mardi 25 août 2020

Poissonsexe

 


Alors que la dernière baleine au monde fait la une des journaux, Daniel, chercheur, tente de redonner aux poissons l’envie de copuler. Célibataire désabusé, il est lui-même hanté par le désir d’être père et compte bien traiter ce problème scientifiquement.


Poisson d’avril

Poissonsexe. Le titre du film est aussi improbable que son pitch. Et quand on voit la date de sortie du métrage, à savoir le mercredi 1er avril prochain (NDLR: finalement repoussé au 9 septembre à cause du Covid-19), on croit vraisemblablement à un canular. Et pourtant, cette fiction n’est pas une blague. L’histoire en deux mots ? Dans un futur proche, alors que la planète s’émeut du sort de Miranda, dernier cétacé vivant au monde, Daniel, biologiste chevronné, tente cahin-caha de redonner aux poissons l’envie de copuler. Célibataire désabusé, il est lui-même hanté par le désir d’être père et compte bien traiter ce problème scientifiquement. Mais, il y a un hic : à Bellerose-sur-Mer, on dénombre seulement trois femmes en âge de procréer, soit une chance sur 6232,33 de rencontrer la mère de ses futurs enfants. Pourtant, un jour, en sauvant de la noyade un étrange poisson à pattes surnommé Nietzsche, ce dernier va réapprendre à tomber amoureux.

Axolotl

Ecrivons-le sans ambages, on est tombé sous le charme de cette dramédie complètement barjo écrite et réalisée par Olivier Babinet, co-auteur de la géniale série pleine d’ironie « Le Bidule », diffusée il y a vingt ans sur Canal+ et malheureusement oubliée de tous. Un programme court qui n’a pas pris une ride et qui parle étrangement d’aujourd’hui. D’ailleurs, ça fait froid dans le dos. Loufoque, absurde, surréaliste, dramatique, tendre, naïf, poétique, les qualificatifs se bousculent dans nos doigts au moment de traduire en mots l’OFNI (objet filmique non identifié) vu sur le grand écran. A l’image de l’axolotl, mi-poisson, mi-monstre, à la fois mignon et effrayant, « Poissonsexe » est une fiction qui mélange les genres. Comédie romantique, drame intime, délire de science-fiction, cette fable écologique d’anticipation douce-amère ne peut se résumer en une seule catégorie. Et, c’est justement ce melting-pot hétéroclite de styles très différents qui fait tout le sel de cette histoire rocambolesque.

Coup de cœur !

A la fois très drôle et sensiblement émouvant, le film parvient en sus à nous faire réfléchir sur notre condition d’humain. Quel est notre rapport au monde ? Quel avenir laissons-nous pour cette planète ? D’ailleurs, au-delà du conte fantastique et des éléments farfelus mis en place (la télépathie de l’amphibien), le réalisateur s’attache à représenter la recherche en laboratoire de façon réaliste. Babinet maîtrise son sujet. Documenté, son film est d’ailleurs soutenu par des études scientifiques tangibles. Il réussit parfaitement à combiner le monde de la fiction avec les enjeux du réel sans oublier le divertissement. Car on ne s’ennuie pas une seule seconde : protagonistes azimutés (merveilleux tandem formé par Gustave Kervern et India Hair), humour de situation, dialogues désopilants, rythme soutenu, seconds rôles bien allumés (le fraîchement Césarisé Alexis Manenti est parfait !)… « Poissonsexe » est un feel-bad movie aussi déjanté que désenchanté… qui fait du bien. Coup de cœur ! 

Note : 
Critique : Professeur Grant


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