mercredi 25 juillet 2018

Tully



Marlo, la petite quarantaine, vient d'avoir son troisième enfant. Entre son corps malmené par les grossesses qu'elle ne reconnaît plus, les nuits sans sommeil, les repas à préparer, les lessives incessantes et ses deux aînés qui ne lui laissent aucun répit, elle est au bout du rouleau. Un soir, son frère lui propose de lui offrir, comme cadeau de naissance, une nounou de nuit. D'abord réticente, elle finit par accepter. Du jour au lendemain, sa vie va changer avec l’arrivée de Tully…






I. Femme. Mère. Superhéroïne.

« Femme. Mère. Superhéroïne. » Voilà comment vend l’affiche de « Tully » dans l’Hexagone. La toujours brillante Charlize Theron y campe Marlo, une quadra prête à vaciller dans la dépression. Cette dernière va accoucher de son troisième enfant alors qu’elle peine à s’organiser avec ses deux aînés. Pour l’aider, son frère lui propose une solution providentielle qui prend les traits de Mackenzie Davis : une nounou de nuit ! Son nom : Tully. D’abord réticente, notre mère de famille finit par accepter qu’une étrangère veille sur la maisonnée le soir venu. Entre les deux femmes se noue une étrange relation complice.

II. Jason Reitman, cinéaste de la famille

A la barre, Jason Reitman, cinéaste définitivement à l’aise dans le registre de la comédie. On lui doit notamment l’extraordinaire satire « Thank You For Smoking » mais aussi la dramédie cynique et amère « Up In The Air » ou encore la romance méconnue et pourtant réussie « Labor Day » avec le duo Kate Winslet / Josh Brolin. Le dénominateur commun de presque tous ses films : les dysfonctionnements dans la famille. Le réalisateur ausculte la société contemporaine et ses troubles avec une acuité certaine, bien aidé ici par la plume ciselée de sa scénariste fétiche Diablo Cody.

III. Un duo qui fait la paire

Pour rappel, le tandem n’en est pas à son premier fait d’armes. Rétroactes. En 2008, le duo s’était fait connaître du grand public grâce à « Juno », feel-good movie au succès stratosphérique, révélant la jeune Ellen Page par la même occasion. Ensuite, la paire s’était retrouvée pour aborder la peur de vieillir dans « Young Adult », avec déjà une certaine Sud-Africaine à la chevelure dorée en haut de l’affiche. Deux films délicieux tant pour la finesse avec laquelle ils abordent les thèmes explorés que pour la qualité des dialogues.

IV. Post-partum

Des atouts que l’on retrouve également dans « Tully », comédie douce-amère autour de la dépression post-partum et du temps qui passe. Ce métrage drôle et sensible est à la fois un portrait de femme, celui d’une quadragénaire harassée en plein burn out maternel, et une chronique réaliste sur les affres de la maternité, avec des questions pertinentes posées sur la paternité. Mais, c’est aussi un miroir offert à toute une génération qui doit se confronter au compteur kilométrique de la vie et faire le deuil de ses rêves de jeunesse.

V. La métamorphose de Charlize, la chrysalide de Mackenzie

Ainsi, nostalgie et mélancolie se bousculent dans les yeux éteints d’une Charlize Theron qui n’en finit plus de nous bluffer. En payant derechef de sa personne (on se souvient de ses métamorphoses saisissantes dans Monster ou Mad Max : Fury Road), la comédienne se place d’ores et déjà en pole position dans la course à l’Oscar de la meilleure actrice. Devant elle, la « Mary Poppins moderne » Mackenzie Davis, la vingtaine pimpante, tour à tour fraîche, pétillante et solaire, passe du statut de révélation à celui de confirmation.

VI. Sans pathos ni enjolivures

Si le récit plutôt convenu et le twist final décelé très tôt n’apportent que très peu de surprises, ils ne gâchent en rien notre plaisir d’avoir découvert une tranche de vie dépeinte avec sincérité et tendresse. Émouvant sans être mièvre ou tire-larmes, amusant sans avoir recours aux artifices vulgaires qui inondent bon nombre de pantalonnades hollywoodiennes, « Tully » s’affiche comme la solution idéale pour tous ceux qui fuient la canicule ou les blockbusters pyrotechniques… ou les deux à la fois.  Notre coup de cœur estival !

Note : 

Critique : Professeur Grant

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