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lundi 6 janvier 2020

1917


Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.






Au gui l’an neuf !
2020. Bonne année, bonne santé et tout le tralala de circonstance. Mais, revenons à nos moutons, soit à nos critiques de cinéma. Vu il y a plus d’un mois, 1917 de Sam Mendes vient de cartonner aux récents Golden Globes et se place en pole-position pour les Oscars. Vous voulez en savoir plus ? Découvrez notre critique en avant-première ici :


Tour de force

« 1917 » ne viendrait-il pas mettre un terme à bon nombre de pronostics pour la prochaine cérémonie des Oscars ? Est-ce que le nouveau film de Sam Mendes ne viendrait-il pas mettre tout le monde d’accord sur de nombreuses catégories (réalisation, photo, montage, musique…) ? On peut se poser la question tant ce long-métrage tutoie des sommets artistiques. De la même manière qu’Alfonso Cuarón a repoussé les limites du cinéma dans le genre de la science-fiction, le Britannique a réalisé un véritable tour de force avec les codes du film de guerre.

Mission-suicide

Au plus fort de la Grande Guerre, deux jeunes soldats anglais, Schofield (George MacKay, vu dans Captain Fantastic) et Blake (Dean-Charles Chapman, alias Tommen Baratheon dans la série HBO Game of Thrones) se voient confier une mission aussi capitale que dangereuse. Dans une course contre la montre, le tandem doit se rendre au-delà du no man’s land, en territoire ennemi, et délivrer un message qui permettra d’éviter une embuscade qui enverrait au tapis un bon millier de soldats alliés, dont le propre frère de Blake.

Simplicité et complexité

Le long-métrage impressionne autant par sa simplicité narrative que par sa complexité logistique. Mais le minimalisme du récit met en exergue la réalité du terrain : cette chronique guerrière nous fait nous rendre compte que le danger est permanent, même lorsqu’il ne se passe rien. Le cinéaste et sa coscénariste Krysty Wilson-Cairns ont opté pour le choix intéressant d’une action ramassée sur quelques heures, se permettant l’une ou l’autre ellipse indispensable et judicieusement placée dans l’intrigue.

Vrai-faux plan unique

Une narration épurée qui va de pair avec une réalisation plutôt démonstrative. Pour mettre en scène son histoire basée sur les souvenances de son grand-père, vétéran du front belge, Sam Mendes et son chef opérateur, l’illustre Roger Deakins (Blade Runner 2049), ont décidé de tourner le film d’une traite. Ou plutôt ils essayent de vous le faire croire, « 1917 » se présentant comme un interminable plan-séquence. Si nos connaissances cinéphiliques nous permettent de déceler les quelques coupes, celles-ci s’avèrent invisibles pour le commun des mortels.

La Der des Ders ou l’indicible géhenne

Bien au-delà de l’esbroufe ou du gimmick artificiel de mise en scène, cet exercice de style très arty (on se souvient du brillant Birdman d’Iñárritu) permet au tout-regardant de vivre par procuration l’indicible géhenne que fut la Der des Ders. Cette gageure technique augmente l’immersion du spectateur ainsi que l’impression d’immédiateté pour mieux souligner l’urgence (unité de temps) et l’enfer (unité de lieu) vécus par les soldats, nous plaçant en condition, in situ, avec notre tandem de protagonistes.

Sensoriel, anxiogène, viscéral

Le résultat à l’écran est saisissant, l’expérience viscérale, anxiogène, sensorielle. Au sortir de la projection, on se sent sale, comme souillé par les horreurs du conflit. Les rats dans les tranchées, les cadavres jonchés sur le sol boueux, les cratères d’obus redessinant le paysage sont autant de visions cauchemardesques qui assurent au métrage une authenticité. Nonobstant la quête de réalisme, Mendes parvient à injecter de la poésie dans ses images lors d’un segment nocturne d’une puissance onirique, visuelle et sonore rarement vue sur grand écran.

Maestria !

A ce moment-là, « 1917 » sort de sa condition de film de guerre pour devenir une expérience de cinéma hypnotique. Magnifiée par la photographie de Roger Deakins (donnez-lui une statuette dorée !), la pellicule se mue en un véritable tableau opératique. Des images somptueuses accompagnées par la sublime partition de Thomas Newman (donnez-lui une statuette dorée ! – bis repetita). Un véritable travail d’orfèvre qui met en exergue la virtuosité des artisans qui se nichent dans le générique de fin.

Un formidable accomplissement cinématographique

Un peu trop hermétique que pour engager pleinement nos émotions, ce survival militaire n’en reste pas moins un formidable accomplissement cinématographique. Une contribution artistique aussi audacieuse dans son élaboration que parfaite dans son exécution. Vu il y a déjà plus d’un mois, le métrage continue de nous hanter tant pour ses qualités techniques intrinsèques (on attend avec impatience le making-of) que pour ce qu’il montre de 14-18. Dans la droite lignée des percutants « Saving Private Ryan » et « Dunkirk ».

Note : 

Critique : Professeur Grant

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