Marty Supreme

 


Marty Mauser, un jeune homme à l’ambition démesurée, est prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible.



Avec Marty Supreme, Josh Safdie confirme son talent pour filmer des personnages au bord de la rupture. Sa mise en scène, à la fois organique, nerveuse et vivante, nous embarque immédiatement et parvient à traduire avec justesse le chaos intérieur qui anime le héros, un pongiste américain à l’ambition démesurée, prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible. Il y a une vraie tension, constante, qui tient le spectateur sans jamais le lâcher.

On pourra toujours ergoter sur les aléas d’une saison des prix parfois myope. Et l’on ne s’en privera pas : voir Michael B. Jordan repartir avec l’Oscar pour Sinners quand Timothée Chalamet livre ici une partition d’une telle acuité confine à l’absurde. Le Franco-Américain, en funambule des affects, déploie un jeu d’une plasticité remarquable, naviguant entre implosion contenue et débordement fiévreux. Une performance habitée, qui relègue celle, pourtant solide, de Jordan dans les limbes des prestations aussitôt vues, aussitôt digérées.

L’écriture, elle, relève du grand art : un scénario en perpétuel déséquilibre, multipliant les bifurcations narratives sans jamais rompre son fil d’Ariane. Les 2h30 s’évaporent dans ce maelström dramaturgique où chaque rebondissement semble naître d’une nécessité interne plutôt que d’un artifice. Safdie, en maître du chaos intime, irrigue ses dialogues d’une tension qui ne demande qu’à exploser.

Et puis il y a les satellites, ces figures secondaires trop souvent sacrifiées sur l’autel du protagoniste, ici magnifiées : Gwyneth Paltrow et Odessa A’zion imposent des présences vibrantes, tandis que l’inénarrable Abel Ferrara, en électron libre, injecte une rugosité bienvenue. Tous bénéficient d’une écriture généreuse, d’un espace de jeu qui densifie l’ensemble et imprime durablement la rétine.

Sur le plan plastique, enfin, le métrage tutoie l’orfèvrerie : direction artistique, costumes et décors dialoguent avec la photographie somptueusement granuleuse de Darius Khondji (Bardo, The Lost City of Z, La Cité des enfants perdus), dont chaque plan semble ciselé dans une lumière à la fois crue et mélancolique.

Les amateurs d’Uncut Gems reconnaîtront cette capacité rare à transformer l’anxiété en expérience sensorielle totale. Les autres, eux, feraient bien de s’y préparer : Marty Supreme n’est pas un film que l’on regarde, c’est une déflagration que l’on encaisse. Une expérience intense et maîtrisée de bout en bout.

Note :
Critique : Professeur Grant


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