien ça pour travestir le comédien britannique tant, au premier abord, la ressemblance physique est loin d’être une évidence. Mais le résultat s’impose à nous, dans toute sa maestria, troublant de véracité. Le bulldog anglais, cigare au bec et nœud papillon serré, se présente devant le spectateur abasourdi. C’est lui. Winston Churchill ressuscité.

III. Acteur-caméléon

Qu’on se le dise, l’illusion est totale grâce aux talents combinés des artisans du cinéma et de l’acteur-caméléon. Que ce soit sur la modulation de la voix ou sur le travail de la posture, le Londonien n’a rien laissé au hasard et s’est préparé en amont de façon remarquable. Car il était attendu au tournant. Un personnage sacré pour un rôle casse-gueule. L’exercice est périlleux et les détracteurs aiguisaient déjà leurs plumes pour l’égratigner à coup de critiques assassines. Mais c’est mal connaître le gaillard, irréprochable comme souvent, même lorsqu’il s’égare dans des métrages de seconde zone. Finalement, seul son regard perçant trahit son identité. Une signature glaçante qui sied parfaitement à l’irascible politicien.

IV. Dynamo

Plutôt qu’une biographie filmée façon « la vie et la mort de », le scénariste Anthony McCarten a la bonne idée de se concentrer sur les quelques jours clef qui ont entouré l’opération Dynamo en mai 1940, mission de sauvetage des troupes britanniques prises en tenaille par les Allemands sur les plages dunkerquoises. Un moment charnière du début de la Seconde Guerre mondiale déjà traité l’année dernière du point de vue militaire par Christopher Nolan dans « Dunkirk » et sur le plan de la propagande par Lone Scherfig avec « Their Finest ». Ainsi, « Darkest Hour » doit se voir comme le complément politique indispensable aux deux œuvres susmentionnées.

V. Pactiser avec le diable

Le scénariste à qui on doit déjà l’excellent script de « The Theory of Everything » parvient subtilement à traduire le doute qui ronge les pensées de Churchill quand ce dernier doit prendre la décision de sacrifier ou non des soldats postés en France. Tiraillé entre d’une part un accord de paix illusoire signé avec Adolf Hitler, par l’entremise du fasciste Benito Mussolini, au détriment de la liberté, et, d’autre part, la poursuite d’une politique intransigeante à l’encontre de l’Allemagne nazie. La situation est urgente et le temps presse, une dramaturgie idéale pour McCarten qui lui permet d’agencer son récit comme un véritable suspense, nonobstant la connaissance du grand public pour le déroulement des événements. Par ailleurs, l’auteur fait montre d’une redoutable créativité pour imaginer des joutes verbales savoureuses - que n’aurait pas reniées le Vieux Lion - entre l’ex-Premier ministre et le pusillanime comte d’Halifax (excellent Stephen Dillane).

VI. Théâtre et cinéma

Ainsi, « Darkest Hour » prend à la fois des allures de drame psychologique et de thriller politique sur fond de guerre. Une œuvre loquace mais pas verbeuse, à la fois fluide et élégante, qui ne craint pas d’investir le terrain de la théâtralité afin de mieux la transcender. Un choix qui ne surprend guère quand on sait que ce n’est nul autre que le réalisateur de la dernière version cinématographique d’« Anna Karenine » qui tient la caméra. Ainsi, Joe Wright, à qui on doit le superbe plan-séquence sur la plage de Dunkerque dans « Atonement » (décidément, le sujet le passionne), parvient à insuffler du rythme au récit au moyen d’une mise en scène sans cesse inventive, notamment lorsqu’il s’agit d’illustrer les conséquences des décisions stratégiques prises à Londres.

VII. Moment suspendu

Parmi les très beaux gestes de cinéma, on retiendra ce tableau du front en Europe qui se transforme peu à peu en un corps mutilé d’un soldat. Ou encore le fondu au noir avec cet enfant, la tête levée vers le ciel, qui singe une longue-vue avec ses mains, pointant l’avion de Churchill. On loue également le risque pris (en termes de véracité et d’élasticité du temps) par le tandem Joe Wright/ Anthony McCarten avec la scène clef de l’Underground, sans aucun doute la plus belle séquence du film. Un moment suspendu où le Premier ministre prend le Tube et sonde la population londonienne sur le dilemme qui le mine. Une scène romancée, lyrique et puissante qui finit de convaincre le cinéphile sur l’œuvre qu’il est en train de visionner. Remarquable !

Note : 
Critique : Professeur Grant

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