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dimanche 31 janvier 2021

Bilan 2020 - le "Top 5" du Professeur Grant


 

Au gui l’an neuf !

D’après les convenances socialement admises par le plus grand nombre, on peut se souhaiter une excellente année jusqu’au 31 janvier. Il est cependant conseillé de ne pas attendre la fin du mois pour le faire. Oups ! Mais cela n’enlève en rien notre sincérité. Du coup : bonne année, bonne santé, et tout le tralala qui va avec. Mais pour ce qui nous et vous concerne, à savoir le septième art, on se souhaite surtout une palanquée de sorties dans les salles obscures.

C Comme Cinéma

Oui, du Cinéma avec un grand C. Car même si, à la rédaction, on défend tous les modes de diffusions et de distributions, en ce compris le streaming (légal, évidemment), notre dada, c’est le grand écran, la toile blanche, le son qui nous prend aux tripes, la porte d’entrée vers l’imaginaire, le doux parfum de pop-corn (ou pas…), les affiches des films à venir à l’entrée du cinéma, les bandes-annonces qui vendent les pellicules des prochains blockbusters… Bref, tout le décorum d’un cinéma de quartier ou d’un mégacomplexe.

Annus Horribilis

Adieu annus horribilis, bonjour 2021 et toutes ses promesses… D’un naturel optimiste, on préfère voir le verre à moitié rempli. Il ne nous reste plus que ça, l’espoir d’un avenir cinématographique meilleur. Mais avant cela, et comme chaque année, sacrifions à la tradition. Place à la rétrospective ciné du Professeur Grant. Comme le dit l’adage, choisir, c’est renoncer. Voici les longs-métrages qu’il ne fallait pas louper l’année dernière. Showtime !


1. Dark Waters



Tour à tour édifiant, effarant, interpellant et même révoltant, le nouveau métrage de Todd Haynes est un séisme dont l’onde de choc n’a pas fini de nous ébranler. Et, étonnamment, là où la pellicule du cinéaste californien est volontiers élégante voire maniérée (l’épure classique des très beaux mélodrames que sont « Carol » avec Cate Blanchett ou la mini-série HBO « Mildred Pierce » avec Kate Winslet), sa mise en scène se met volontairement en retrait pour ne pas diluer la puissance du sujet. Si l’Américain met son investissement artistique en retenue, c’est parce qu’il tient entre ses mains un scénario implacable digne d’une investigation, aussi juste dans ses intentions que précis dans sa gestion des révélations. Et ce dernier ne veut pas trahir cette histoire vraie. Par ailleurs, ce récit classique de David contre Goliath ne cache pas son ambition d’être une diatribe du système libéral capitaliste. Il montre le cynisme insoutenable de multinationales prêtes à la pire des ignominies pour augmenter son rendement, au point de n’avoir cure de la santé des citoyens.


2. Uncut Gems



En toute honnêteté, on a longtemps hésité. « Uncut Gems » a autant sa place sur la première marche du podium que « Dark Waters ». Mais comme susmentionné, choisir, c’est renoncer. Il a donc fallu opérer un choix, la mort dans l’âme. Qu’à cela ne tienne, cette deuxième place à la teinte dorée n’enlève en rien les qualités intrinsèques de cette grosse claque prise en début d’année dernière. Pas étonnant que Netflix ait senti le bon coup en achetant le film à la société de production indépendante A 24, souvent synonyme de qualité. Derrière ce projet sorti de nulle part, un quatuor vingt-quatre carats ! Du pur premium, lisez plutôt : les frangins Safdie à la réalisation, Martin Scorsese à la production et Darius Khondji à la photographie. Au menu ? Du toxique, du malaisant, du radical. Dramédie pessimiste et anxiogène, thriller tragique sous tension, comédie noire survitaminée et haletante, ce film magistral et couillu ne serait rien sans la prestation méritoire d’Adam Sandler. Hénaurme, ce dernier excelle en loser magnifique et trouve ni plus ni moins son meilleur rôle au cinéma depuis « The Meyerowitz Stories (New and Selected) » de Noah Baumbach. Autrement dit, une perf ! Et puis zut, tant pis pour le classement, « Uncut Gems » est LE film de l’année ! Compris ?


3. Soul



Après la déconvenue « Onward », coming of age movie sympathique, mais pas assez bien ficelé que pour prétendre au label qualité Pixar, le studio à la lampe bondissante est revenu en fin d’année en squattant la fraîchement débarquée plateforme Disney + avec la nouvelle fantaisie signée Docter Pete, le fameux médecin d’Emeryville qui sonde les tréfonds de notre âme : nos peurs dans « Monsters Inc. », nos émotions dans « Inside Out », etc. Et d’âme, il en est justement question dans « Soul ». Traduction : âme. Voilà, ça, c’est pour la transition. Comme à l’accoutumée, celui qui assure désormais la direction artistique pixarienne depuis le départ de l’historique John Lasseter livre ni plus ni moins qu’un quasi-chef-d’œuvre d’animation. Fond et forme, réflexion et divertissement, drame et humour, intime et spectaculaire, le quinquagénaire, d’une générosité débordante comme en témoigne son sourire large jusqu’aux oreilles affiché lors de chaque interview avec la presse, ne fait aucune concession. Drôle, poignant, euphorisant, « Soul » est un voyage initiatique empli de poésie qui fait vibrer la corde sensible. Du grand art en plus d’être une démonstration de force tant sur le plan narratif que visuel.


4. Adieu Les Cons



Écrivons-le d’emblée, cela faisait longtemps qu’une œuvre hexagonale empruntant le sentier périlleux de la comédie n’avait plus fait glousser une salle obscure à l’unisson. Résultat à l’audiomètre : des rires nombreux, francs, spontanés, parfois même incoercibles. Dans un cinéma bleu-blanc-rouge claquemuré dans ses innombrables farces franchouillardes formatées et convenues, l’artisan Dupontel donne un coup de pied dans la fourmilière, casse les codes et apporte un vent de fraîcheur avec ses pellicules iconoclastes des plus jouissives. Biberonné aux maîtres Jacques Tati, Charlie Chaplin, Tex Avery mais aussi à Jean-Pierre Jeunet et surtout au Monty Python Terry Gilliam, lequel fait d’ailleurs un caméo, le quinquagénaire mélange les genres, tord le réel pour mieux commenter l’aliénation du monde kafkaïen qui nous entoure. C’est intelligent, surprenant, haletant, décapant, tendre, désespéré et, surtout, ça tape juste. En plein cœur !


5. The Trial Of The Chicago 7



Steven Spielberg, Heath Ledger, Philip Seymour Hoffman… Il y avait du beau monde attaché à l’adaptation cinématographique de l’affaire et du procès des « Chicago Seven » à la fin des sixties. Dix ans après avec, entre-temps, deux décès et un réalisateur passé à autre chose (Lincoln), le projet atterrit finalement sur le bureau d’Aaron Sorkin. Un choix judicieux quand on connaît la filmographie de l’auteur. C’est qu’il n’a pas son pareil pour rendre les débats captivants, et ce au moyen de dialogues percutants (The Social Network, la série The Newsroom). Qui d’autre que lui pour mener à bien un film de procès, exercice de style à part entière dans le genre du thriller ? Outre la plume, particulièrement aiguisée lorsqu’il s’agit de mettre en lumière ce simulacre d'action judiciaire, le scénariste star d’Hollywood reprend la caméra après son premier essai en 2018 (Molly’s Game). Et écrivons-le tout de go, là aussi, c’est une réussite. Le quinquagénaire a pris du galon et soigne la mise en scène tout autant que le montage. Brillamment exécuté, son film est en sus porté par une distribution cinq étoiles d’où se dégage un charismatique Sacha Baron Cohen. Implacable.


Et les autres…



Sans oublier le retour aux affaires de Guy Ritchie dans le décapant « The Gentlemen », les très belles surprises netflixiennes « Tigertail » et « El Hoyo », le feel-good « Jojo Rabbit » signé par l’oscarisé Taika Waititi, la claque visuelle « Queen & Slim » malheureusement passée inaperçue, l’incroyable bouffée d’oxygène « Tout Simplement Noir », le comeback flamboyant de l’homme invisible dans… « The Invisible Man » produit par la maison Blumhouse. 

Et enfin, deux films vus et critiqués en 2020 - mais repoussés à 2021 - et qui méritent une place de choix dans notre sélection : le mélo « Falling », premier essai réussi de Viggo "Aragorn" Mortensen derrière la caméra, et la pochade « Mandibules », lettre d’amour de Quentin Dupieux à tous les débiles cousins de « Dumb & Dumber ». Vivement 2021 !

- Professeur Grant -

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