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dimanche 29 novembre 2020

The Secrets We Keep

 


A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, une femme, Maja, tente de se reconstruire avec son mari Dobie. Ils emménagent à New York où ils font la rencontre d'un homme qui leur semble étrangement familier. Est-ce que ce dernier pourrait être l'un des bourreaux du camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau ?



I. Chauffés à blanc

Si l’objectif d’une bande-annonce est bien d’attiser l’effervescence des cinéphages en manque de pelloches à se mettre sous la dent, celle de « The Secrets We Keep » nous a plutôt chauffés à blanc. Prévu pour débarquer dans les salles obscures le 18 novembre dernier, ce thriller psychologique a finalement dû être repoussé à une date ultérieure. Tel est le sort de nombre de fictions depuis l’annonce du deuxième confinement. Du coup, il faudra encore s’armer de patience pour découvrir le troisième long-métrage de l’Israélien Yuval Adler.

II. Crimes de guerre

Pour son premier passage en terre hollywoodienne, le réalisateur de « Bethléem » et « The Operative » plante le décor au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans une petite bourgade tranquille des Etats-Unis. Un jour, à la faveur d’une balade anodine avec son fils dans le parc, Maja, une jeune Rom rescapée des camps de concentration, pense avoir reconnu son tortionnaire. Mais celui qui se fait appeler Thomas est-il le bourreau nazi des crimes odieux dont elle a été victime durant le conflit planétaire ?

III. Œil pour œil, dent pour dent

Cette question l’obsède, la tenaille, la tourmente de manière viscérale jusqu’à provoquer l’inéluctable. Traque, enlèvement, séquestration, torture, menaces de mort, la jeune femme ne recule devant rien pour obtenir des aveux. La voilà piégée dans une spirale infernale, prise dans l’engrenage de la vengeance et dans l’étau de la violence. De quoi faire sérieusement douter son mari rendu complice malgré lui des agissements immoraux de sa conjointe. Car si le plaidoyer de Maja paraît convaincant, la défense de Thomas s’avère tout aussi probante.

IV. La jeune fille et la mort

L’histoire vous semble familière ? C’est que votre système mnésique fonctionne à merveille. Car oui, l’intrigue rappelle furieusement l’adaptation de la pièce d’Ariel Dorfman « Death and the Maiden » (La Jeune fille et la Mort) signée Roman Polanski, à l’aube des nineties, qui voyait Sigourney Weaver faire face à Sir Ben Kingsley. Autrement dit, pour l’originalité, on repassera. D’autant plus que le scénario, bien que faisant son office en termes de divertissement, s’affiche comme la pierre d’achoppement de cette production proche de la série B.

V. Captivant à défaut d’être saillant

En dépit d’un récit troué, rapiécé grossièrement par Adler et son coscénariste Ryan Covington (les flash-back superfétatoires), « The Secrets We Keep » parvient à captiver sans forcer le trait et sans avoir recours à des effets de manche inutiles. Car le cinéaste travaille soigneusement le rythme et l’agencement des rebondissements tout en distillant une tension palpable. Dommage que ce dernier ménage ses efforts dans la mise en scène, se reposant sur une direction artistique irréprochable (la reconstitution des fifties tirée au cordeau).

VI. Made in Sweden

S’il n’y a rien à épingler du côté de la réalisation, plate et peu inspirée, nous sommes par contre scotchés par le face-à-face 100 % made in Sweden entre la toujours convaincante Naomi Rapace (Lisbeth Salander dans la saga originale Millenium) et Joel Kinnaman (Rick Flag dans les Suicide Squad). Ces performances remarquables donnent de l’épaisseur à des personnages trop peu écrits. Ainsi, le tandem forme un bel ambassadeur cinématographique du Pays allongé, patrie d’Abba et de Zlatan.

VII. Sentiments contradictoires

In fine, on regrette que Yuval Adler ne se soit pas approprié le sujet. Alors qu’il possède un matériau idéal pour éveiller des sentiments contradictoires et engager le débat, ce dernier ne confronte jamais la morale et l’éthique aux thèmes exposés : la loi du Talion, l’ambiguïté de la mémoire, la miséricorde et l’impardonnable. Celui-ci s’en tient à des considérations légères voire superficielles. Toutefois, on notera un dénouement âpre en guise de faux happy end. Une audace qui tranche quelque peu avec un ensemble somme toute anonyme, convenu et peu mémorable.

Note : 

Critique : Professeur Grant

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