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mercredi 25 février 2015

Foxcatcher


Inspiré d’une histoire vraie, Foxcatcher raconte l’histoire tragique et fascinante de la relation improbable entre un milliardaire excentrique et deux champions de lutte.
Lorsque le médaillé d’or olympique Mark Schultz est invité par le riche héritier John du Pont à emménager dans sa magnifique propriété familiale pour aider à mettre en place un camp d’entraînement haut de gamme, dans l’optique des JO de Séoul de 1988, Schultz saute sur l’occasion : il espère pouvoir concentrer toute son attention sur son entraînement et ne plus souffrir d’être constamment éclipsé par son frère, Dave. Obnubilé par d’obscurs besoins, du Pont entend bien profiter de son soutien à Schultz et de son opportunité de « coacher » des lutteurs de réputation mondiale pour obtenir – enfin – le respect de ses pairs et, surtout, de sa mère qui le juge très durement.
Flatté d’être l’objet de tant d’attentions de la part de du Pont, et ébloui par l’opulence de son monde, Mark voit chez son bienfaiteur un père de substitution, dont il recherche constamment l’approbation. S’il se montre d’abord encourageant, du Pont, profondément cyclothymique, change d’attitude et pousse Mark à adopter des habitudes malsaines qui risquent de nuire à son entraînement. Le comportement excentrique du milliardaire et son goût pour la manipulation ne tardent pas à entamer la confiance en soi du sportif, déjà fragile. Entre-temps, du Pont s’intéresse de plus en plus à Dave, qui dégage une assurance dont manquent lui et Mark, et il est bien conscient qu’il s’agit d’une qualité que même sa fortune ne saurait acheter.
Entre la paranoïa croissante de du Pont et son éloignement des deux frères, les trois hommes semblent se précipiter vers une fin tragique que personne n’aurait pu prévoir…






On a beau l’avoir vu dans d’autres rôles, pour votre humble serviteur, Steve Carell reste Michael Scott, le directeur de la filiale régionale de Scranton de Dunder Mifflin dans l’excellente série «The Office». Pourtant, on l’a déjà aimé puceau dans «The 40 Year-Old Virgin», on l’a adoré en homosexuel dépressif dans «Little Miss Sunshine», on a ri aux éclats quand il endossait le costume de débile profond dans «Anchorman» et sa suite… 


Mais il n’y a rien à faire. Nonobstant des comédies réussies comme le carton «Crazy, Stupid, Love» ou le méconnu mais non moins formidable «The Way, Way Back», Steve Carell reste le détestable et en même temps touchant Michael Scott. Cependant, cette année, l’acteur de 52 piges a réussi à ébranler notre façon de le voir. 

D’ordinaire cantonné aux personnages clownesques, il a cette fois-ci délaissé son attrait pour des rôles comiques ou tendres et est entré de plain-pied dans un genre encore inconnu dans sa filmographie: le thriller paranoïaque. Ce qui s’apparente à un séisme dans sa carrière. Ecrivons-le, il y aura un avant et un après «Foxcatcher» pour lui. 

Dans ce fait divers qui a défrayé la chronique dans les années nonante aux Etats-Unis, l’Américain joue donc un rôle à contre-emploi. Celui de John Du Pont, un riche héritier qui prend sous son aile un jeune lutteur (Channing Tatum tentant vaille que vaille de se racheter une conduite après la misère «Jupiter Ascending» dans lequel il sévit) afin de l’entrainer pour les Jeux Olympiques. 

D’une première relation d’amitié et de confiance va naitre un rapport ambigu et malsain construit sur la manipulation. De son côté, le frère ainé (un très juste Mark Ruffalo comme à l’accoutumée), également lutteur, va tenter de comprendre ce qu’il se trame entre son frangin et cet inquiétant milliardaire plus patriote que l’Oncle Sam himself. 

Derrière la caméra, Bennett Miller. Avec Jeff Nichols (Mud), il est l’un des réalisateurs les plus prometteurs du cinéma indé américain. Après un premier film brillant (Truman Capote) qui a donné un Oscar à Philip Seymour Hoffman et un deuxième tout aussi exemplaire (Moneyball, l’un des meilleurs films sur le baseball), le New-Yorkais confirme ici tous les espoirs qui ont été mis sur ses épaules. 

Son art nous rappelle à bien des égards celui de Paul Thomas Anderson (There Will Be Blood), comparaison prestigieuse s’il en est. Le jury ne s’y est pas trompé sur la Croisette en mai dernier. Avec sa mise en scène singulière primée au dernier festival de Cannes, le réalisateur s’affiche d’emblée comme un cinéaste sur qui il faudra compter ces prochaines années. 

Dans «Foxcatcher», le metteur en scène relève la gageure qu’implique son scénario, soit d’une part de faire fi du biopic traditionnel et d’autre part de détourner les codes du film de sport pour in fine aborder de front le drame psychologique qui s’immisce entre les différents protagonistes. Là où d’autres réalisateurs se seraient lancés dans un cinéma explicatif, Miller, lui, ne craint pas les silences et les non-dits et installe petit à petit une ambiance glaciale, âpre, dérangeante et terriblement oppressante. Puissant! 

Un ressenti amplifié par un scénario futé. La force de cette histoire réside dans la frontière entre le réalisme froid du fait divers qu’il expose et le pathétisme de certaines séquences peintes à l’écran. Sur son siège, bien que confortablement assis, le cinéphile se retrouve alors dans la délicate posture de ne pas pouvoir rire des situations ridicules voire grotesques. 

Car il y a de l’humour dans ce récit où le rire le dispute à l’horreur mais celui-ci est toujours confronté à une inquiétante atmosphère qui grandit crescendo vers un final imparable qui laisse sans voix. C’est peu dire que cette affaire met nos nerfs à rude épreuve. Dommage toutefois que Bennett Miller n’ai pas réalisé quelques coupes en salle de montage afin de mieux rythmer son film. Malgré ses longueurs, «Foxcatcher» reste un feel-bad movie plus que recommandable. 

Note: 
Critique: Professeur Grant

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