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mercredi 26 février 2020

Queen & Slim



En Ohio à la suite d’un rendez-vous amoureux, deux jeunes afroaméricains qui se rencontrent pour la première fois, sont arrêtés pour une infraction mineure au Code de la route. La situation dégénère, de manière aussi soudaine que tragiquement banale, quand le jeune homme abat en position de légitime défense le policier blanc qui les a arrêtés.

Sur la route, ces deux fugitifs malgré eux vont apprendre à se découvrir l’un l’autre dans des circonstances si extrêmes et désespérées que va naître un amour sincère et puissant révélant le coeur de l’humanité qu’ils partagent et qui va changer le reste de leurs vies.







I. Bonnie & Clyde

Hier, Bonnie & Clyde, durant la Grande Dépression. Aujourd’hui, Queen & Slim, dans l’ambiance post-#BlackLivesMatter. Deux époques, un même destin tragique. On ne connaîtra jamais leurs véritables noms. Du coup, elle, ce sera Queen, avocate. Lui, Slim, employé d’un magasin. Ces deux jeunes afro-américains se rencontrent pour la première fois dans un restaurant. Une sorte de rencard Tinder. Une superbe scène, posée, élégante, parfaitement dialoguée, qui introduit judicieusement les deux protagonistes. Elle est vénère. Sale journée. Il est calme, à l’écoute. Le courant passe bien entre eux. Bref, un premier rendez-vous amoureux ordinaire.

II. Black & White

Mais plus rien d’ordinaire va se dérouler par la suite. Ce first date va très vite virer au cauchemar lorsque le couple se fait arrêter pour une infraction mineure au code de la route. La situation dégénère, de manière aussi soudaine que tragiquement banale, quand le jeune homme abat, en position de légitime défense, le policier blanc. Ce dernier souhaite se rendre spontanément aux autorités et éviter une arrestation, voulant faire jouer sa bonne foi. Elle l’en dissuade, sachant pertinemment qu’à cause de leur couleur de peau, on ne leur accordera aucune des circonstances atténuantes auxquelles ils ont pourtant droit. Ils deviennent alors des fugitifs bien malgré eux.

III. Beau & Lyrique

Véritable styliste de la mise en scène, Melina Matsoukas propose un vrai regard de cinéaste et filme cette cavale infernale à travers le sud des Etats-Unis avec une impressionnante dextérité, mais surtout un goût prononcé pour le chic, les images léchées, les plans étudiés voire iconiques. Son objectif : faire de ce banal fait divers un mythe. Avec un sens du beau, de l’esthétique, mais aussi du lyrisme, on peut véritablement parler de « cinéma haute couture ». Sans oublier un sens du son avec un habillage musical à tomber par terre. Enivré par une bande originale hip-hop du plus bel effet, le spectateur n’a aucun mal à suivre ce road movie percutant aussi ouvertement romantique que politique.

IV. Révélation & Confirmation

Une démarche artistique flamboyante toujours au service du récit et des personnages, ici incarnés par un tandem d’acteurs époustouflants. A ma gauche, on reconnaît Daniel Kaluuya, vu précédemment dans « Get Out ». Une confirmation. A ma droite, Jodie Turner-Smith, inconnue au bataillon, s’affiche comme une stupéfiante révélation. Ces deux-là sont servis par un scénario plutôt bien charpenté signé Lena Waithe, co-auteur saluée de l’extraordinaire épisode « Thanksgiving » de la série « Master of None ». On retient surtout la qualité des échanges dialogués dont on a l’impression qu’ils sont tout droit sortis d’une conversation, augmentant ainsi l’ancrage réel de cette fiction.

V. Déjà-vu & Brio formel

Malgré tout, le récit ne parvient ni à se défaire de certains clichés, ni à nous enlever un tenace sentiment de déjà-vu. Et si le film fonctionne très bien dans l’intime, celui-ci est quelque peu plombé par des séquences superfétatoires qui le sortent justement de son point de vue intériorisant. A l’image de l’épisode inutile et grossièrement écrit de l’enfant qui se rebelle face aux autorités ou encore de la scène du père au téléphone avec le FBI. Quant au final, il apparaît bien trop évident et convenu que pour susciter l’émotion. Des peccadilles qui n’enlèvent en rien l’intérêt et le charme d’une romance contrariée d’une réussite formelle indéniable.

Note : 

Critique : Professeur Grant

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