Whalefall
Au large de la côte californienne, Jay Gardiner part à la recherche de la dépouille de son père récemment disparu. Alors qu’il sonde les fonds marins, le jeune plongeur se retrouve soudainement avalé par un énorme cachalot. Piégé dans l’estomac de l’animal, il ne lui reste plus qu’une heure d'oxygène. Tandis que le compte à rebours est lancé, Jay prend conscience que les leçons de vie durement transmises par son père pourraient bien être la clé de sa survie...
Whalefall : le jeune homme et la mer
Comme un poisson dans l’eau !
Après avoir imaginé l’histoire subaquatique d’Underwater, série B efficace mais vite engloutie par l’indifférence
du public, Brian Duffield, également aux commandes de la très belle surprise No One Will Save You, replonge en mer pour
le compte du paquebot Disney avec l’adaptation du roman Whalefall signé Daniel Kraus. La mésaventure hallucinante d’un jeune
plongeur endeuillé par la mort de son père (Austin Abrams, solide) qui se
retrouve soudainement gobé par un gigantesque cachalot. Piégé dans l’estomac du
cétacé, il ne lui reste plus qu’une heure d’oxygène. Tic-tac, tic-tac, tic-tac…
La grande déglutition a commencé.
Survival viscéral
Redoutablement efficace dans sa
dimension de survival claustrophobique,
Whalefall se prend néanmoins les
pieds dans les algues dès qu’il s’aventure sur le terrain du mélodrame filial.
Pour sonder l’affliction de son héros, naguère en bisbille avec son paternel,
le scénario dégaine une avalanche de flashbacks et surligne au stabilo fluo chaque
étape de la courbe du deuil. La finesse d’un cachalot, en somme. Deux régimes
narratifs se disputent ainsi le métrage : d’un côté, l’urgence viscérale de la
survie ; de l’autre, une psychothérapie familiale qui freine l’action et
désamorce la tension.
À table !
En délestant le récit de ses
flashbacks les plus appuyés et en resserrant le montage autour de l’instinct de
survie du protagoniste, Whalefall
aurait pu devenir une formidable machine à fabriquer de l’angoisse. Car, sur le
plan plastique, le film en impose : décors organiques, textures poisseuses,
photographie travaillée, effets spéciaux immersifs et design sonore anxiogène
(respiration, battement cardiaque, borborygmes…) composent un environnement
aussi fascinant que répulsif. Duffield exploite habilement la claustrophobie de
son dispositif, transformant les entrailles du cétacé en un labyrinthe
cauchemardesque où se succèdent calamar géant, méduse et… suc gastrique. A
table !
Six Feet Under
Il existe bel et bien un excellent
survival de 1h15 tapi dans les viscères
des 1h45 de Whalefall. Encore
faudrait-il lui donner quelques coups de scalpel pour le mettre au jour. Las,
ce montage alternatif restera probablement à l’état de fantasme cinéphile. Pour
les amateurs de huis clos autrement plus radicaux, on ne saurait trop
conseiller Buried de Rodrigo Cortés. Lisez
plutôt : Ryan Reynolds y est enfermé dans un cercueil avec quelques
accessoires dérisoires et un téléphone à moitié chargé. Pas d’échappatoire par
le flashback, pas de respiration narrative hors du tombeau : la caméra reste
prisonnière avec lui. Nonante minutes de claustrophobie pure, sans échappée
belle ni dilution du concept. Voilà un métrage qui sait exactement où il veut
emmener son spectateur : six pieds sous terre.
Note : ★★
Critique : Professeur Grant

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